Ces questions que pose la blessure de Jérôme Rodrigues, Gilet jaune touché à l'oeil lors de "l’acte 11"

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POLÉMIQUE - Jérôme Rodrigues, Gilet jaune influent et proche d’Éric Drouet, a été gravement touché à l’œil ce samedi sur la place de la Bastille, à Paris. Les circonstances de cette blessure restent pour le moment imprécises.

Que faisait-il lorsqu'il a été victime d’un projectile provenant des forces de l’ordre ? A-t-il été touché par une grenade ou un Lanceur de balles de défense (LBD)? Pourra-t-il retrouver la vue ? La grave blessure à l’œil de Jérôme Rodrigues, blessé ce samedi 27 janvier à Paris pose de nombreuses questions. On fait le point.

Qui est-il?

Jérôme Rodrigues est l’une des figures des Gilets jaunes franciliens et fait partie du cercle proche d’Éric Drouet. Très apprécié sur les groupes Facebook, il est notamment connu pour ses "lives" depuis les cortèges parisiens. Une notoriété qui lui donne de l’influence puisqu’il donne de l’ampleur aux événements organisés. 


Comme le laisse deviner son nom de famille, il est franco-portugais. Dans un entretien publié ce mercredi par Luso Journal, un média de la communauté portugaise en France, et déniché par France Info, l’homme explique que son père est arrivé en France il y a quarante ans, avant de repartir dans le pays où est né Jérôme Rodrigues. "En 2016, ma mère et lui sont repartis au Portugal. Je suis originaire de Coimbra." Dans cette même interview, on en apprend également plus sur sa profession. Le père de famille explique qu'il a "travaillé dans différents coins de la France" et même en Espagne. Il a travaillé dans le commerce pendant vingt ans, mais "des accidents de la vie", l’ont fait changer de carrière. Désormais, l'homme de 39 ans est en "reconversion professionnelle pour être plombier" et employé dans le BTP.

Que s'est-il passé?

Le Gilet jaune participait à l’une des manifestations parisiennes déclarées, celle dont le cortège est parti de la cour de Vincennes pour rejoindre la place de la Bastille. Le matin même, il apparaissait aux côtés d'Éric Drouet, et ses abonnés Facebook pouvaient le suivre tout au long de la journée sur ses "lives" Facebook qui atteignaient entre 20.000 et 40.000 vues. L’un d’eux, le dernier, bat actuellement des records d’audience avec 1,8 millions de vues en 24h. Et pour cause, la séquence de sa blessure y est diffusée en direct. 


Dans la vidéo, qui dure près de 11 minutes, le Franco-portugais désire filmer les tensions qui éclatent sur la place de la Bastille. On l’entend dire : "C’est très tendu sur Bastille, je vais essayer d’aller voir." Il est alors sur le boulevard Saint-Antoine, et calme les Gilets jaunes qui fuient les gaz lacrymogènes. "C’est les black blocs qui ont attaqué, pas les flics. Ils avaient dit sur Facebook qu’ils allaient venir." Le quadragénaire, connu pour son pacifisme au sein des groupes, et qui appelle ses compagnons de lutte "la famille", conseille à chaque manifestant de quitter les lieux. "Partez, partez tous, faut partir, faut que les Jaunes ils partent d’ici", dit-il à ceux qu’ils croisent et à ceux qui regardent son direct, demandant aux internautes de "partager l’information". 

Huit minutes durant, l’homme va s’avancer peu à peu vers le centre de la place, afin de demander aux personnes de vider les lieux. L’homme à la barbe poivre et sel se retrouve alors devant la Colonne de Juillet, face à l’Opéra. Le Gilet jaune discute avec quelques streets medics, avant de demander à chacun de partir. Quelques secondes après il se retourne, alerté par plusieurs "attention!" qui fusent.  Des policiers de la brigade anti-criminalité passent en courant devant lui. Lui reste immobile tout en faisant face à d'autres forces de l'ordre, positionnées à une dizaine de mètres. On ne l’entend pas parler, encore moins crier, aucune sommation n’est lancée. S’ensuit une déflagration et l’homme tombe à terre. 


Sur le plateau de LCI, Laurent Nuñez a détaillé les raisons de ce tir, en le justifiant par le contexte "ultra-violent" au moment des faits. "Des militants ultra-violents s'en prennent aux forces de l'ordre, ce qui a conduit la préfecture de police à isoler ces manifestants sur la place de la Bastille pour protéger le reste du cortège, qui à ce moment-là était en amont sur le boulevard." Au moment où Jérôme Rodrigues débute sa vidéo, les policiers étaient donc en pleine action, pour encercler les lieux afin de contenir les manifestants et éviter qu’ils ne s’approchent des altercations. La "manœuvre" des forces de l’ordre consiste ensuite à "dégager peu à peu la place de la Bastille", explique le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur. C’est à ce moment-là que la figure des Gilets jaunes est arrivée. "M. Rodrigues se rend ensuite sur la place, et il va à l'endroit où nos policiers essaient de disperser les casseurs et d'en interpeller." 

Par quoi a-t-il été blessé?

Jérôme Rodrigues a décidé de rester au centre de la Bastille, malgré les tensions, afin de filmer les forces de l’ordre, car un élément l’aurait interpellé. "Je me dis que je ne vois pas de caméra-piéton accrochée à ceux qui sont porteurs d'un LBD 40", nous a-t-il confié. Ensuite, tout s’est "passé très vite". Le plombier en formation assure avoir été la cible d’un LBD : "On me lance une grenade et derrière je me prends une balle. Donc j'ai été doublement attaqué." Pour ce Gilet jaune très influent, il n’y a aucun doute, il était expressément ciblé. "Je suis devenu, malgré moi, une figure du mouvement, et c'est un abattage dans les règles de l'art ça. C'est volontaire."

En vidéo

DOCUMENT LCI - Le Gilet jaune Jérôme Rodrigues, blessé à Bastille, témoigne face caméra

L’avocat du manifestant blessé considère lui aussi qu’il s’agit d’un tir de LBD. Philippe de Veulle a affirmé sur LCI avoir plusieurs preuves, "visuelles" et "matérielles", que son client a été blessé par cette arme. "Si vous regardez toutes les victimes blessées par LBD au niveau de l’œil, vous voyez très bien que ce sont des blessures similaires." L’avocat a ensuite listé les éléments en sa possession pour avancer cette théorie : "La première, que tout le monde peut voir, est la vidéo de Jérôme dans laquelle on entend la détonation particulière au LBD et un jet surgir d’un instrument (…) Ensuite, il y a plusieurs témoignages. Et j’ai le projectile [récupéré sur place par un manifestant, ndlr] que j’ai transmis à la sœur de Jérôme et que l’on va donner (...) Je demande à ce qu’on fasse une analyse ADN sur le projectile."

De son côté, Laurent Nuñez a indiqué sur le plateau de LCI qu'"aucun élément" ne permet, à ce stade, de dire que le Gilet jaune a été touché par un tir de LBD. "Ce que je sais, c'est qu'il y a eu 32 tirs au total sur la journée d'hier et qu'ils ont tous été filmés", a assuré le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur. Le policier à l'origine du tir a été identifié, il s’est lui-même signalé auprès de l'IGPN, selon le haut fonctionnaire. "Le policier a projeté une grenade de désencerclement dans le périmètre où se trouvait M. Rodrigues."


Quoi qu’il en soit, la sœur de Jérôme Rodrigues a déposé une plainte au commissariat du 13e arrondissement de Paris. Lui même a fait savoir lors d'une conférence de presse ce dimanche soir qu'il avait été entendu par l'IGPN pendant près de deux heures. Selon lui, la police des polices lui aurait "confirmé que sur les vidéos qui ont été vues, il y a bien le 'boom' de la grenade et le 'poc' qui suit derrière, du tir de LBD", précisant avoir remis à l'Inspection générale la balle du LBD qui l'aurait touché. 


 La préfecture de Police avait saisi l’IGPN dans l'heure suivant les faits pour "faire toute la lumière" sur l’incident. 

Dans quel état est-il?

Jérôme Rodrigues a passé entre "sept et huit heures" au bloc opératoire de l’hôpital Cochin, à Paris. Sa sœur a expliqué au micro de LCI qu’il retrouvait "peu à peu le moral", notamment grâce aux nombreux messages de soutien qu’il reçoit. Lui-même nous a confié qu’il allait bien, même s’il est "un peu en colère". Ce père d'une fille de 13 ans va devoir rester cinq jours à l'hôpital pour éviter une infection à l’œil, selon l'AFP.

Quant à son œil, son "globe oculaire a été recousu", d'après le témoignage de l'intéressé. Il est pour le moment toujours impossible de savoir s’il retrouvera la vue, les médecins devant attendre que l’hématome se réduise. Sur son lit d'hôpital, Jérôme Rodrigues nous a expliqué que les médecins "ne peuvent pas se prononcer". "J’ai beaucoup de sang et qu’il faut qu’il se draine."

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