Pauvreté, précarité : ces inégalités qui ont augmenté depuis 20 ans

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EN CHIFFRES - Dans son rapport 2019, l'Observatoire des inégalités constate que les inégalités de revenus et de patrimoine sont stables sur les deux dernières décennies, tout comme les inégalités scolaires. Mais la précarité et le taux de pauvreté augmentent, tirés notamment par le chômage.

Revenus, patrimoine, éducation, travail, logement, accès à l'information ou encore représentation dans les institutions... Dans son rapport 2019, l'Observatoire des inégalités dresse un panorama des différentes formes d'inégalités et de leur évolution depuis plusieurs années. Avec un premier constat : "les inégalités n'explosent pas en France grâce à un modèle social de qualité",  qui favorise la redistribution des richesses depuis les plus aisés jusqu'aux plus modestes. Mais derrière cette apparente stabilité, l'association indépendante présente des réalités plus contrastées et affirme que "les classes aisées – bien au-delà du seul 1% le plus riche – bénéficient de privilèges croissants", et que la précarité, tout comme la pauvreté, ont progressé.

Des riches particulièrement riches, des pauvres plus nombreux

Dans un premier état des lieux centré sur les inégalités de revenus et de patrimoine, l'Observatoire indique que "la France est,

après la Suisse, le pays d’Europe où les riches sont les plus riches : le 1 % des plus aisés touche au moins 7.000 euros contre 5.800 euros au Royaume-Uni par exemple (Eurostat, moyenne 2013-2016)". Mais si "le 1 % le plus riche récupère presque 6 % des revenus de l’ensemble des ménages", comme le précise le rapport, ça ne signifie pas que les 99% restants vivent dans une relative égalité car, "au sein des 10 % des plus hauts salaires, les écarts sont considérables".


Globalement, ce niveau d'inégalités est à peu près stable. L'écart de niveau de vie moyen entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres est d'environ 4.000 euros mensuels depuis une décennie. En revanche, le taux de pauvreté a augmenté pour atteindre 8,3% en 2011 puis 8% en 2016, contre 7,3% en 2006. Ces données ne prennent pas en compte les réformes adoptées depuis 2016, et l'Observatoire estime que, "dans les années qui viennent, beaucoup dépendra de la reprise de l’activité économique : seule une baisse durable du chômage pourrait réellement peser sur les inégalités de revenus. À condition que les emplois créés soient réellement rémunérateurs."


Ainsi, en 2016, la France comptait cinq millions de personnes pauvres, vivant avec moins de 855 euros par mois. Une pauvreté qui, rappelle l'Observatoire, "ne frappe pas au hasard, elle a un visage : celui des catégories populaires (presque la moitié des personnes concernées ont au plus le brevet des collèges), des mères de familles monoparentales, des immigrés".

Chômage et précarité touchent massivement les non-diplômés

C'est dans le travail que les inégalités semblent avoir le plus augmenté, poursuit le rapport. Alors que les diplômés du supérieur long connaissent quasiment le plein emploi (5% de chômage en 2017), les non-diplômés affichent un taux de chômage de 18,3%. Quant aux immigrés, qui disposent en moyenne d'un niveau de diplôme inférieur et font l'objet de discriminations, leur taux de chômage se monte à 16,3%, alors qu'un emploi sur cinq en France leur est interdit s'ils ne sont pas originaires de l'Union européenne. 


Au chômage, en baisse selon les derniers chiffres, s'ajoute l'emploi précaire, en augmentation. Le taux de précarité de l'emploi (CDD, intérim, apprentissage) connaît une hausse depuis trois ans, et atteint 13,6% en 2017. En cause, selon le rapport : la dérégulation du droit du travail, qui s'est poursuivi avec les réformes El Khomri et Pénicaud, le raccourcissement de la durée des CDD, les nouvelles formes de travail indépendant et la rationalisation des emplois de services. 

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VIDÉO - Enquête : la pauvreté au tribunal

Les études supérieures toujours "interdites" aux catégories populaires

Du côté des inégalités scolaires, l'Observatoire fait le constat d'une situation "figée", notamment à cause d'un "conservatisme des catégories diplômées". Si la part des jeunes quittant le système scolaire avec au maximum un brevet des collèges est passée de 11,3% à 8,9% entre 2007 et 2017, l'accès des catégories populaires au lycée ou à l'enseignement supérieur reste faible. "Les enfants de cadres supérieurs sont 2,9 fois plus nombreux que les enfants d’ouvriers parmi les étudiants (ministère de l’Éducation nationale 2017-2018) alors qu’ils sont presque deux fois moins nombreux dans la population totale", observe le rapport. Les enfants d’ouvriers composent ainsi 12 % des étudiants, 7 % des élèves des classes préparatoires aux grandes écoles et 4 % des effectifs des écoles de commerce.


À l’université aussi, les inégalités jouent à plein : alors que les enfants d’ouvriers représentent 13 % des étudiants en licence, la proportion tombe à 9 % en master et 7 % en doctorat. Quant à la part des femmes dans les écoles d'ingénieurs, elle a quasiment cessé de progresser depuis 10 ans, passant de 26,8% en 2006 à 28,1% en 2016.

Le mal logement toujours massif

Les inégalités, c'est aussi plus largement les inégalités des conditions de vie - logement, alimentation, accès aux soins, à la culture, aux médias ou aux institutions politiques - qui dépendent  "en grande partie des niveaux de vie", poursuit l'Observatoire. Ce dernier affirme que "le mal-logement persiste de manière choquante dans notre pays", alors que 800.000 personnes n'ont pas de domicile personnel, et que parmi elles, 143.000 n'ont aucun domicile et doivent séjourner à l'hébergement social, à l'hôtel, ou dans la rue pour au moins 11.000 d'entre-elles. La précarité énergétique, en revanche, a diminué de 14% à 12% entre 2013 et 2017. 


Dans ce domaine aussi, les immigrés "figurent parmi les plus mal lotis", 26,1 % des ménagent immigrés habitant dans un logement trop petit, soit 3,7 fois plus que les non-immigrés, en raison d'un niveau de vie plus faible. Au delà du logement, le niveau de vie influe sur la santé et l’espérance de vie, rappelle le rapport : les 5% les plus pauvres ont une espérance de vie de 71,7 ans, contre 84,4 ans pour les 5% les plus riches.

Représentation politique : plus de femmes, toujours pas d'ouvriers et d'employés

Du côté de la représentation politique, l'Observatoire indique que la part des femmes parmi les députés a été multipliée par deux en 10 ans, atteignant 38,7% en 2017. Mais en dépit de l'ouverture de l'Assemblée nationale à des représentants originaires de la société civile et pas de professionnels de la politique, la part des ouvriers et employés dans l'hémicycle reste proche de zéro (4,6% en 2017, alors que ces catégories représentent la moitié de la population). 

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