Mobilisation des lycéens : comment expliquer une violence aussi rapide

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EXPLICATION - Dans la foulée des manifestations des Gilets jaunes, les lycéens se mobilisent depuis le début de la semaine pour protester contre la réforme du bac, la réforme de la voie professionnelle ou encore la mise en place d’un Service national. Mais cette mobilisation étonne par sa violence, apparue très rapidement devant les établissements, où se multiplient les dégradations et les affrontements avec les forces de l’ordre. Comment l'expliquer ?

Ce jeudi, près de 300 lycées et collèges étaient de nouveau bloqués ou perturbés en France, et plusieurs incidents ont été recensés. Des violences ont éclaté autour de plusieurs établissements partout en France, notamment à Mantes-la-Jolie, où au moins deux voitures ont été incendiées et où des heurts ont éclaté avec la police, donnant lieu à pas moins de 153 interpellations. 


Depuis le début de la semaine, ces blocages et manifestations de lycéens donnent lieu des démonstrations de violence qui surprennent les observateurs par leur précocité. Une violence qui inquiète alors qu’un lycéen a été gravement blessé mercredi.

"Il y a quelques années, jamais les chefs d'établissement n'auraient appelé les forces de l'ordre pour un mouvement lycéen"

"La violence a été rapide, importante dès le début du mouvement" a constaté Florence Delannoy, secrétaire générale adjointe du syndicat national des personnels de direction de l'éducation nationale (SNPDEN-Unsa) interrogée par LCI. "Il y a quelques années, jamais les chefs d'établissement n'auraient appelé les forces de l'ordre pour un mouvement lycéen. D'ailleurs j'ai du mal à qualifier ce mouvement de lycéen, car j'ai l'impression que nous ne sommes pas confrontés à un mouvement lycéen, mais à des lycéens qui cherchent à rejoindre un mouvement." 


Invité ce jeudi sur le plateau de LCI, Samuel Cywie, président de la Peep Paris, a livré une analyse similaire. "Ce qu’on constate c’est qu’il y a assez peu de jeunes mobilisés. En revanche, il y a des mobilisations très violentes avec probablement des gens extérieurs aux établissements qui viennent créer des soucis. Hier des jeunes ont été blessés, parce qu’ils étaient entre des manifestants violents et les forces de l’ordre." Le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer a lui aussi laissé entendre que les lycéens n’étaient pas forcément responsables de ces violences. "Sous prétexte des Gilets jaunes, on voit surgir toutes sortes d’individus qui se mêlent à des gens qui sont de bonne foi pour manifester, comme les lycéens, et ceci débouche sur des violences graves" a-t-il réagi sur BFMTV. 

L'UNL met en cause la "police qui tente de réprimer la contestation"

Pour recueillir l’avis de l’UNL, syndicat lycéen appelant les élèves à manifester pacifiquement, LCI a contacté son président Louis Boyard. Selon lui, la violence du mouvement s’explique de deux façons. "La première c’est que depuis le début de son quinquennat Emmanuel Macron méprise le dialogue social. L’UNL est une organisation représentative des lycéens et on n’a jamais été écoutés par le gouvernement, les jeunes n’ont jamais obtenus aucune revendication sous le gouvernement d’Emmanuel Macron. (…) Ensuite, cette violence je l’explique par la répression policière. (…) Quand on a une police qui tente de réprimer une contestation, forcément ça radicalise des deux côtés."


Un avis partagé par la Fédération SUD Education. "Le gouvernement et le ministre Blanquer mettent les grands moyens pour la répression des lycéen-ne-s en lutte : déploiement policier hors-norme devant les établissements, gaz lacrymogène, matraquage, tir tendu de flash-ball" écrit le syndicat dans un communiqué publié ce jeudi 6 décembre. "Ce sont nos élèves qui ont besoin d’être protégé-e-s de la police, pas l’inverse. Le gouvernement doit cesser immédiatement d’attaquer et d’agresser les élèves. Le droit d’expression, de réunion et de mobilisation des lycéennes et des lycéens doit être garanti."


Dans un communiqué également envoyé ce jeudi, les députés La France insoumise dénoncent eux aussi "l’usage sans retenue de la force" contre les lycéens. "En voulant museler la parole de la jeunesse, le gouvernement fait une grave erreur. La répression ne sera jamais une bonne réponse à l’inquiétude envers l’avenir" estiment-ils.


Un lycéen de l’Essonne interrogé par l’AFP abonde en ce sens également : "On nous empêche de manifester, si ça finit mal c’est la faute des flics qui nous empêchent de nous rassembler" a-t-il déclaré à nos confrères. 

Les Gilets jaunes comme exemples

La violence qui a accompagné les rassemblements des Gilets jaunes à Paris aurait-elle joué un rôle "d'exemple" auprès des lycéens ? "Je pense que les lycéens se sentent inspirés de cette violence, je pense surtout que le fait qu’il y ait des violences tous les samedis ça normalise ces modes d’action" a expliqué à LCI Louis Boyard. "Les lycéens ne se disent pas ‘Regardez, la violence chez les Gilets jaunes a fonctionné allons-y’, mais plutôt ‘regardez ils le font, pourquoi pas nous’."

Sur Twitter, l'UNL a relayé des photos de lycéens portant des gilets jaunes, signe que ces derniers rejoignent leur cause et la prenne en exemple. Plusieurs organisations lycéennes appellent à la mobilisation générale dans les lycées ce vendredi 7 décembre.

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