La consultation du Cese détournée par les anti-mariages pour tous : "Une bonne pratique de ce qu'il ne faut pas faire", estime Mounir Mahjoubi

Mahjoubi et la consultation du CESE détourné par les homophobes
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La colère des Gilets jaunes

CADRE - Quelques jours après que des propositions anti-mariage pour tous ont émergé de la consultation en ligne du Conseil économique, social et environnemental, le secrétaire d'Etat au Numérique, invité de LCI, a rappelé que ce type d'exercice devait être bien plus encadré qu'il ne l'avait été par l'organe constitutionnel.

La lecture du site du Conseil économique, social et environnemental (Cese) aura donné beaucoup de grain à moudre aux plus sceptiques dans le débat sur le Référendum d'initiative citoyenne. Le 15 décembre, l'assemblée constitutionnelle initiait une consultation en ligne, en réponse aux revendications des Gilets jaunes sur l'instauration de ce mode de démocratie directe. Elle permettait à tous les citoyens de proposer des mesures autour de six thèmes : inégalités sociales, justice fiscale, inégalités territoriales, pouvoir d'achat, participation des citoyens et transition écologique. 

Des revendications bien loin des demandes portées par les Gilets jaunes

Au vendredi 4 janvier, date de sa clôture, l'initiative avait recueilli plus de 9000 contributions, pour environ 31.000 participants. Et, en tête des propositions les plus populaires, une vieille rengaine : l'abrogation de la loi Taubira ouvrant le mariage et l'adoption aux couples gays et lesbiens de 2013. Non loin derrière, le retour de l'universalité des allocations familiales, un référendum d'initiative citoyenne sur le projet de loi bioéthique et l'abolition universelle de la GPA. Des propositions très éloignées des revendications portées par les Gilets jaunes : justice fiscale, pouvoir d'achat, référendum d'initiative citoyenne...

Parmi les auteurs de ces contributions - mais aussi des thèmes proposés par le Cese -, on trouve le collectif ONLR ("On ne lâche rien", slogan particulièrement utilisé lors des manifs anti-mariage pour tous de 2013), ou Fabien Bouglé, conseiller municipal versaillais et contributeur du site d'extrême droite Boulevard Voltaire, virulent opposant aux éoliennes et à l'égalité entre couples hétérosexuels et homosexuels... pas des Gilets jaunes notoires, mais des personnes habituées à se mobiliser en ligne pour faire entendre leurs voix... sans que cela soit représentatif, puisque, trois ans après la loi, près de deux Français sur trois voyaient les familles homoparentales comme "des familles à part entière".

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Frigide Barjot et des opposants au mariage pour tous aux manettes

Une tactique tout à fait assumée par Frigide Barjot, qui a confirmé au site Arrêt sur images avoir rédigé certaines propositions et incité, via son association L'Avenir pour tous, opposée non au mariage pour tous mais à l'homoparentalité, à soutenir en masse ces contributions. "Le débat n'était pas ouvert qu'aux Gilets jaunes, s'est-elle défendu auprès d'@si. [...] Pour réunir des votes dans ce genre de consultation, ce qui compte c'est d'avoir un gros fichier de contacts." Et d'expliquer que, si les Gilets jaunes avaient voulu voir leurs propositions émerger, ils n'avaient qu'à mettre leur réseau à contribution : "Si Priscillia Ludosky s'était servie de ses fichiers réunissant les contacts de sa pétition, [...] elle faisait un strike."

Difficile, donc, de voir la main des Gilets jaunes derrière ces votes souhaitant revenir sur l'égalité des droits entre homosexuels et hétérosexuels, comme l'avaient suggéré certains titres de presse. Le Cese lui-même a reconnu que "certains collectifs en ont profité pour porter leurs revendications", en précisant avoir eu "conscience" de cette possibilité et s'engageant à "en tenir compte" lors de ses futurs débats. Une certitude, pour les opposants au référendum d'initiative citoyenne : ce type de démocratie directe porte en lui le risque de voir des minorités actives, plus aguerries, se mobiliser pour faire valoir leurs causes. 

"Le meilleur moyen de se faire envahir par des groupes d'intérêt"

Un risque dont Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au Numérique, a pris conscience, appelant, dimanche 6 janvier sur LCI, à "éviter de faire des consultations anecdotiques qui ont lieu pendant trois semaines au mois de décembre. [...] Faire un débat participatif 100% en ligne sans communication, sans accompagnement [...], c'est le meilleur moyen de se faire envahir par les groupes d'intérêt et par les personnes qui sont déjà structurées et mobilisées. C'est une bonne pratique de ce qu'il ne faut absolument pas faire."

Alors que se profile le grand débat national au cours desquels les citoyens français sont appelés à s'exprimer, la question de l'encadrement des débats mérite alors d'être posée. L'ancien militant socialiste et président du Conseil national du numérique avant de rejoindre Emmanuel Macron l'assure, sans entrer dans les détails : "Ce n'est pas comme ça qu'il faut faire un grand débat national et ce n'est pas comme ça qu'il est en train d'être préparé."

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