L'économie française repart... "en K" : bonne ou mauvaise nouvelle ?

L'économie française repart... "en K" : bonne ou mauvaise nouvelle ?
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FRACTURE - Si les derniers chiffres de l'INSEE affichent une reprise rapide, c'est principalement sous l'effet des aides publiques, qui ont amorti les effets de la crise. Une reprise qui a ses gagnants, mais aussi beaucoup de perdants.

+17% en un trimestre. Rattrapage ou pas, l'activité économique des derniers mois en France affiche une croissance sans précédent. Le mois dernier, comme l'explique la note d'analyse des économistes de l'INSEE, c'est comme si l'on avait rattrapé 95% de l'activité d'un mois d'août normal. Comme le reconnaissent ces mêmes analystes, loin de signifier un retour à la normale dans l'économie réelle, ces chiffres traduisent surtout l'argent que la puissance publique a injecté dans l'économie, pour les entreprises au travers de prêts de trésorerie et d'aides directes, mais aussi pour les particuliers, principalement au travers du chômage partiel. 

 

Mais alors, quelle forme a cette courbe ? Celle d'une reprise en V, quand l'économie rebondit aussi rapidement qu'elle n'avait chuté ? En W, la même chose avec un à-coup supplémentaire ? Analystes et économistes n'ont pas encore tranché - et pour cause, la crise n'est pas terminée - mais ils ont encore d'autres lettres à leur disposition, de l'effondrement durable du L à la reprise molle du U. Mais le scénario qui revient le plus souvent aujourd'hui, c'est celui d'une reprise qui ne serait pas la même pour tout le monde, une courbe en K, une barre vers le haut, et l'autre vers le bas.

Une reprise au K par K

C'est ce que l'on observe déjà aux États-Unis, avec d'un côté des employés ou des chômeurs pour qui les aides exceptionnelles sont en train de prendre fin, et qui se retrouvent face à la dette accumulée depuis le début de la crise. De l'autre, employés, retraités et cadres, qui ont aussi reçu des aides ponctuelles, et qui ont même pu les investir sur un marché boursier qui a lui largement ignoré la crise. Parmi les effets divergents de cette crise, on trouve ainsi près d'un ménage sur dix qui n'arrive plus à payer son crédit immobilier, tandis que les achats immobiliers sont au plus haut, dopés par des taux d'intérêt au plus bas... pour ceux qui en ont conservé les moyens.

Cette crise à pile ou face, on pourrait la retrouver chez nous avec un effet retard dû entre autres à la poursuite du chômage partiel et au plan de relance annoncé la semaine dernière. Mais une reprise en K se dessine déjà, séparant ceux qui ont le mieux résisté à la crise et les autres. Du côté des gagnants, il y a des catégories sociales, mais aussi d'activité. Premiers sauvés par les plans d'aides publiques: les salariés, du moins ceux qui ont réussi à conserver leur emploi. Eux ont vu leurs revenus rester à un niveau à peu près constant, sans que la crise ne vienne les entamer. Ce sont d'ailleurs eux à qui le confinement et des vacances moins lointaines ont permis d'épargner massivement ces six derniers mois

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Du côté des perdants, il y a d'abord tous les secteurs économiques que la crise a mis à terre. Voyage, événementiel, immobilier d'entreprise, spectacle, et toutes les professions qui gravitent autour. Les aides en maintiennent certain la tête hors de l'eau, mais les incertitudes sur l'horizon de sortie de crise les fige dans une situation que leur trésorerie ne peut encaisser très longtemps, on s'attend à court terme à une multiplication des faillites

Surtout, la crise frappe les professions les moins qualifiées, qui sont aussi souvent celles qui sont les moins éligibles au télétravail. Toutes les catégories précaires, jeunes - diplômés ou non - mais aussi les commerçants, certains artisans, les auto-entrepreneurs, tous ceux dont le chômage n'est pas indemnisé. Au second trimestre, ce sont 158.000 emplois qui ont ainsi été détruits dans le secteur privé.

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Le pire n'est jamais sûr, et il faudra attendre la fin de la pandémie et de la crise qui l'accompagne pour en tirer un bilan fidèle. C'est là que l'on verra si cette reprise qui distingue gagnants et perdants se confirme dans le temps. Pour ce faire, les économistes disposent d'un outil, l'indice Gini, un coefficient entre 0 et 1, qui chiffre les inégalités entre bas et hauts revenus. Un Gini à zéro témoignerait d'une égalité de revenus parfaite, un Gini à 1 d'une concentration de l'intégralité des revenus sur un seul individu. En économie, l'indice sert à évaluer les inégalités, ou l'efficacité des politiques de redistribution. 

Du fait de son modèle social, la France affiche un Gini plus bas que nombre de pays de l'OCDE, autour de 0,30 environ, selon les années. Dernières données connues : celles de 2018, publiées l'année dernière par l'INSEE, assez stables d'une année sur l'autre, en attendant la prochaine note d'analyse promise pour ce mois-ci. Mais il faudra attendre l'année prochaine pour savoir si les deux barres de la reprise en K continuent de dessiner une fracture qui dure.

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