"On ne veut pas des miettes, on veut la boulangerie" : trois mois de mobilisation des Gilets jaunes à travers leurs slogans

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SOUVENIRS - Les Gilets jaunes fêteront leurs trois mois de mobilisation, dimanche 17 février, en se mobilisant dans la capitale. L'occasion de revenir sur cette fronde sociale inédite en décortiquant les slogans des manifestations.

Trois mois séparent la pancarte "nous ne sommes pas des vaches à lait" de celle dénonçant les violences policières. Les Gilets jaunes fêtent leur trimestre d'existence, un événement qu'ils célébreront en manifestant, une fois n'est pas coutume, dimanche prochain. Comme à chaque fois, on devrait trouver dans les cortèges pléthore de messages à destination du gouvernement, inscrits sur des bouts de carton ou de tissus. 


Car si les groupes Facebook, où s'organise la fronde, permettent de prendre la température, les pancartes ont toujours été les premiers espaces d'expression de la colère. Souvent percutants, parfois à charge, les slogans y sont toujours fièrement brandis par les manifestants. L'occasion de passer au peigne fin cinq photos prises au cours des treize derniers actes pour revenir sur cette mobilisation si singulière.

Etape 1 : stop aux taxes

La lutte sociale est née d'une pétition, lancée par Priscillia Ludosky, contre la hausse des prix du carburant. Nourrie par des vidéos créant le "buzz", comme celle de Jacline Mouraud, et organisée dans des groupes sur Facebook, la colère prend forme pour la première fois le 17 novembre, lors d'un "acte" lancé par Éric Drouet à Paris et sur les ronds-points à travers tout le territoire. Sur les routes de France, on lit "stop" aux taxes ou au "racket". Certains écrivent avec humour qu'ils sont désormais les "Champions du monde de la taxe", quand d'autres se comparent à des "vaches à lait". Un dessin d'une carotte pointe son nez dans plusieurs cortèges, en référence au très argotique "se faire carotter".

Etape 2 : aux armes

La baisse des taxes est le maître mot jusqu'au 1er décembre. Après trois semaines de mobilisation, Emmanuel Macron passe aux annonces, en proposant une hausse du chèque énergie, de la prime à la conversion... mais pas d'annulation de la taxe. Plusieurs représentants des Gilets jaunes sont reçus par Edouard Philippe. Mais ni le président de la République, ni le Premier ministre ne convainquent. Pire : les différents tête-à-tête virent au fiasco. Un cocktail de mauvaises nouvelles qui, mêlée à une mobilisation toujours plus importante, provoque la saturation des manifestants. Le 1er décembre, le troisième acte est émaillé de violences, dans une ambiance qui rappelle une guérilla urbaine. Ce dont témoignent les écrits. Le peuple est "aux abois" et annonce : "Tuons les bourges". Une pancarte reprend une citation de La Marseillaise : "Aux armes citoyens !" La rupture est totale, l'Arc de Triomphe est tagué, sa boutique envahie par les manifestants. C'est "la France d'en bas contre la France d'en haut". Sur les pancartes, les taxes et les impôts ont largement reflué. 

Etape 3 : le RIC

Annulation de la hausse des taxes sur le carburant pour 2019, hausse de la prime d'activité sur les plus bas salaires... les mesures du gouvernement ne suffisent pas aux Gilets jaunes. Dorénavant, les impôts n'occupent plus, seuls, le devant de la contestation. Les messages demandant les baisses de prix sur le carburant se sont d'ailleurs effacés, dans le cortège. Face à un gouvernement qui a tardé à répondre et qui propose trop peu, c'est la parole que réclament les Gilets jaunes. Comme dans les groupes Facebook, le poids du peuple dans la société et la vitalité de la démocratie prennent une place grandissante sur les pancartes. Le premier carton "RIC" sur un fond jaune n'arrive que le 29 décembre, jour du septième "acte", signe qu'il n'a pas encore totalement imprégné les esprits. Mais les manifestants font quand même preuve d'un rejet de la démocratie représentative. On demande une "assemblée constituante", de rendre "le pouvoir au peuple". Sur un tissu blanc est marqué un slogan, vulgaire mais percutant : "Aller voter c’est choisir lequel va nous entuber ." Après l'allocution du président de la République le 10 décembre, certains lui répondent : "Macron, désamorce la bombe. Le code : RIC." Quoi qu'il en soit, le message est unanime : "On ne veut pas des miettes, on veut la boulangerie."


De quoi faire du référendum d'initiative citoyenne la star de toutes les revendications des Gilets jaunes, effaçant presque les "Macron démission" qui parsemaient les cortèges. Sur une banderole, ce nouveau tournant de la mobilisation est résumé ainsi : "Acte 7 : Macron à tes RIC et périls."

Etape 4 : non à l'enfumage

Les fêtes de Noël passées, la mobilisation, qui s'était assoupie fin décembre, reprend son souffle. Au même moment, Emmanuel Macron répond à la colère en proposant un Grand débat national. Le 13 janvier, le président de la République publie une "lettre aux Français", censée donner de l'impulsion à cette initiative. Le lendemain, le chef d'État lance officiellement cette consultation en rencontrant près de 300 maires en Normandie. Une performance de six heures à laquelle les Gilets jaunes répondent dès le 19 janvier dans la rue. "Un grand débat ? Invitez Etienne Chouard", exige-t-on sur une pancarte, en référence au chouchou controversé du mouvement, promoteur du RIC. D'autres critiquent une "arnaque" ou un "enfumage" du gouvernement pour faire cesser le mouvement. Entre le courtois "Stop le bla bla du grand débat" ou le bien plus vulgaire "élections dans ton cul, le grand débat c'est dans la rue", les manifestants rejettent massivement le "show" du "roi Macron".

Etape 5 : stop aux violences policières

La dénonciation des abus policiers est présente depuis le début du mouvement, témoin les manifestants à genoux devant les gendarmes mobiles, en hommage aux lycéens forcé de se mettre à genoux à Mantes-la-Jolie, le 8 décembre. Le 19 janvier, on voit pour la première fois une banderole afficher les visages de personnes blessées en marge des manifestations,  Mais c'est réellement lors du douzième "acte" que la répression des forces de l'ordre arrive dans le viseur des Gilets jaunes. Notamment à cause de la grave blessure à l’œil, une semaine plus tôt, de Jérôme Rodrigues, figure influente, connue et très appréciée dans les groupes Facebook. Le cortège parisien est organisé pour lui rendre "hommage", il est soutenu à travers le pays. 


En l'honneur de ce proche d'Éric Drouet, un manifestant affiche son visage sur une pancarte, ainsi légendée : "Tir gratuit, tous avec toi et les blessés." L'acronyme RIC est peu à peu remplacé par SVP, pour Stop Violences Policières. Des cercueils noirs, en carton, sont portés dans les cortèges. D'autres affichent des cibles, certains implorent : "Ne tirez pas !" Et, parce que la responsabilité du pouvoir n'est pas oubliée, le nom d'Emmanuel Macron disparaît peu à peu des écriteaux, remplacé par celui de Christophe Castaner. Le ministre de l'Intérieur, qui nie le caractère massif des violences policières, cristallise toutes les colères. Ici, un carton affiche "le tableau de chasse de Castaner". Là, une  banderole demande : "Qui nous protège de la police ?"

En trois mois de mobilisation, les cortèges auront donc affiché plusieurs messages, tous représentatifs des discours tenus aussi bien dans les groupes Facebook qu'au sein des manifestations. Désormais, la dénonciation des taxes est moins visible sur les écriteaux, Christophe Castaner et le lanceur de balles de défense, un peu plus. Lors des deux derniers "actes",  un autre message a commencé à surgir. Les manifestants dénoncent une justice qu'ils jugent à deux vitesses. Avec la condamnation de Christophe Dettinger, condamné le 13 février à de la prison ferme pour avoir frappé deux membres des forces de l'ordre, et le renvoi en correctionnelle d'Éric Drouet ce vendredi, il y a fort à parier que le message "Justice inégale", qui s'affiche peu à peu sur les réseaux sociaux, sera la prochaine étape de cette contestation hors norme. 

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