La liste aux européennes des Gilets jaunes, une "trahison" sur les groupes Facebook

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TRAHISON - Que pensent les Gilets jaunes de la liste aux européennes lancée mercredi 23 janvier par Indrid Levavasseur ? Pour le savoir, nous avons parcouru les trois principaux groupes Facebook de Gilets jaunes, où les internautes crient à la trahison et à l’imposture. Et où l’initiative semble produire un rassemblement autour du noyau historique.

Le "ralliement d’initiative citoyenne" ne sera certainement pas rallié par les Gilets jaunes des groupes Facebook. La liste pour les européennes, annoncée mercredi  23 janvier par sa tête de liste Ingrid Levavasseur, une des figures du mouvement, est critiquée de façon unanime sur le réseau social où est née et continue de se développer la contestation.

"Pour ou contre la liste ?" "Pour ou contre Ingrid Levavasseur ?" Sur le groupe Gilet jaune, on pose la question, presque de façon rhétorique, tant les réponses se ressemblent. "Hors de question. La liste jaune n’a pas ma voix", résume un internaute. Première cible des accusations : la tête de liste. Dans son direct du 23 janvier, vu plus de 115.000 fois en 15 heures, Maxime Nicolle réagit à l’annonce : "Je ne sais pas qui t'a rachetée Ingrid, qui t'a vendu du rêve", regrette le Breton, avant de continuer, déçu : "Ce que je vois, c’est que tu es en train de trahir des centaines, voire des milliers de personnes qui croyaient en toi et tu leur mets une carotte." Un sentiment partagé sur les groupes, qui avait déjà montré toute leur intransigeance lorsque la jeune femme avait été forcée de refuser le poste de chroniqueuse pour BFM. Après cet épisode, on se demande ce jeudi pourquoi cette figure, pourtant très appréciée par le grand public après sa première prise de parole lors de la Grande explication, le 28 novembre sur LCI, tourne le dos au mouvement.

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Regardez les noms sur cette liste et regardez leur passé- Maxime Nicolle

L’aide soignante de 31 ans n’est pas la seule personnalité à cristallier la colère. Sur les groupes, on a appris la leçon. Alors que des personnes politisées étaient apparues sur les plateaux télévisés s'auto proclamant porte-parole, dorénavant, on se renseigne. Maxime Nicolle lui-même a invité les membres de Fly Rider Infos blocage à "regarder les noms sur cette liste et regarder leur passé". Deux noms sont sous le feu des critiques : Hayk Shahinyan et Marc Doyer. On les accuse de "trahison", on pense que "les masques tombent" et que "les ambitions personnelles" de chacun se révèlent. 

Des Gilets jaunes politisés et décrédibilisés

Le premier semble discrédité dans les groupes depuis longtemps. Il avait fondé le 7 janvier la page "Gilets jaunes le mouvement", pour être plus "modéré". Et l’avait quitté peu de temps après pour rejoindre celui du 17 Novembre, notamment avec Ingrid Levavasseur. Déjà à l’époque, ses compagnons de lutte le décrivaient comme un carriériste, courant après la notoriété. Sur la page "le mouvement", on réagit à la décision de l’ancien membre : "HORIZONTALITÉ où es-tu?"et d’ajouter un hashtag #listeGJsansmoi. Désormais directeur de campagne de la liste des Gilets jaunes pour les européennes, Hayk Shahinyan a effacé tous les contenus de sa page Facebook. Sur le mur de cet ancien membre des Jeunesses socialistes, comme l'avait relevé David Pujadas sur LCI le 8 décembre, apparaît désormais un flot de commentaires critiques.

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Hayk Shahinyan, directeur de campagne de la liste Gilets jaunes aux européennes, était membre des Jeunesses Socialistes

Quant à Marc Doyer, les Gilets jaunes ont rapidement retrouvé "son passé"... de marcheur. Lui-même assume sur son compte Twitter avoir soutenu En Marche et Emmanuel Macron, dont il avait sollicité l'investiture pour les législatives, et ce jusqu’à début décembre. Une proximité avec le gouvernement que les Gilets jaunes relayent sur leurs groupes. Avant de s’interroger : qui se cache derrière cette initiative ? Beaucoup considèrent que la liste fait les affaires du parti au pouvoir. "Une liste GJ permet de contrer les 2 partis d'opposition RN et FI et à l'avantage de LR-EM. Les GJ ne sont pas des imbéciles !"

Unité autour de "Maxime, Éric et Priscillia"

Un désaveu qui s’exprime aussi chez les porte-voix. Maxime Nicolle ne laisse aucun doute sur ses opinions. Dès les premières minutes de son direct, il envoie : "On va être clair : les européennes, c’est rester dans le système, faire exactement la même chose que ce qu’on nous fait depuis 40 ans et rentrer dans un jeu dans lequel nous ne faisons pas les règles."

Alors, dans les commentaires, on le remercie, on salue son "courage", et on descend les "traîtres". Au passage, des internautes félicitent aussi Priscillia Ludosky et Éric Drouet. Car le trio des groupes Facebook fait front commun sur la question des européennes. Tandis que quelques divergences étaient nées après des désaccords sur les lieux de manifestation, ils sont ici unanimes. Priscillia Ludosky a estimé sur CNews que cette liste était "prématurée" et "contre-productive". Éric Drouet s’est contenté d’un très ironique "Ok, ok, …". Dans les groupes de Gilets jaunes, on se resserre autour du noyau. Et on demande : "Restons révoltés, restons unis, restons Gilets jaunes! Rien ne peut nous diviser, pas après ces deux mois de lutte."

Preuve par les chiffres : lorsque Éric Drouet demande sur sa page "La France en colère" si ses membres désirent une liste européenne, 18.000 personnes répondent que non, et moins de 350 sont pour. Dans la foulée, celui qui est à l’initiative des premiers événements parisiens sollicite encore les Gilets jaunes : "Pour ou contre la rédaction d’un communiqué signifiant que la liste aux européennes d'Ingrid Levavasseur et d'autres Gilets jaunes, ne représente pas le mouvement et ne peut arborer le sigle R.I.C" ? Là aussi, plébiscite : 95% des réponses sont positives. Un sondage qui rappelle à quel point la transparence dans les choix est un incontournable du fonctionnement de ces groupes. "On peut critiquer Maxime, Éric, Priscillia et leurs groupes, mais eux au moins font des lives et des sondages pour nous demander nos avis", salue une internaute dans une publication aimée plus de 1.200 fois. 

Car s’il y a bien un élément de cette liste qui agace, c’est bien la récupération de l’acronyme RIC, qui reprend à son compte la principale revendication des manifestants : le Référendum d'Initiative Citoyenne. Alors, dans son direct, Maxime Nicolle applaudit, littéralement, l’idée, avec un "Bravo, vous n’avez rien compris". 

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