Prime, commissariats fermés, "gyros bleus", réunions à Beauvau... Le point sur la fronde des policiers

Social
DirectLCI
MALAISE - Épuisés par plus d'un mois de conflit, les policiers ont durci le ton lundi réclamant notamment "un retour sur investissement". Alors que certains jugent insuffisante la prime de 300 euros qui devrait bénéficier à 111.000 fonctionnaires, les syndicats ont annoncé des actions en ordre dispersé.

Alors que la décrue de la mobilisation des Gilets jaunes ouvre la porte à une sortie de crise, le gouvernement cherche désormais à calmer les policiers qui, mobilisés en masse sur les manifestations des dernières semaines, réclament des compensations. Dénonçant le malaise des agents, "épuisés" par plus d'un mois de conflit et une surcharge de travail, sur fond de menace terroriste persistante, Unité SGP FO, Unsa Police et Alliance ont notamment annoncé en ordre dispersé des actions mardi et mercredi, de la grève du zèle à la fermeture des commissariats.

Une prime exceptionnelle de 300 euros

C'est dans ce contexte que l'Assemblée nationale a voté dans la nuit de mardi à mercredi une prime exceptionnelle en faveur des forces de l'ordre, ainsi que pour les personnels des préfectures mobilisés ces dernières semaines dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes. Lors de l'examen en nouvelle lecture du projet de budget 2019, les députés ont ainsi adopté un amendement du gouvernement prévoyant une prime exceptionnelle de 300 euros qui sera versée aux policiers et militaires qui ont participé aux récentes opérations. Mais certains jugent insuffisante cette prime qui devrait bénéficier à 111.000 fonctionnaires pour un coût total d'environ 33 millions d'euros.

Un "calendrier" de versement des heures supplémentaires

Parmi les autres réponses apportées par le ministre de l'Intérieur au mouvement de grogne des policiers, figure la mise en place d'un "calendrier" pour payer aux policiers les 274 millions d'euros en heures supplémentaires que l'Etat leur doit, a annoncé le secrétaire d'Etat à l'Intérieur mercredi. "En gros, c'est trois millions d'heures supplémentaires qui sont créées 

chaque année. Payer l'ensemble de ces heures, c'est un coût qui représente 274 millions d'euros", a déclaré le secrétaire d'Etat Laurent Nuñez sur RMC. Interrogé sur leur paiement, ce dernier a répondu par l'affirmative : "ce paiement sera effectif selon un calendrier que nous allons définir, je vous le confirme. C'est ce dont nous discutons avec les organisations syndicales". Mardi, Christophe Castaner avait rappelé que ce stock d'heures supplémentaires avait commencé à s'accumuler non pas "ces derniers mois" ou "cette dernière année, mais depuis des dizaines d'années. C'est un chantier que je veux ouvrir".

Poursuite des discussions mercredi à Beauvau

Confronté à sa première crise en interne depuis son  arrivée il y a deux mois à Beauvau, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a reçu mardi soir les trois organisations syndicales représentatives chez les gardiens de la paix : Alliance, Unité-SGP-FO et Unsa-Police. Ce dernier leur a notamment promis d'engager début janvier des discussions sur une loi d'orientation et de programmation de la sécurité intérieure, a dit à Reuters un responsable syndical. Après trois heures de négociation, les discussions avec les dirigeants d'Alliance, Unsa Police et Unité SGP Police FO, ont été suspendues mardi dans la soirée et reprendront mercredi après-midi au ministère de l'Intérieur. 

Commissariats fermés

En attendant le syndicat Unité-SGP-FO rejoint le mouvement initié par Alliance sur le mot d'ordre "fermons les commissariats". Ce dernier a demandé "à tous les policiers de France de ne sortir que sur appel" d'urgence mercredi. 


Le service minimum des fonctionnaires de police s'est mis en place, avec notamment très peu de patrouilles dans la nuit de mardi à mercredi selon nos informations. Dans la pratique, les policiers se réunissent dans les salles de réunion, et attendent qu'on les appelle pour sortir en intervention. A Créteil, dans le Val-de-Marne, une centaine de policiers, en tenue et en civil, se sont rassemblés devant le commissariat pour faire entendre leur colère. A Bordeaux, où quelques centaines de policiers se sont rassemblés, le commissariat était ouvert mais "on conseille aux gens de revenir demain", indique-t-on de source syndicale. "On fait le service minimum, on sort sur réquisitions, et on ne fait pas trop de verbalisations", poursuivait cette source. 


La grogne était visible mercredi matin aux aéroports parisiens de Roissy et d'Orly où les fonctionnaires de la Police aux frontières appliquaient un contrôle scrupuleux des passeports en soutien à leurs collègues, selon des sources aéroportuaires. Résultat : de longues files se sont formées, occasionnant parfois une attente d'une heure et faisant craindre des retards 

sur certains vols. Gare de Lyon, au niveau de la prise des plaintes de la brigade des réseaux ferrés, des agents ont monté une croix rouge en travers de l'entrée, expliquant aux usagers qu'il y aura plus d'attente ce mercredi. 

Un hashtag : #LesGyrosBleus

En marge des syndicats, certains policiers ont décidé de se réunir sous la bannière #LesGyrosBleus, lançant sur les réseaux sociaux un appel à manifester sur les Champs-Élysées jeudi 20 décembre dans la soirée. Le rendez-vous est fixé à 21h30 devant le commissariat de police du VIIIe arrondissement de Paris. Relayé sur la Toile, le mouvement agite le souvenir du mouvement de fronde inédit qui a surgi à l'automne 2016 au sein de la base policière, après l'attaque au cocktail molotov dont ont été victimes des fonctionnaires à Viry-Chatillon (Essonne).

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter