Le Secours catholique alerte sur la précarité grandissante des étrangers en France

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PRÉCARITÉ - Dans son rapport annuel sur la pauvreté, le Secours catholique constate une augmentation régulière du nombre d'étrangers dans ses accueils. Des personnes dans une extrême précarité, qu'elles soient célibataires ou des familles avec enfants. Alors que le gouvernement a détaillé son plan pour une immigration "maîtrisée" ce mardi 6 novembre, comment ces nouvelles mesures vont-elles impacter ces personnes ?

La tendance est inquiétante, dans la continuité de l'année 2017. Le rapport annuel sur l'état de la pauvreté en France rédigé par le Secours catholique-Caritas France révèle notamment une pauvreté persistante chez les hommes seuls, une grande vulnérabilité des familles monoparentales, une précarisation croissante des jeunes adultes ainsi que des femmes. 

Dans cette étude annuelle, l'organisation a axé une grande partie de ces recherches, sur les étrangers en France. Il en résulte que ceux-ci sont toujours plus nombreux à être accueillis par ces humanitaires mais également, qu'ils sont dans des situations de plus en plus précaires.

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"La part d’étrangers accueillis par le Secours catholique continue de croître, leurs profils sont divers et leur statut légal est de plus en plus instable", indique le rapport. Selon ces chiffres, en 2018, 43% des personnes accueillies par l'association étaient étrangères, dont des sans-papiers, une proportion qui augmente continuellement depuis 2016 avec trois points de plus en moyenne chaque année.

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Une féminisation durable des populations accueillies au Secours catholique

Comment expliquer cette hausse constante ? Le Secours catholique l'explique en partie en raison de la "nette précarisation de leur statut légal et socio-économique, souvent liée à une absence de ressources et de droits reconnus", indique le rapport. Pour la plupart d'entre eux, "les ressources se limitent souvent à la faible allocation aux demandeurs d’asile (Ada)". Parmi ces étrangers, 40% sont des hommes seuls et 60% ont moins de 40 ans, soit un âge bien inférieur à celui de la population française accueillie par l'association, qui donne notamment des vêtements et de la nourriture aux plus démunis.

Si la proportion d'hommes est importante, la population accueillie par le Secours catholique se féminise de plus en plus, constate la Fondation. Une féminisation durable, selon leurs observations, en raison de "la migration qui concerne de plus en plus de femmes et d’enfants, notamment via le regroupement familial, mais également via la migration de familles entières et de femmes de manière autonome", détaille le rapport. Véronique Fayet explique à LCI qu'il s'agit d'une "tendance lourde" depuis quelques années. "On accueille une majorité de femmes, quatre sur 10 sont des femmes seules avec enfants et un tiers des femmes ont plus de 60 ans. Elles sont seules, avec des petites retraites, ou en fin de droit". Un vieillissement qui alerte le Secours Catholique en vue de la réforme des retraites. "Les populations agées sont précaires et il faudra y faire attention dans la réforme des retraites", prévient-elle. 

Des étrangers, toujours plus précaires

Dans le détail, il apparaît également que trois étrangers accueillis sur quatre, sont en France depuis moins de deux ans et sont "sans statut légal stable", ce qui aggrave encore leur précarité. Par ailleurs, 70% des étrangers arrivés il y a plus de dix ans en France vivent toujours sous le seuil de pauvreté extrême, contre 57% des Français, précise le rapport. Comment expliquer cela ? Tout d'abord, en raison d'un accès au marché du travail, plus difficile que pour les autres populations. "C'est pénalisant, cette impossibilité de travailler. Les demandeurs d’asile n’ont pas le droit au travail : ils rentrent dans la régularité mais n’accèdent pas à ce droit. On se plaint qu’ils soient assistés mais ils ne sont pas autorisés à travailler", explique Véronique Fayet. La part des personnes étrangères rencontrées qui n’ont "pas le droit de travailler" a "fortement augmenté", atteignant 44% chez les femmes et 48% chez les hommes. Parmi elles, 40,2% sont dans cette situation depuis plus de deux ans, soit 15 points de plus qu’en 2010, détaille le rapport.

L'autre problématique est l'accès au logement décent : impossible, selon Véronique Fayet. "Il y a un engorgement total du dispositif d’accueil. Plus de la moitié de demandeurs d’asile ne sont pas logés, sont au 115, ou à la rue. Et tous ceux qui sont déboutés, sans papier, sont dans les squats ou dans la rue. C’est une immense difficulté d’avoir  un hébergement", dit-elle. 

Le Secours catholique précise également que les prestations sociales qui leur sont accordées sont globalement plus faibles, "autour de 400 euros, c'est moins que le RSA. Quant aux déboutés, ils n'ont aucune ressource". Et de souligner le "durcissement de la politique d’accueil des étrangers aux situations et statut légaux les plus fragiles", qui pourrait renforcer leurs difficultés. Notamment à cause de la fin de la possibilité de cumuler rétroactivement Ada (Aide des demandeurs d'asile) et RSA (revenu social d'activité). En 2018, ce sont plus d'un million de personnes qui ont été accueillies par le Secours catholique-Caritas France. 

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