Quatre usines Renault menacées ? "Impensable" pour Philippe Martinez

Quatre usines Renault menacées ? "Impensable" pour Philippe Martinez
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AUTOMOBILE - Quatre sites français du constructeur Renault seraient menacés par le plan d'économies qui doit être annoncé par le 29 mai, selon des informations du Canard Enchaîné et des Echos. Sur LCI, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez a dénoncé les erreurs "stratégiques" de l'entreprise et mis en cause l'Etat actionnaire. La ministre du Travail a appelé à "ne pas se précipiter sur les rumeurs".

Le constructeur Renault, affaibli par une baisse de son chiffre d'affaires - la première en dix ans - et déstabilisé par la crise sanitaire, prépare-t-il un vaste plan social ? Alors que l'entreprise, dont l'Etat est actionnaire à 15%, doit annoncer un plan d'économies de 2 milliards d'euros le 29 mai prochain, quatre usines localisées en France seraient menacées, selon des informations conjointes du Canard Enchaîné et des Echos

Les sites de Choisy-le-Roi, Dieppe et des Fonderies de Bretagne pourraient ainsi fermer leurs portes, selon ces informations. Le site de Flins, où travaillent 2600 salariés, ne serait pas fermé mais la production automobile y serait arrêtée. C'est à Flins (Yvelines) que sont actuellement conçues les modèles Zoe et Micra. Près de 160.000 Clio y ont également été produites l'an dernier, avant leur délocalisation vers la Turquie. 

Ces informations ont suscité de vives réactions dans les milieux politiques et syndicaux, d'autant que l'Etat a accordé au constructeur automobile un prêt garanti de 5 milliards d'euros et qu'il doit présenter prochainement un plan de soutien au secteur automobile, fortement perturbé par la crise sanitaire. 

"Ne pas se précipiter sur les rumeurs"

"Il ne faut pas se précipiter sur les rumeurs", a réagi, sur CNews, Muriel Pénicaud, mercredi matin, refusant de commenter cet éventuel plan social avant qu'il n'ait été présenté aux partenaires sociaux. Pour autant, la ministre du Travail a reconnu "la situation particulière de Renault", qui rencontre "des difficultés, on le sait". "Je serai extrêmement attentive au dialogue social" si de telles décisions devaient être prises, a ajouté la ministre. "Il faudra d'abord regarder le dossier économique et social, sauver le plus d'emplois possible, mais en même temps regarder les choses en face", a-t-elle conclu. 

Les réactions politiques se multipliaient mercredi après la parution de ces informations. "La direction et l'Etat doivent démentir aujourd'hui pour rassurer les salariés, les sous-traitants et les communes. Ou alors l'Etat doit retirer ses aides et se faire respecter", a réagi sur son compte Twitter le secrétaire national du PCF Fabien Roussel. Le patron des députés LR Damien Abad a réclamé, sur Public Sénat, un plan de relance "dès l'été", tandis que le député ex-LaREM Matthieu Orphelin suggérait que l'aide de 5 milliards consentie par l'Etat ait pour contrepartie le maintien des sites Renault. 

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"L'Etat a cautionné cette stratégie", selon Philippe Martinez

Invité de LCI, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez, qui juge "impensable" un tel plan social, a dénoncé les choix de l'entreprise et de son actionnaire, l'Etat. "L'Etat stratège doit veiller à ce que la stratégie de l'entreprise soit claire, par exemple en relocalisant les petits modèles. On nous avait vendu l'arrivée de la Micra à Flins comme l'avenir. Or on n'en vend pas. En revanche, les Twingo, on en vend beaucoup, mais elles ne sont pas faites en France."

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Philippe Martinez : "L'Etat actionnaire a cautionné la stratégie de Renault"

Pour le responsable syndical,  "il faut une stratégie de développement de la gamme", sur "les petits modèles", mais aussi "lancer la fabrication des modèles hybrides" en France. Ce qui est en cause, "c'est la stratégie de Renault avant la crise sanitaire, celle de Carlos Ghosn", a-t-il également estimé. "Ce sont 22500 emplois en moins en dix ans. Seul 24% de la marque est produite en France. On a privilégié les actionnaires. Le fonds de pension dans le capital de Renault ont touché près de 3 milliards d'euros de dividendes ces dix dernières années."

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Pour Philippe Martinez, les 5 milliards d'aides consentis par l'Etat "s'ajoutent aux plus de 2 milliards du CICE et à ce qu'avait donné à son époque Nicolas Sarkozy. L'Etat actionnaire a cautionné cette stratégie et aujourd'hui on se retrouve dans cette situation". 

"L’entreprise ne vend plus de voitures en ce moment, comme tout le monde", a observé pour sa part l'économiste Christian Saint-Etienne, sur LCI. "Il y a un problème de trésorerie, mais aussi un problème plus structurel" lié à "l'absence de capacité stratégique de l’Europe", a-t-il jugé. "On transfère tous les moteurs thermiques à bas coûts dans d’autres pays et on veut garder uniquement les modèles électriques. Sauf que 40% de la valeur des véhicules électriques, ce sont les batteries qui viennent de Chine."

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