Loi bioéthique : pourquoi les anti-PMA défilent-ils de nouveau ce dimanche ?

Loi bioéthique : pourquoi les anti-PMA défilent-ils de nouveau ce dimanche ?
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OPPOSITION - Mardi 21 janvier le Sénat examinera le texte de la loi bioéthique autorisant la PMA pour les couples de lesbiennes et les femmes célibataires. La Manif pour tous et une vingtaine d'associations appellent à manifester contre ce projet ce dimanche à Paris.

Les anti-PMA redescendent dans la rue. À deux jours de l'examen au Sénat du projet de loi bioéthique, dont l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux lesbiennes et femmes célibataires est la mesure-phare, les opposants au texte battent de nouveau le pavé ce dimanche 19 janvier à Paris. Un collectif de 22 associations, dont sans surprise, la Manif pour tous, espère mobiliser au moins autant que lors de la précédente mobilisation du 6 octobre. Ce jour-là, les organisateurs avaient revendiqué 600.000 personnes défilant dans la capitale, quand la police en avait compté seulement 42.000.

Le projet de loi bioéthique autorisant la procréation médicalement assistée à toutes les femmes sans exception - et non plus seulement aux couples hétérosexuels - sera examiné à partir de mardi 21 janvier par le Sénat. Cette séance interviendra une semaine après l'adoption du projet de loi par le Sénat en commission, qui n'a pas remis en cause l'essentiel du texte déjà voté par l'Assemblée nationale. À l'approche de cette échéance, le collectif de 22 associations, mené par l'anti-mariage gay "Manif pour tous", appelle à se rassembler à partir de 13h, place de la Résistance, sous la bannière "Marchons Enfants !".

Nous souhaitons et nous avons légitimité à être entendus- Ludivine de la Rochère, présidente de la Manif pour tous

"Nous souhaitons le retrait de ce projet. Il faudrait le réécrire presque entièrement et repartir sur de nouvelles bases", explique à LCI la présidente de la Manif pour tous, Ludovine de la Rochère, déterminée à mener ce combat. "Ce sont des manifestations pacifiques, paisibles et familiales, et heureusement c'est ce que nous souhaitons, mais il ne faudrait pas pour autant que le gouvernement en profite pour faire comme s'il ne voyait pas et soit dans le mépris à notre égard. Nous souhaitons et nous avons légitimité à être entendus. Nous parlons sur des sujets fondamentaux, nous sommes immensément nombreux."

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"Ce qui s'est passé au Sénat nous motive encore plus à nous mobiliser contre ce projet de loi qui ne mérite plus de s'appeler bioéthique", estime Caroline Roux, déléguée générale adjointe d'Alliance Vita, une association contre l'avortement qui a récemment fait parler d'elle pour des publicités anti-PMA retirées dans les gares franciliennes. "Il y a une fuite en avant vers le tout PMA. "Ce n'est pas simplement la question du remboursement (de la PMA pour toutes), il y a une ligne rouge qui a été franchie en la permettant hors critères d'infertilité", a-t-elle poursuivi. Les associations reprochent aussi au gouvernement sa "méthode cause toujours" : elles regrettent que leurs propositions lors des Etats généraux de la bioéthique organisés en 2018 n'ait pas été prises en compte dans le projet de loi. "Et depuis quelques semaines, c'est le silence", affirment-elles.

Malgré les perturbations dans les transports en commun dues à la grève contre la réforme des retraites, la présidente de la Manif pour tous, Ludovine de la Rochère, se veut "optimiste" quant à la mobilisation à venir ce dimanche. "Je pense que ce sera une manifestation très importante avec un public très conscient des enjeux derrière la loi bioéthique", a-t-elle déclaré à l'AFP. Le collectif d'opposants à la PMA n'exclut par ailleurs pas d'autres manifestations "dans les prochaines semaines".

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Le vocabulaire des anti-PMA et leurs contradictions

"En autorisant la procréation médicalement assistée à toutes les femmes, l'État va organiser la naissance d'enfants orphelins de père et la sécurité sociale va rembourser ce désir communautaire", estime auprès de l'AFP Valérie, 62 ans, "active" dans "la Manif pour tous" et qui ne souhaite pas donner son patronyme. Revigorée en octobre par la première manifestation contre l'extension de la PMA, elle manifestera à nouveau dimanche à Paris sous la bannière "Marchons enfants !". Elle s'insurge aussi contre "la marchandisation du vivant : derrière ces désirs d'enfants, il y a surtout un gros business".

"On pense au désir d'enfant, pas à l'enfant lui-même", répète à la presse Patrick de Sibon, président de l'antenne nantaise de l'Association des familles catholiques (AFC), un des trois piliers du mouvement "Marchons enfants !" avec "la Manif pour tous" et Alliance Vita. Mais de l'autre côté des opinions sur la PMA, les principales concernées s'interrogent : penser à l'enfant est-il compatible avec de telles appellations pour les désigner ? Des "orphelins de père" promis à une "douleur sans fin", la bataille contre la PMA se joue principalement avec ces mots-clés et slogans, dénoncés comme "violents et stigmatisants" par les femmes qui ont enfanté via le procédé de la procréation médicalement assistée. Valérie pense-t-elle aux effets de ce vocabulaire sur les enfants déjà nés d'une PMA ? Les mères concernées "doivent assumer leurs responsabilités", évacue cette catholique pratiquante.

Je me suis rendu compte qu'il fallait que j'explique à ma fille que certains pensent qu'elle ne devrait pas exister- Anne-Sophie Duperray, co-fondatrice de l'association Mam'ensolo

Il y a trois mois, Anne-Sophie Duperray avait eu la "boule au ventre" en découvrant plusieurs centaines de manifestants anti-PMA recensés à Paris. "Je me suis rendu compte qu'il fallait que je prépare ma fille, en lui expliquant que certains pensent qu'elle ne devrait pas exister", confie aujourd'hui cette femme, mère de Léonie, 3 ans, née grâce à une PMA réalisée aux Pays-Bas. "Je lui ai dit : "tu sais ma chérie, il y a des gens qui pensent que la seule façon d'être heureux, c'est d'avoir un papa et une maman'", raconte à l'AFP cette catholique célibataire de 41 ans, co-fondatrice de l'association Mam'ensolo. "Elle m'a regardée avec de grands yeux." Léonie ne sait "pas encore lire" mais sa mère a recouvert les nombreuses inscriptions "PMA sans père, douleur sans fin" dans le quartier où elle vit à Paris. "Chacun doit faire attention à ce qu'il dit", plaide cette fonctionnaire. "Quand on parle "d'orphelins" ou qu'on compare les enfants à des "légumes OGM" (comme l'a fait la Manif pour tous dans une affiche fin 2017), c'est une agression."

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Psychiatre à Paris, Bruno Boniface témoigne du "dégoût" ressenti par ses patientes lesbiennes ou mères célibataires. "On oublie le poids des mots", regrette-t-il notamment. "On ne pose pas la question de ce que ça fait à un enfant d'entendre qu'il est une marchandise. Comme pour les couples hétérosexuels infertiles, payer une PMA revient à faire ce qu'il faut pour que l'enfant naisse parce qu'il n'y a pas d'autre possibilité. Ça ne fait pas de l'enfant une marchandise, c'est une contingence", insiste-t-il. Finalement, le praticien aimerait qu'on "arrête de comparer les familles entre elles". Selon lui, le plus important reste "d'expliquer à l'enfant ses origines, comme pour les parents qui ont adopté".

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