L'assurance-chômage en France restera "l'une des plus généreuses d'Europe" ? Pas si sûr

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IDÉE REÇUE - Après la présentation de la réforme de l'Assurance-chômage, les membres de la majorité ont multiplié les interventions pour assurer que le système français était l"un des plus généreux d'Europe" actuellement et qu'il le resterait demain. Une lecture quelque peu tronquée selon les indicateurs que l'on met en avant.

Durée de cotisation rallongée, indemnités rabotées pour les plus hauts salaires, la réforme de l'assurance-chômage, présentée ce 18 juin, suscite de nombreux remous. Depuis l'annonce des nouvelles mesures, les membres de la majorité enchaînent les interviews, avec un élément de langage commun : notre système est bien plus favorable que celui de nos voisins.

"Nous avons aujourd’hui en France un système d’indemnisation du chômage parmi les plus généreux en Europe" assurait ainsi mardi au micro d'Europe 1, le ministre de l'économie, Bruno le Maire. "Quand on regarde ce que font les autres pays, on a un taux d’indemnisation qui est le plus élevé en Europe en termes de revenus, on a une durée de cotisations pour atteindre le chômage qui est la plus faible d’Europe également", renchérissait Yaël Braun-Pivet, députée LaREM des Yvelines et présidente de la Commission des lois sur Sud Radio.

Ce mercredi, Jean-Michel Banquer, allait encore plus loin en assurant que "même avec (cette réforme), cela reste un des systèmes les plus généreux au monde", et de citer l'exemple de l'Allemagne. Sommes-nous si chanceux que ça ? Pour le savoir, il faut comparer ce qui est comparable. A La Loupe déroule point point point les modalités de l'Assurance-chômage en France et chez nos voisins européens.

Un niveau d'indemnités dans la moyenne européenne

En France, comme ailleurs, un chômeur ne touche qu'une partie de son ancien salaire, on parle alors de taux de remplacement. En France, ce taux "varie en fonction du salaire horaire", explique l'Unedic, l'entité publique gestionnaire de l'assurance-chômage. "Les salariés ayant les salaires les plus faibles ont un taux de remplacement plus élevé (75 % au maximum). A l’inverse, les salariés ayant perdu un emploi avec un salaire élevé - plus de 70 € brut (par jour, ndlr) - bénéficient d’un taux de remplacement plus faible (57 %)." La majorité des allocataires perçoivent un taux de remplacement intermédiaire, à hauteur de 62%.

En la matière, de nombreux pays se montrent bien plus généreux que la France. Le Danemark présente ainsi un taux de 90%, le Luxembourg 80%, l'Italie 75%, l'Espagne 70%, le Portugal et la Belgique 65%. L'Allemagne, cité par Jean-Michel Blanquer, affiche un taux similaire au nôtre, tout comme la Norvège. 

Pour autant comparer ces taux bruts ne suffit pas, et ce pour plusieurs raisons : de nombreux pays ont mis en place un taux dégressif, la durée d'indemnisation n'est pas la même partout et les indemnités peuvent parfois être modulées en fonction de la situation familiale et/ou s'accompagner d'aides complémentaires.

Taux constant ou dégressivité des indemnités

Restons dans un premier temps sur le niveau des taux. LCI a eu accès au dossier de référence de la négociation sur l'Assurance-chômage préparé en 2018 par l'Unedic. 15 pays européens ont été passés au crible. Comme la France, sept autres pays gardent un taux constant pendant toute la durée de l’indemnisation : par exemple, le Luxembourg (taux de 80%), l'Allemagne (60%) ou encore le Danemark (90%).

A l'inverse, six des quinze pays étudiés ont mis en place la dégressivité des allocations. Au bout de 6 mois, le taux de remplacement perd 10 points au Portugal (de 65 à 55%), 15 en Italie (de 75 à 60%) et 20 en Espagne (70 à 50%). L'Italie se montre encore plus sévère au bout d'un an : les chômeurs ne touchent alors plus que 45% de leur ancien salaire.

L'Irlande et le Royaume-Uni font figure d'exception en proposant un forfait. Les systèmes de ces pays sont les plus rudes : jusqu'à 812 euros par mois pour l'île verte, 353 euros par mois pour le Royaume-Uni qui ne module pas les indemnités en fonction du salaire.

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Après aides sociales, l'indemnisation française reste dans la moyenne européenne

Pour pouvoir comparer ces différents systèmes, il faut également s'intéresser au taux de remplacement net, c'est à dire les indemnités de l'allocation-chômage, auxquelles on applique les effets de la fiscalité et des transferts sociaux et qui tiennent compte des autres aides sociales, notamment celles liées au logement.

Certains pays adaptent par exemple le taux de remplacement à la situation familiale du chômeur. En Allemagne, le taux passe de 60 à 67% si la personne a un enfant à charge. C'est également le cas au Portugal, au Luxembourg, en Suisse et en Belgique. En France, ce taux ne bouge pas. Dans certains cas également, des aides spécifiques ont été mises en place pour les personnes sans emploi. L'Irlande, la Finlande et la Norvège prévoient ainsi un supplément forfaitaire en cas d’enfant à charge.

La France figure-t-elle alors en bonne place ? Pour y répondre, l'OCDE a mis en place un comparatif qui se base sur 6 profils de famille avec deux enfants. L'organisme a calculé le taux de remplacement du père ou de la mère de famille récemment au chômage, en fonction du montant du salaire qu'il ou elle touchait. Comme le démontre le graphique ci-dessous, un chômeur qui touchait 67% du salaire moyen (SM), perçoit en France 72% de son ancien salaire. "Au niveau des salaires les plus faibles, le taux de remplacement des pays européens se situe entre 72 % et 91 % dans la plupart des cas. Seul le Royaume-Uni, dans une logique universelle, offre un taux de couverture moins favorable", relate l'Unedic. La France figure donc dans la fourchette basse pour cette catégorie de population.

Contrairement à ses voisins européens, ce taux net ne change pratiquement pas en fonction du salaire, alors que pour la grande majorité des pays de l'UE, le taux net est plus faible pour les plus gros salaires. En clair, la France est plus généreuse que ses voisins mais uniquement pour les plus hauts salaires. Le nouveau système voulu par le gouvernement devrait changer la donne.

Si l'on s'intéresse au taux de remplacement net moyen par pays, tous salaires confondus cette fois, la France se situe clairement dans la moyenne européenne. Les chiffres ci-dessous, tirés d'une étude du Trésor Public, se basent sur d'autres situations (3 niveaux de revenus et 4 types de famille) et sont plus récents (2018). 

"L'analyse comparée des taux de remplacement nets des demandeurs d’emploi indemnisés, c'est-à-dire tenant compte de l'ensemble des prestations sociales, révèle que, en moyenne, la France ne se singularise pas dans le paysage européen", détaille ainsi le ministère de l'économie. La moyenne de l'UE est de 69%, quand la France affiche un taux de 67% comme l'Allemagne et l'Irlande.

Cette mise en parallèle avec l'Irlande, système pourtant connu pour être des plus sévères, prouve que "la France se caractérise (*...) par une forte prépondérance de l'assurance chômage dans les revenus des demandeurs d’emploi", autrement dit il n'existe dans l'Hexagone, contrairement à nos voisins, pratiquement aucune aide spécifique aux demandeurs d'emploi.

Une durée d'indemnisation longue en France, mais pas un record

Certains opposeront que ces études portent sur "le début de l'indemnisation" et que la France propose justement une des plus longues périodes d'indemnisation, sans variation de taux. 

En France, les demandeurs d’emplois peuvent effectivement toucher des allocations pendant deux ans (et même jusqu’à trois ans pour les plus de 55 ans). Elle n'est cependant pas la seule : l'Espagne, l'Italie, la Finlande, l'Allemagne ou encore le Danemark ont le même seuil. Le record est détenu par la Belgique qui n'a pas de durée maximale : au bout de quatre ans, l'indemnité est réduite toutefois à un forfait. Les Pays-Bas font également mieux avec une durée égale à 38 mois.

D'autres, à l'inverse, se montrent moins conciliants. Au Portugal, les droits s'arrêtent au bout de 18 mois, c'est encore plus court en Suède (14 mois), au Luxembourg (12 mois), et en Irlande (9 mois).

Encore une fois, la France est plutôt dans la moyenne. Il faut aussi noter que 2 allocataires sur 3 sortent du système d’indemnisation avant la fin de leur droit. L'Unedic indique d'ailleurs que 69% des allocataires ont été indemnisés moins d’un an.

Seul point où la France est - aujourd'hui - l'une des plus généreuses : la durée de cotisation, actuellement de 4 mois. Le gouvernement souhaite cependant passer à 6 mois, soit le délai minimum imposé en Suède, au Pays-Bas, au Luxembourg ou encore à la Finlande. En Belgique, il faut travailler au minimum 8 mois au cours des 3 dernières années. L'Allemagne est encore moins souple avec une durée d'affiliation d'un an au cours des deux dernières années. Seul le Danemark n'a pas de durée minimum, il faut toutefois avoir touché un revenu minimal de 31.000 euros au cours des trois dernières années.

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