Marseille : un mois et demi après le drame, "tout le monde doit réorganiser son quotidien" à Noailles

Marseille : un mois et demi après le drame, "tout le monde doit réorganiser son quotidien" à Noailles

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SOCIAL - Depuis le 5 novembre et l'effondrement de deux immeubles en plein coeur de Marseille, qui avait fait 8 morts, plus de 1.600 personnes ont été évacuées de leur logement. Un conseil municipal, une première fois annulé, doit se tenir jeudi soir pour faire le point sur la situation.

Cette fois-ci, c'est la bonne. Annulé officiellement pour des questions de sécurité liées au mouvement des Gilets jaunes, le conseil municipal qui était censé se tenir le 10 décembre a été reporté à  ce jeudi. Au programme ? Une batterie de mesures liées à la crise du logement. Et pour cause : il s'agit de la première réunion du conseil depuis le drame de la rue d'Aubagne, le 5 novembre. Un drame qui a mis en lumière les manquements des autorités, locales mais aussi nationales, comme nous l'explique Marie Batoux, porte-parole du Collectif du 5 novembre, et par ailleurs conseillère d'arrondissement (2e, 3e) dans l'opposition.


Le conseil municipal initialement prévu début décembre va enfin se tenir. Qu'en attendez-vous ?

Il y a eu une rencontre ce mardi, durant laquelle nous avons déjà proposé des choses au maire. Nous souhaitons une réquisition des logements vides : il y en aurait environ 30.000 en ville. Plutôt que de laisser les gens  évacués dans des hôtels, cela nous semble une solution plus logique. Mais pour le maire, il n'en est pas question car ils appartiennent au parc privé. Sauf qu'il existe l'ordonnance de 1945, qui permet une réquisition par le préfet en cas de situation exceptionnelle.

Le maire parle en revanche de 300 logements sociaux qui auraient été débloqués, sauf que cela pose un problème : il y a déjà des milliers de personnes en attente. Du jour au lendemain ils se verraient reculés dans la liste d'attente car on priorise les familles évacués ? Cela revient à prendre aux uns pour donner aux autres.

La chose positive qui est ressorti du rendez-vous avec le maire est la création en 2019 d'une charte sur le logement. Cela nous permettra d'aborder la question du droit au retour, type de logement… c'est un vrai problème aujourd'hui : les propositions qui sont faites aux déplacés sont des habitats plus chers que ceux qu'ils avaient, moins grands, plus éloignés…. Certains se retrouvent déracinés d'un quartier qu'ils ne voulaient pas quitter. Par exemple une famille de six enfants, avec les ainés majeurs, à qui on a proposé deux logements, séparant ainsi la famille. 


A quoi ressemble le quotidien à Noailles, un mois après l'effondrement des immeubles ?

Noailles, c'est un carnage : la rue d'Aubagne, cet axe qui reliait la Plaine au centre-ville, est coupé en deux. Tout le monde doit réorganiser son quotidien. Beaucoup  d'immeubles sont ceinturés par des plots de bétons, des piliers qui soutiennent certaines façades ont fleuri à plusieurs coins de rue, les gens qui se conseillent dans la rue de ne pas marcher le long des immeubles aussi…

C'est parti dans tous les sens, avec environ 1600 évacués. Je pense que depuis la seconde guerre mondiale on n'avait pas vu cela. La situation est à la limite de la catastrophe naturelle. Sans en être une : il n'y a donc eu aucune vraie réponse politique, administrative. On a beaucoup parlé de la mairie, mais l'Etat n'a pas non plus été à la hauteur pour soutenir une municipalité qui a été dépassée. Nous sommes dans une situation où tous les pouvoirs publics ont été en dessous des besoins. Nous avons le sentiment que Marseille n'est pas traitée comme le reste de la France : si c'était arrivé à Paris, nous aurions les médias qui seraient toujours en boucle sur la catastrophe, les ministres auraient défilé. Nous avons vu le secrétaire d'Etat Julien Denormandie deux fois, et ça s'est arrêté là. 

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Quel est votre regard sur la gestion des événements par la mairie depuis un mois et demi ?

On a le sentiment que l'argent public ne va pas là où il faut et que la mairie est totalement dépassée. Hier encore, Jean-Claude Gaudin nous a dit qu'il était meurtri en tant que maire… mais il pense avoir fait ce qu'il pouvait. On a l'impression qu'il cherche à se cacher, il n'ose plus sortir de sa mairie. Les élus sont déconnectés. Personnellement, j'habite à côté d'un immeuble mis en péril depuis des années. On envoie des experts qui disent qu'il faut faire des travaux. Puis la mairie et les copropriétaires viennent à leur tour, se regardent en chiens de faïence.... et ne font rien. 


Comment voyez-vous les prochaines semaines ?

Au sein du collectif, nous avons pris un engagement moral : rester là tant que le dernier évacué n'aura pas été relogé. Nous voulons aussi continuer à travailler sur Noailles pour ne pas abandonner notre quartier. Le choc a été très profond. Ce que tout le monde savait est devenu une réalité : que cette mairie ne gère rien. Et des gens en meurent. Dans les trois manifestations qui ont eu lieu, nous avons vu une détermination profonde des Marseillais face à cette mairie qui ne peut plus rester comme cela.

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