Nantes : un exercice de CM2 sur "les bienfaits" de la colonisation crée la polémique

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MALAISE - Un exercice, distribué à des élèves de CM2 dans une école de l'agglomération nantaise (Loire-Atlantique) et vantant "les bienfaits" de la colonisation "pour les personnes colonisées", a été dénoncé par un père de famille et des associations.

"Sans pour autant oublier les aspects négatifs de la colonisation, il ne faut pas oublier les bienfaits que cela a eu pour les populations colonisées". C'est en ces termes que débute un exercice sous forme de texte à trous, distribué cette semaine à une classe de CM2 dans l'agglomération de Nantes.


"D'abord les colons ont apporté l'instruction et une langue commune à des peuples qui vivaient sur le même territoire (...) De plus, ils ont apporté les soins médicaux, et ont limité les morts d'enfants et d'adultes. Enfin, ils ont développé des trains et des routes, facilitant le transport des hommes et des marchandises", est-il aussi indiqué. En découvrant le devoir dans le cahier de son enfant, Alassane Guisse, un père de famille indigné, a alerté l'association locale CEMEA, engagée dans l’éducation populaire.

"Je sais bien que la maîtresse a aussi fait visiter le Mémorial de l’abolition de l’esclavage à ses élèves. Qu’elle leur a expliqué cette réalité historique terrible", précise le père de famille à nos confrères de Ouest France. "Mais là, je n’ai pas compris. Comment on peut soumettre à des enfants de CM2 un devoir qui parle des bienfaits de la colonisation ?". 


Pour celui qui est par ailleurs élu écologiste à la métropole de Nantes et investi dans le travail de mémoire de la traite des esclaves dans sa région, cet exercice n'est pas à prendre à la légère. "On doit interroger l’Histoire mais on ne peut pas parler des bienfaits de la colonisation dans notre pays alors que l'extrême-droite monte beaucoup. Et, pour la Shoah ou l'Apartheid, par exemple, on ne parle jamais d'effets positifs", dit-il dans le Parisien.

"L’idéologie des colonies est loin d’être terminée et notre vigilance doit être permanente !", a réagi la CEMEA sur Facebook. "On souhaite surtout que l’Éducation nationale prenne une position très claire sur la question du colonialisme", a-t-elle par la suite indiqué. "Au départ on s'est dit c'est trop gros, c'est une blague...", a déclaré à l'AFP Ghyslain Vedeux, le président du Conseil 

représentatif des associations noires de France (Cran). "Ça pose un énorme problème et on ne peut pas traiter ça comme un incident isolé."


L'époque coloniale a été marquée par l'esclavage, reconnu comme crime contre l'humanité, mais aussi "par le travail forcé, les massacres et parfois les génocides", a rappelé la fédération dans un communiqué. Elle explique avoir interpellé le Rectorat et le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer pour avoir "des explications" et revoir la formation des enseignants.


Interrogé par Ouest-France jeudi, le directeur académique a estimé que ce texte était "sorti de son contexte" : "Il n’est qu’une partie de cinq leçons dans lesquelles la professeure soumet aux élèves les différents points de vue sur la colonisation au cours de l’histoire", a-t-il justifié. Depuis, c'est silence radio au rectorat comme au ministère.

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