Patronat et syndicats peinent à dessiner ensemble le futur du télétravail

Patronat et syndicats peinent à dessiner ensemble le futur du télétravail
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AU BOULOT - Ce n'est pas encore une négociation, plutôt "un travail de diagnostic et de réflexion" qui rassemble ces jours-ci le MEDEF et les syndicats de salariés. But avoué : mettre à plat les conditions d'un télétravail plus massif, et imaginer ses effets de long terme sur l'organisation même des entreprises.

Avec le réflexe du masque et des gestes barrière, c'est peut-être la chose qui restera de la crise des derniers mois : le télétravail, propulsé d'un usage limité à une réalité pour 40% des employés au printemps, et plus de 10% encore à ce jour. Une révolution en accéléré dont tous, entreprises comme salariés, ont pu goûter avantages et inconvénients.

Si patronat et syndicats discutent aujourd'hui, c'est parce qu'il y a urgence à trouver un modus operandi pour un télétravail d'après la crise, sorti des exigences de l'urgence sanitaire. Si l'appétence des salariés qui y sont éligibles est bien réelle, on ne sort pas d'un claquement de doigts d'un modèle de travail séculaire, sans en régler les modalités, et le diable se trouve bien dans les détails.

Des syndicats vigilants sur le volontariat, le droit à déconnecter, la charge de travail

Dans un document de travail que LCI s'est procuré, le Medef tient la plume d'une ébauche de consensus, onze pages de base de travail qui évolueront avec le temps. Une rencontre était organisée aujourd'hui-même, durant laquelle nombre de syndicats ont rappelé leur volonté d'en arriver à un accord interprofessionnel, pour mieux protéger les salariés. Le Medef n'y est pas ouvertement opposé, mais juge la démarche "prématurée", et préférerait des accords conclus au niveau des entreprises, au nom d'une plus grande souplesse. Le dernier accord national interprofessionnel sur la question date de 2005

Parmi les questions sur lesquelles les syndicats se disent le plus vigilants, il y a le volontariat comme condition première du télétravail, mais aussi tout ce qui touche à la charge de travail, à l'équilibre entre vie privée et vie professionnelle aussi. Certains vont plus loin, et veulent poser des limites à l'exercice, comme Laurent Berger, le patron de la CFDT, qui déclarait dans Les Échos qu'il faudrait "(...) interdire le 100 % en télétravail car le travail ne se résume pas à l'accomplissement d'une tâche, il faut aussi une interaction humaine."

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Maintenir la motivation et le sentiment d'appartenance

En fait, sur le fond, tant patronat que syndicats tentent de trouver une ligne de crête entre les avantages perçus du télétravail, et ses écueils, qui ne sont d'ailleurs pas toujours les mêmes selon le côté où l'on se trouve de la table des négociations. Côté bénéfices, le Medef liste l'augmentation de la productivité, la qualité du travail accompli dans un environnement où l'on se concentre mieux. 

Autres craintes exprimées dans le document, celles qui tiennent à la motivation, au sentiment d'appartenance à l'entreprise. Si être ouvert au télétravail est aujourd'hui un enjeu d'attractivité pour les employeurs, sa généralisation pose question sur la capacité à retenir les talents, quand la fin de l'unité de lieu complique l'idée d'une culture d'entreprise homogène. Avec au bout la crainte d'employés prêts au "zapping", d'un employeur à l'autre.

Peur du déclassement et de la délocalisation

Côté syndicats, on met en avant des craintes d'un autre ordre, celle par exemple de voir les télétravailleurs les plus réguliers moins promus que ceux qui seraient plus présents dans les murs de l'entreprise. Autre peur récurrente : que le télétravail n'ouvre la porte à la délocalisation virtuelle de certains postes, où l'emploi salarié serait remplacé par des indépendants lointains, payés moins cher.

Se pose également la question des frais engagés quand on travaille de chez soi : si les entreprises fournissent l'outil informatique, l'équipement du poste de travail et le coût des abonnements mobiles et/ou haut-débit devraient être plus explicitement pris en charge.

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Reste que si l'urgence sanitaire a permis au télétravail de dépasser le stade de l'expérimentation, cette mise en selle forcée n'a pas levé toutes les préventions face au travail à distance, parfois les plus essentielles. "On voit bien que la confiance n'est pas encore toujours au rendez-vous", explique à LCI.fr Karine Babule, chargée de Mission à l'Anact, L'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail. "Dans les accords d'entreprise signés depuis le confinement, certaines ont limité le nombre de personnes en télétravail au même moment. On sent chez elles la crainte de voir les demandes exploser, alors que rares sont les salariés qui veulent télétravailler plus de quelques jours par semaine. Ils recherchent plutôt un équilibre entre le travail au bureau et le télétravail."

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