Hôpital : et si la grève des urgences s'étendait à tous les autres services ?

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MOBILISATION - Alors que les mesures annoncées par Agnès Buzyn début septembre ne convainquent toujours pas les soignants en grève, plusieurs voix appellent à une mobilisation générale des établissements publics de santé.

Six mois après le début de la grève initiée en mars dernier à l'hôpital Saint-Antoine à Paris, la colère des soignants est toujours vive et le sentiment de ne pas être entendus, sans doute encore plus présent. Et ce, malgré les annonces récentes d'Agnès Buzyn. De fait, les 700 millions mis sur la table par la ministre de la Santé ne convainquent pas les grévistes, qui continuent de demander des lits supplémentaires d'hospitalisation, une revalorisation salariale et des moyens humains. 

Dans toute la France, ce sont à présent 264 services d'urgence qui sont en grève, selon le dernier comptage du collectif InterUrgences. Tous n'ont qu'un souhait : que les différents services des hôpitaux publics, ainsi que les usagers et les personnels hospitaliers rejoignent le mouvement. 

Ce mardi 8 octobre, neuf organisations de la fonction publique hospitalière ont d'ailleurs appelé à se joindre aux mobilisations contre la réforme des retraites. Fait rare la CFDT, la CGT et FO sont côte à côte pour un appel "à la mobilisation des salariés et des usagers". Le mot d'ordre concerne le secteur de la santé et de l'action sociale et engage aussi les syndicats SUD et CFE-CGC, ainsi que l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf) et le collectif Inter-Urgences. "Les services d'urgence montrent la voie", affirment les neuf organisations dans un communiqué, déplorant "un profond malaise" et "l'absence d'écoute du gouvernement". 

Les médecins entrent dans la danse

S'ils ont longtemps demandé aux médecins de se tenir en retrait pour mieux faire entendre la voix des paramédicaux, les  grévistes ont désormais changé de mot d'ordre. Un message reçu cinq sur cinq par ceux de l'Amuf, l'Association des médecins urgentistes de France, emmenés par Patrick Pelloux, qui ont finalement décidé de rejoindre la grève. L'intersyndicale des praticiens hospitaliers (APH) pour qui, "l'hôpital est en train d'agoniser" envisage elle aussi de se greffer à la mobilisation nationale. Mobilisation qui interviendra un peu plus tard, à l'automne. 

Sur la même ligne, plus de 2300 professionnels de santé réunis au sein d'un "collectif inter-hôpitaux", dont 400 médecins chefs de service, ont appelé, dans une pétition, à la convocation d'"états généraux" devant mener à un "plan d'urgence" pour "sauver" les hôpitaux publics, où, selon eux, "la sécurité n'est plus assurée". La collégiale des psychiatres de l'AP-HP a, elle, "apporté son soutien" aux personnels des urgences, tout comme la commission médicale de l'AP-HP. 

Les infirmiers débrayent aussi

Du côté des paramédicaux, la colère commence à monter à d'autres étages de l'hôpital. Partie des urgences, elle gagne peu à peu les services. Les infirmiers de bloc opératoire sont ainsi entrés en grève, la semaine dernière. Ils souhaitent une revalorisation salariale et la reconnaissance de leurs compétences. D'après le Snibo, le syndicat national des infirmiers de bloc opératoire, près de quarante centres hospitaliers étaient concernés par le mouvement la semaine dernière. Un chiffre qui pourrait croître, d'autant que selon le syndicat, une nouvelle grève des infirmiers de blocs opératoires est prévue le lundi 7 octobre prochain. 

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Le secteur de la psychiatrie, également touché par des restrictions budgétaires, est quant à lui au bord de la rupture. Et tire d'ailleurs régulièrement la sonnette d'alarme. L'hôpital du Rouvray, près de Rouen, où des infirmiers avaient entamé une grève de la faim l'année dernière, a ainsi décidé de déclencher une grève illimitée, l'accord signé en juin 2018 n'ayant pas été respecté à leurs yeux. A Brest, les personnels de l'hôpital psychiatrique étaient appelés à débrayer, mardi 24 septembre, tandis qu'à Annecy, les personnels ont rejoint le cortège des urgences. 

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SEPT À HUIT LIFE - Dans le service d'urgence de l'hôpital de Béthune

Hors de l'hôpital, les pompiers, toujours en grève, ont eux aussi assuré les grévistes de leur soutien lors de l'assemblée générale du collectif InterUrgences. Dans plusieurs régions, ils se sont même alliés aux agents hospitaliers en grève lors de la dernière journée de mobilisation. Alors que les comptes de  la Sécurité sociale ont replongé dans le rouge cette année, obligeant le gouvernement à repousser à 2023 le retour à l'équilibre, promis pour 2019, et donc à ne pas aller au-delà des mesures présentées par Agnès Buzyn, le mouvement ne semble en tout cas pas prêt de cesser. 

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