Le Grand débat national bien en peine dans les territoires d'Outre-mer

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La colère des Gilets jaunes

GRAND DÉBAT NATIONAL - La grande concertation voulue par Emmanuel Macron pour apaiser la colère des Gilets jaunes peine à mobiliser dans les territoires d'Outre-mer alors qu'Emmanuel Macron débattra avec les élus ultramarins, vendredi 1er février. Ce mardi, une délégation de Gilets jaunes - menée par Priscillia Ludosky, sera reçue par Annick Girardin ce mardi à 18h.

Il y a le ciel, le soleil, la mer. Mais aussi un taux de chômage élevé, un PIB par habitant inférieur à la moyenne nationale, un accès aux soins et à l'éducation difficile, la vie chère liée à l'éloignement et à l'insularité... Les Outre-mer cumulent des difficultés plus importantes qu'en métropole. 

Reste qu'à l'exception de l'Île de la Réunion, où les Gilets jaunes avaient mené des blocages pendant deux semaines en décembre dernier, les territoires ultramarins n'affichent pas un engouement fervent pour le Grand débat national voulu par le gouvernement. Peu d'entre eux voient des débats s'organiser. Même si on assure au ministère que "le Grand débat aura bien lieu dans les Outre-mer", sur le terrain, peu de maires ont mis en place des cahiers de doléances, comme l'indique l'AFP. En cause notamment : l'impression de "refaire" les Assises de l'Outre-mer qui se sont déroulées l'année dernière. 

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Ces Assises avaient abouti à la rédaction en juin dernier d’un livre bleu, dans lequel le gouvernement a pris des engagements en matière de logement, transport, lutte contre les risques climatiques, sécurité, accès aux soins, développement économique, etc. Autant de questions qui figurent parmi les revendications des Gilets jaunes, métropolitains et ultramarins. "Beaucoup de sujets ont été traités, mais on peut discuter de sujets complémentaires, comme les institutions, la démocratie participative ou la question de la fiscalité", a cependant insisté le ministère. 

Des "kaz du peuple" à La Réunion

À La Réunion, paralysée pendant plusieurs semaines au début du mouvement des Gilets jaunes et où Annick Girardin s'était rendue en urgence, les discussions n'ont pas attendu la mise en place de ce Grand débat, même si des cahiers de doléances ont aussi été installés dans certaines mairies. De fait, les collectifs de Gilets jaunes réunionnais avaient déjà érigé depuis plusieurs semaines des "kaz du peuple", petites maisons en palettes où ils discutent référendum d'initiative populaire, minimum vieillesse ou octroi de mer (impôt local). 

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La Réunion : Annick Girardin face aux Gilets jaunes

À Mayotte, des habitants "échaudés"

A Mayotte, qui a connu en 2018 plusieurs semaines de contestation populaire contre l'insécurité et l'immigration, "la population ne semble pas vraiment en demande", explique un responsable municipal d'une commune du nord de l'île à l'AFP. Selon lui, "les élus voient ce Grand débat comme une occasion de se faire taper dessus", en pleine période "de pré-campagne" pour les municipales. D'autres évoquent "une perte de temps" ou ont été "échaudés" par les consultations précédentes, note-t-il. Mais le Collectif des Citoyens de Mayotte regrette "le flottement qui règne" et déplore que les Mahorais, "peu connectés", sont "bien en peine de trouver les cahiers de doléances", "alors que nous avons beaucoup à dire". 

"Ce débat nous l'avons déjà eu avec les accords de Guyane"

En Guyane, où le printemps 2017 avant été synonyme de blocages pour réclamer un rattrapage économique et social, quelques maires commencent à installer des cahiers de doléances. Mais David Riché, président de l'association des maires, estime que "ce débat nous l'avons déjà eu avec les accords de Guyane" consécutifs au mouvement social, "les Assises" et "les Etats généraux de Guyane" lancés par la Collectivité en 2018. "Il n'y a plus rien à dire. On sait ce qu'on veut". Pourtant, Yvane Goua, porte-parole des 500 frères et Trop Violans, associations leaders du mouvement contestataire, appelle de ses vœux des "réunions publiques" pour évoquer les sujets "laissés à l'abandon depuis 2001", sur le désenclavement par exemple.

Des territoires où le débat est inexistant

En Polynésie et en Nouvelle-Calédonie, plus autonomes, le débat est inexistant, tout comme à St-Barth, où les seuls Gilets jaunes sont ceux déguisés pour le carnaval. "Il y a dans ce débat des problématiques qui ne nous concernent pas" comme "le pouvoir d’achat et la fiscalité", explique Bruno Magras, président de la collectivité, où "on ne paie pas d'impôt sur la fortune (...) pas d’impôt sur le revenu et pas de droits de succession". 

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Reste que si ce Grand débat national peine à rassembler outre-mer, Emmanuel Macron débattra, ce vendredi 1er février, avec des élus d'Outre-mer, a fait savoir l'Elysée.  De plus, une délégation de Gilets jaunes conduite par l'une des figures du mouvement Priscillia Ludosky sera reçue mardi par la ministre des Outre-Mer Annick Girardin. Une tentative comme une autre de tenter de mobiliser les Français ultra-marins autour de ce débat. 

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