Qui est Thierry Bolloré, en charge de l’intérim de Carlos Ghosn chez Renault ?

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Carlos Ghosn : l’ex-patron de Renault rattrapé par les affaires

SUCCESSION - Fin connaisseur de l’Asie et de l'industrie automobile, c’est le Français Thierry Bolloré qui a été désigné ce mardi pour assurer l'intérim à la tête de Renault, l’ancien numéro un, Carlos Ghosn, étant toujours en garde-à-vue pour des soupçons de malversations financières.

Un passage de flambeau accéléré. Le numéro deux de Carlos Ghosn, Thierry Bolloré, a été désigné mardi 20 novembre par le conseil d'administration de Renault afin d’assurer la gouvernance du groupe au losange. L’ancien patron tout puissant reste cependant PDG, malgré sa détention toujours en cours au Japon pour des soupçons de malversation. 

Thierry Bolloré, 55 ans, qui avait été choisi comme bras droit en février 2018, s'est donc vu confier "à titre provisoire" la direction exécutive du groupe. Un nouveau visage au nom bien familier, qui rappelle indéniablement un autre grand industriel français : Vincent Bolloré. Mais pour le reste, Thierry Bolloré, qui ne partage qu’un lointain lien de parenté avec le magnat de l’audiovisuel, est inconnu du grand public. Preuve de cet anonymat, l’homme d’origine bretonne ne possède, à ce jour, même pas... de page Wikipédia !

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Fin connaisseur de l’automobile et de l’Asie

Un bref coup d’œil sur l’organigramme du groupe Renault permet toutefois de comprendre comment Thierry Bolloré est arrivé à ce poste à 55 ans seulement. Au cours de sa carrière, débutée très tôt à l’internationale, il a exclusivement travaillé dans l'automobile, et très souvent en Asie. Ainsi, en 1990, ce passionné de voile originaire de Quimper arrive chez Michelin, à Poitiers. Un détail qui a son importance : Carlos Ghosn a lui-même fait ses armes chez le Bibendum pendant 18 ans.

Titulaire d'un MBA de l'université Paris Dauphine, la formation du nouveau chef d'atelier et ses connaissances de l’exercice des fonctions de dirigeant lui permettent de gravir rapidement les échelons. Trois ans à peine après son entrée dans le groupe de pneumatiques il devient l’un des responsables de l’usine au niveau mondial. En 1997, il part donc au Japon avant d’être nommé en Thaïlande. 

Après le pneu, cet homme marié et père de cinq enfants passe au pot d’échappement. A 42, il devient le vice-président de la branche dédiée chez Faurecia, groupe français d'ingénierie et de production d'équipements automobiles. Une fois encore, il est en charge de l’Asie. L’industriel devient ensuite vice-président monde, notamment en charge du marketing et du développement, puis s’occupe de l’industrie, de la qualité et des achats. De quoi faire de lui un fin connaisseur de l’automobile et du marché asiatique, tout ça avec un profil très généraliste.

Des débuts ambitieux chez Renault

C’est donc tout naturellement que Thierry Bolloré arrive en 2012 au sein du numéro un mondial de l’automobile. Devenu "directeur des fabrications", il passe l'année suivante du côté de la "compétitivité", où il s’occupe notamment de la transformation numérique de Renault. Son profil plaît et l'entreprise lui demande de gérer plusieurs dossiers compliqués. La direction le met alors en première ligne face au diesel gate, puis lui fait confiance pour négocier avec l’Iran. Deux dossiers que le dirigeant mène avec succès. 

L’homme, grand et au physique solide, se fait ensuite remarquer en prenant une décision drastique pour l’avenir de son entreprise : réduire l’offre en diesel de Renault de la moitié d’ici à 2022. Une volonté qu’il ne tarde pas à mettre en place en présentant, cet été, une offre de mobilité électrique à Paris afin de remplacer les Autolib’. (lancée en 2011 par son lointain cousin). En juillet, c’est donc lui qui annonce vouloir déployer dans la capitale quelque 2000 véhicules électriques d'ici fin 2019, avec "l'ambition de faire croître" cette flotte.

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Une réussite professionnelle qui s’accompagne de qualités de "rigueur" et de "sérieux" selon un responsable du secteur automobile qui l'a côtoyé pendant plusieurs années au sein de l'équipementier Faurecia. Interrogé par l’AFP en février 2018, lorsque Thierry Bolloré est nommé numéro deux de Renault, cet ancien collègue avait salué un homme "chaleureux". "Il a des qualités de calme, d'analyse et il est pondéré", avait-il ainsi expliqué, ajoutant que, selon lui, "sa connaissance de l'Asie et ses aptitudes dans les relations avec les Japonais lui donnent un avantage dans la succession".

Rassurer la France et ses partenaires

Prédiction avérée ce mardi : Thierry Bolloré se retrouve propulsé à la tête du géant de l’automobile. Adoubé en février, il ne devait pourtant pas prendre cette place avant la fin de son mandat en 2022. Car la nomination par intérim du bras droit de Carlos Ghosn n’est en fait pas une surprise pour l'ancien dauphin du PDG. L’Etat français, qui détient 15% du capital de Renault et près de 22% des droits de vote, avait  lui-même longuement insisté pour créer ce poste de numéro deux. Le gouvernement n’a d'ailleurs jamais caché sa volonté de voir un Français à cette fonction. 

Il faut dire que la France s'inquiète de la pérennité de l'alliance entre Nissan et Renault. Et désire fermement ancrer son héritage français. Une bonne relation avec les partenaires japonais, une maîtrise de l’urgence et des scandales et une expérience complète était donc cruciales pour ce poste. Le rôle semble taillé sur mesure pour Thierry Bolloré.

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