Pensions alimentaires "automatiquement" prélevées : "Cette annonce occulte tous les mécanismes de violence"

Social
MÈRES ISOLÉES - Face à la précarité des familles monoparentales, Edouard Philippe a annoncé ce mercredi vouloir "automatiquement prélever" les sommes dues au parent seul en cas d'impayé de pensions alimentaires. Une mesure saluée comme une avancée par certains quand d'autres regrettent qu'elle n'apporte aucune solution aux pressions subies par certaines mères.

"Quand la vie est dure, il ne faut pas rajouter de l'inquiétude, de la tension, de la précarité." Lors de sa déclaration de politique générale de mi-mandat, Edouard Philippe a annoncé que les pensions alimentaires pourraient être "automatiquement prélevées" par la Caisse d'allocations familiales (CAF) pour lutter contre "le risque d'impayé". Une mesure déjà avancée par Emmanuel Macron à l’issue du Grand débat national. 

Un prélèvement "automatique"... mais sur demande du créancier

"Dès juin 2020, le gouvernement mettra en place un nouveau système pour protéger les personnes seules contre le risque d’impayé des pensions alimentaires", a ainsi déclaré le Premier ministre. Un geste en direction des 1,7 million de familles monoparentales (selon les chiffres de l'Insee) dont 40% voient leurs pensions alimentaires totalement ou partiellement impayées. 


Une annonce saluée sur Twitter par Christine Kelly. Présidente de l’association K d’Urgences, elle lutte contre la précarité financière des familles monoparentales. "Les pensions alimentaires vont être automatiquement prélevées dès juin 2020", écrit-elle ainsi, décrivant une "très grande annonce". 


Problème : selon Stéphanie Lamy, c’est plus compliqué que ça. D’après celle qui a cofondé l’association "Abandon de famille - tolérance zéro", cette annonce est en fait "très floue". Basée sur de "nombreux éléments de langage", elle laisse entendre que ces prélèvements seront automatiques. "Une chose est sûre, il n’y aura aucune automaticité", assure celle qui milite pour les droits économiques des enfants. En effet, la militante observe qu’il reviendra toujours à la créancière (dans 85% des cas, la mère est la cheffe d’une famille monoparentale) de faire les démarches en cas de défaut de paiement. Les pensions seront automatiquement prélevées "sur décision d'un juge" ou "sur demande en cas d'incidents de paiement", a ainsi précisé le Premier ministre devant les parlementaires. 

Un critère qui rend vulnérable le parent seul. "Quand c’est à la créancière de faire les démarches, elle s’expose aux violences ou aux pressions", alerte celle qui est à l'origine d'une pétition pour mettre fin aux pensions alimentaires impayées. Car ce sont bien ces femmes-là qui sont le plus victimes de la précarité à cause des impayés. 


Si Stéphanie Lamy concède que cette mesure part "d’une bonne volonté", elle "occulte" malheureusement selon elle "tous les mécanismes de violence qui existent pour les mères seules". Les annonces sont donc "chouettes dans le meilleur des mondes" mais ne protégeraient que dans les cas les plus simples. "Si le père est salarié, présent à l’audience, vit dans le département, etc. Là oui, ça fonctionne." Par contre, dès lors que la relation est plus compliquée ou conflictuelle, la créancière s’expose à des représailles lorsqu'elle demande le prélèvement des pensions auxquelles son enfant a pourtant droit. Un oubli que cette militante regrette, décrivant le nouveau système comme "un truc de technocrate".

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter