"La politique ne se fait pas dans la rue, elle se fait à l’Assemblée" : les Foulards rouges ont battu le pavé à Paris

"La politique ne se fait pas dans la rue, elle se fait à l’Assemblée" : les Foulards rouges ont battu le pavé à Paris
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REPORTAGE - Ce dimanche 27 janvier, 10.500 personnes, selon la Préfecture de police, ont participé à la "Marche républicaine des libertés" à l'initiative des Foulards rouges. Elles dénonçaient les violences de certains Gilets jaunes et la remise en cause des institutions. Les manifestants ont fait face à une poignée de Gilets jaunes en fin de parcours.

Une marée de parapluies a investi la place de la Nation, à Paris, ce dimanche 27 janvier. En-dessous, une foule de manifestants venus "pour exiger l'arrêt des violences et de la haine" et le "retour à l'état de droit." Ici pas de jaune, mais du rouge, la couleur des organisateurs de cette "marche républicaine pour les libertés", les Foulards rouges, Mais vu le froid, beaucoup ont troqué le foulard pour une écharpe...


"On est là pour dénoncer toutes les violences, toute forme de violence, à la fois de la part du pouvoir - parfois il y a des bavures policières - mais aussi, il faut bien le dire, de la part d'extrémistes au sein des Gilets jaunes. Ce mouvement est noyauté", estime un manifestant, venu de Lyon pour l'occasion avec quelques amis. Cet ingénieur en chimie, la trentaine, se dit attristé par la situation actuelle en France : "On est dans une période de déni démocratique aujourd’hui. Il faut pouvoir s’exprimer, mais dans le cadre de la démocratie, par le vote. Là, il y a un grand débat qui est lancé, c’est le moment de s’exprimer, il y a les réseaux sociaux, il y a tous les outils démocratiques possibles."

Alain*, aussi est venu de loin : "Je suis du Var, j’ai pris le train ce matin et je rentre ce soir. J’ai dépensé 150 euros pour venir ici, on s’investit !", explique le retraité. Lui se dit macroniste. "Mais on est surtout là pour défendre les institutions démocratiques", coupe son voisin. "J’ai voté Macron mais si son opposant avait gagné, j’aurais respecté sa légitimité, on ne peut pas réclamer la destitution d'un président démocratiquement élu comme ça !" Un peu plus loin, des manifestants scandent "On a voté ! On a voté".


"Il doit faire son mandat jusqu’au bout et faire ce qu’il a dit. Il a été élu pour ça, la démocratie, c’est que les gouvernements élus normalement puissent appliquer leur politique", estime de son côté Christophe, la cinquantaine. "Et la politique, elle ne se fait pas dans la rue, elle se fait à l’Assemblée nationale." Avec sa femme Francine, ils ne sont pourtant pas des soutiens de la première heure du Président : "On n'a pas voté pour lui au premier tour", tiennent-ils à souligner. 


Comme beaucoup ici, Christophe en a marre :  "On en a marre de la violence, on en a marre des Gilets jaunes. On ne sait plus trop pourquoi ils manifestent et je crois qu’ils ne le savent pas trop eux-mêmes d’ailleurs. Au début, les Gilets jaunes, je me disais pourquoi pas, mais aujourd’hui c’est une honte. Ça fait onze semaines que ça dure, la France mérite mieux." 


Pour Francine, c'est aussi l'image du pays qui en pâtit à l'international : "On revient de l'étranger et l’image qu’on renvoie est insupportable. Sur CNN, ça tourne en boucle !" s'offusque cette Parisienne. "Plus personne n’a envie de venir en France", assure-t-elle.

"Les Gilets jaunes, c’est l’envie de casser la démocratie"

La manifestation se veut bon enfant. Dans le cortège, la préfecture de police a dénombré 10.500 personnes. La majorité est retraitée. Pourquoi autant de "cheveux blancs" ? Albertina a son explication : "Les parents avec enfants ne sont pas venus, parce qu'il y a eu des rumeurs comme quoi des Gilets jaunes allaient venir infiltrer la manif. Ils ont eu peur !" "Mais je suis contente, il y a quand même des gens qui sont là pour dénoncer l’autoritarisme des Gilets jaunes." 


La quadragénaire est argentine, elle habite en France depuis maintenant cinq ans et le mouvement des Gilets jaunes a pour elle une connotation toute particulière. "J’ai vu comment les populismes ont détruit la démocratie en Amérique latine", nous dit-elle. "Je suis contre tous les mouvements populistes, racistes et antisémites. Les Gilets jaunes, c’est l’envie de casser la démocratie."

Face-à-face avec des Gilets jaunes

Alors que le cortège atteint la place de la Bastille, les manifestants applaudissent les CRS présents pour sécuriser les lieux. "Merci", scandent certains. Rapidement, les forces de l'ordre invitent gentiment les manifestants à évacuer sur la place car sur les marches de l'Opéra se sont postés une quinzaine de Gilets jaunes. Des huées fusent dans les rangs des Foulards rouges. "Il faut pas siffler !" avertit un homme. "On n'est pas anti-Gilet jaune, on est contre la violence". 


Tout le monde ne l'entend pas de la même façon. Aux huées s'ajoutent des "fachos ! " "C'est de la provoc, j'espère que ça ne va pas déraper", s'inquiète un manifestant.

En face, les fameux Gilets jaunes sont entourés de barrières. Impossible pour les passants et encore moins les manifestants de les rejoindre, un dispositif policier a été mis en place et bloque tout nouveau venu. Martial, gilet jaune sur le dos, en rigole : "On n’est pas en masse, hein, et on est tous non violents." 

Selon lui, les Gilets jaunes voulaient dialoguer avec les manifestants pour leur opposer leur point de vue, mais ceux qui s'y sont frottés "se sont fait insulter, c'est une foule assez haineuse je trouve." Et de développer : "Vous avez entendu comment ils nous ont sifflés ? Vous avez entendu les slogans ? Certains ont scandé 'Gilets jaunes, au boulot', 'Fainéants' mais nous on travaille ! On est venus à quatre de Mâcon. On est préparateurs de commandes, on n’est pas des chômeurs. On ne peut pas dire ‘on est contre la violence’ et réagir comme ça."


Sur la place, une dernière Marseillaise et les manifestants se dispersent peu à peu dans le calme. La manifestation se sera déroulée sans heurts.

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La colère des Gilets jaunes

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