"Il faut se réapproprier la politique" : ces citoyens anonymes qui s'engagent dans le Grand débat national

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Grand débat national : l'heure des annonces

ILS PRENNENT LA PAROLE - Près de 40% des débats locaux programmés dans le cadre du Grand débat national sont le fait de citoyens anonymes. Nous en avons rencontré trois. Trois Français aux profils très différents mais dont le commun objectif est de redonner la parole au peuple.

En cinq jours, la plateforme en ligne du Grand débat national a recensé 600 événements selon le bilan d’Emmanuelle Wargon révélé sur LCI. Et pour 40% d'entre eux, les organisateurs sont des citoyens anonymes. Des centaines de personnes qui ont fait le choix de s'approprier ce moment de démocratie pour que leur voix compte. Amine, Yves et Boris étaient parmi les premiers à enregistrer leurs événements. Nous les avons rencontrés.

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Il faut considérer les citoyens et non pas seulement les consulter- Amine Elbahi, organisateur de l'événement "Dialogue citoyen à Roubaix"

Amine Elbahi va discuter pour la première fois, ce lundi 21 janvier, avec les citoyens inscrits sur son événement. Originaire de Roubaix, c’est dans la salle d’un restaurant, "gracieusement mise à disposition par le patron", qu’il a prévu d'organiser le débat. Étudiant en droit à Lille, le jeune homme de 22 ans est à l'initiative de la rencontre. Un travail fastidieux et un investissement personnel pour répondre à son désir d’engagement, né de sa propre histoire. En 2014, sa sœur est partie rejoindre l'État Islamique en Syrie. À l’époque, il avait rencontré le Premier ministre Manuel Valls, réclamant que les familles soient plus écoutées. Un besoin d’être entendu qui n’a pas disparu. Désormais membre du conseil citoyen de la ville de Roubaix, il est également membre de la "réserve citoyenne" de l’Éducation nationale, et assume être de droite. Il fut même membre des Jeunes Républicains en 2016, avant de "prendre du recul sur la politique". 

S’il a marqué son soutien lors du premier "acte" et écoute les revendications des Gilets jaunes, auxquelles il se dit "sensible", il n’en est pas un. Car il a rapidement vu les représentants de la France Insoumise et des Patriotes venir discuter sur les lieux de rassemblements. "Je me suis rendu compte que le mouvement était trop hétéroclite et allait profiter aux extrêmes." Un autre sujet le tracasse : le silence des quartiers populaires. "Roubaix est la ville la plus pauvre de France, il faut entendre les manifestants mais aussi redonner de la valeur aux aspirations populaires", alerte le jeune homme. Pour lui, le débat est désormais "vital" et une "prise de conscience collective" est nécessaire afin que les extrêmes "ne profitent pas de ce climat bouleversant". 

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Sont donc invités à ce "dialogue citoyen" tous les Roubaisiens. Ont déjà répondu présent une quarantaine de personnes. Amine Elbahi les liste : "Il y a des commerçants, des personnes politisées ou non, des responsables associatifs, des ouvriers ou des CSP, voire CSP+, mais aussi le président du département des Restos du cœur et une élue de ma circonscription. Puis il y a bien sûr des personnes totalement inconnues qui ont vu mon événement." 

Avec elles,  le jeune homme espère créer un lieu dans lequel chacun "puisse, et sente qu’il a pu, s’exprimer". Et attend de cette parole qu’elle soit entendue. Car s’il salue le désir du gouvernement de donner aux Français l’opportunité de partager leurs idées, Amine espère surtout qu’elle aura un impact dans les plus hautes sphères. Et de conclure : "Il faut considérer les citoyens et non pas seulement les consulter."

Se réapproprier la politique, même au comptoir

Ce qu’ont montré les Gilets jaunes, c’est que cette communication, tant voulue par Amine, entre l’État et ses citoyens s'est détériorée. Yves Quemeneur est bien placé pour le savoir, il a lui-même été élu dans un syndicat. "Les corps intermédiaires, et j’en ai fait partie, n’ont jamais fait leur boulot correctement", concède-t-il. À 69 ans, cet habitant de Besançon est désormais pigiste pour un site d’actualité locale en Franche-Comté. C’est donc en tant que "simple citoyen engagé" qu’il désire participer au Grand débat national. S’il n’est "ni pour, ni contre" le président de la République, il estime que "dans la situation de catastrophe sociale et politique présente, organiser et développer des débats peut être une manière de calmer les ardeurs des uns et des autres". Engagé depuis qu’il a 18 ans, il a toujours été "rebelle par rapport au système qui dirige depuis une quarantaine d’années"; considérant que ses représentants sont des "énarques éloignés des problèmes du peuple". "Avec eux, on est dans la macro-économie", regrette cet ancien militant du parti Nous Citoyens, qui prônait notamment plus de démocratie et la décentralisation du pouvoir.

Je suis optimiste, même à 69 ans- Yves Quemeneur, organisateur de l'événement "Comment mieux organiser la démocratie au plus près des citoyens"

Alors, pour que chacun puisse "se réapproprier la politique", il a décidé de mettre lui-même la main à la pâte. Et ce à quatre reprises, puisqu’il a prévu des réunions tous les jeudis, excepté le 14 février "car il faut laisser les gens profiter de la Saint Valentin". Un temps nécessaire pour celui qui ne désire pas uniquement aboutir à des "doléances", des "il faut qu’on", mais faire émerger "des idées nouvelles, des propositions concrètes et réalisables dans un cadre républicain". Un défi qui ne lui fait pas peur, lui qui se décrit comme "optimiste même à 69 ans". Objectif : organiser des "brainstorming", en groupes de quatre sur les thématiques que chacun aura préalablement retranscrites sur un post-it. Tout ça dans le cadre d’un monument classé de la ville de Besançon : la Brasserie du commerce. "C’est un clin d’œil à l’expression ‘avoir des discussions de café du Commerce’", explique-t-il, enjoué. 

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Boris Le Méec a lui aussi  opté pour l’ambiance de comptoir. Plus précisément celle d’un pub à Copenhague. Étudiant dans le cadre du programme Erasmus au Danemark, il ne veut pas laisser passer sa chance. "C’est inédit de pouvoir faire un débat avec toutes les personnes qui ont des idées pour la France. Et ce n’est pas parce que je suis à l’étranger que je ne veux pas y répondre !" Ce Rennais de 22 ans est un Macroniste. Il faisait partie de l’équipe départementale de En Marche en Ile-et-Vilaine. Pour lui, ce Grand débat national est presque plus intéressant vu d’ailleurs. "Nous, on peut faire une comparaison avec la vie locale d’ici". Et d’ajouter que la distance entre son nouveau lieu de vie et la France permet aussi de "surpasser la simple crise des Gilets jaunes." 

Mais c’est surtout l’occasion pour l’étudiant en Master informatique de déconstruire un préjugé : "On nous dit que les jeunes ne s’intéressent pas à la politique. C’est faux !" Pour  Boris, qui discute de ces thématiques depuis toujours, est arrivé le moment de les faire émerger "à une échelle plus haute". "Là c’est pas comme les débats dans un repas de famille. C’est un débat au bout duquel il y a un compte-rendu." 

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