Lionceau dans une voiture de luxe à Paris : "On dit qu’il y a plus de félins chez les particuliers que dans les zoos"

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ECLAIRAGE - Au lendemain de la découverte d'un petit lion à l'arrière d'une Lamborghini sur les Champs-Elysées, et quelques jours après la condamnation d'un homme qui détenait lui-même un jeune fauve dans un appartement du Val-de-Marne, la question de l'ampleur du phénomène se pose. Et pour cause : en un an, les autorités ont procédé à pas moins de six saisies de ce type dans des villes métropolitaines.

Se mettre en scène avec un fauve, un phénomène nouveau ? Les  saisies récentes effectuées par les autorités, dont la dernière en date, lundi, dans une voiture de luxe à Paris, conduisent à se poser la question. Si la tendance tend bel et bien à se développer sur les réseaux sociaux, la version plus traditionnelle a toujours existé. "Quand on a commencé ce combat dans les années 70, un type se baladait avec un lionceau dans les bras sur les quais de la Seine,  les gens se prenaient en photo avec", se souvient le Pr Jean-Claude Nouët,  vice-président de La Fondation droit animal (LFDA).


Le bilan récent a tout de même de quoi interpeller : en un an, pas moins de six fauves ont été saisis chez des particuliers. Avant Poutine - c'est le nom de celui qui a été retrouvé ce lundi dans une Lamborghini sur les Champs-Elysées -, une lionceau femelle de quelques kilos, âgé de un à deux mois, avait été retrouvé par les Douanes dans une petite cage d'un garage des quartiers nord de Marseille. 


"Plusieurs dossiers de signalement sont en cours", confirme Arnauld Lhomme, enquêteur de la Fondation 30 millions d'Amis. Outre les récents cas de lionceaux, il rapporte le cas d'un lynx à Champigny-sur-Marne ou encore d'un bébé tigre au Havre.

"Les lions en captivité se reproduisent comme des lapins"

Fin octobre, un trentenaire qui se disait "amoureux des animaux" a été condamné à six mois de prison ferme par le tribunal de Créteil. Ce dernier avait posté plusieurs vidéos sur les réseaux sociaux, où l'on voyait un lionceau mordiller la tête d'un jeune homme, se faire gratter le crâne par d'autres ou marcher dans les rues. Il avait fini par mettre en vente la bête sur les réseaux sociaux pour 10.000 euros. 


Pour retracer l’origine de ces animaux, les professionnels du milieu concèdent rencontrer des difficultés et peinent à se prononcer, malgré une présomption sur les cirques et les zoos. "Les lions en captivité se reproduisent ‘comme des lapins’ à tel point que les parcs zoologiques sont obligés de refréner le désir de reproduction de peur d'être envahis par des lionceaux dont ils ne savent que faire", explique Jean-Claude Nouët. S'agissant de l’exemple récent du bébé lion à Noisy-le-Sec, le propriétaire avait en effet avoué se l’être procuré dans un cirque refusant néanmoins de préciser lequel. "Il est clair en tout cas que ces animaux ne peuvent pas provenir de parcs zoologiques qui ont pignon sur rue ; c’est impossible vu le nombre de contrôles dont on fait l'objet. Et heureusement", souligne Patrick Jardin, fondateur du Parc des Félins qui a dans un premier temps recueilli le lionceau Poutine, ce mardi. 

En vidéo

Noisy-le-Sec : un lionceau retrouvé dans l'appartement d'un particulier

"Entre 18 et 24 mois, ça devient l’enfer"

Il y a trois ans environ, c’est sur le parking de ce centre d'élevage et de reproduction des Félins de Seine-et-Marne, que deux lionceaux avaient été retrouvés. Rien de surprenant pour Patrick Jardin qui explique "qu’entre 18 et 24 mois, un lion ça devient l’enfer", à tel point que beaucoup d’animaux, à défaut d’être revendus ou placés, sont euthanasiés. Et de poursuivre. "Il y a un moment, à l’adolescence, où on ne peut plus ‘casser le caractère’ de l’animal qui devient un être vivant avec une vraie identité, et là, la vie devient impossible car il essaye de structurer le monde familial comme c’est enregistré dans ses gênes. " 


Et contre toute idée reçue, cet instinct se manifeste autant chez les "hybrides", déplore le directeur du parc qui s'appuie sur la mode actuelle des chats Bengal croisés avec des servals. "On nous appelle pour nous dire : vous n’avez pas une idée, au lieu de ronronner et nous câliner, notre chat nous griffe et nous mord", illustre-t-il. "Un félin sauvage n’apporte aucun bonheur à son propriétaire si ce n’est de se la péter et de dire ‘j’ai un lion à la maison’. Pour les câlins, il y a les chiens et les chats", s’exaspère celui qui dénonce par ailleurs une "souffrance animale." Et pour cause : certains, comme celui des Champs-Elysées qui avait la queue sectionnée, une faiblesse à la patte arrière et était déshydraté, sont retrouvés dans un état physique inquiétant. Malgré cette "inconscience et cette aberration",  il se dit dans le milieu "qu’il y a plus de félins dans les maisons, chez les particuliers, que dans les parcs zoologiques", confie-t-il pour finir, précisant que les chats ne sont bien sûr pas pris en compte. Pour rappel, personne ne peut détenir un animal sauvage sans une déclaration en préfecture. Et un particulier sans qualification professionnelle dans le secteur animalier est tenu de passer par une épreuve d'aptitude pour être en règle.

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