Pourquoi certains Gilets jaunes ne veulent-ils pas d’une liste aux élections européennes ?

Social

Toute L'info sur

La colère des Gilets jaunes

SANS MOI - Utilisation de l'acronyme "RIC", personnalités au passé politique, critique du système de scrutin... Les raisons affichées sur les groupes de Gilets jaunes, sur les ronds-points, et sur les plateaux télévisés pour expliquer le rejet massif de la liste menée par Ingrid Levavasseur pour les Européennes sont nombreuses. On fait le point.

"Non, les vrais Gilets jaunes ne veulent pas de liste aux élections européennes." On ne peut pas faire plus clair que ce communiqué de "La France en colère !!!", partagé jeudi 24 décembre. Le groupe, créé par Éric Drouet, confirme ce qu'un bon nombre de sympathisants du mouvement écrivent sur les réseaux sociaux, ou déclarent aux micros : l'initiative menée par Ingrid Levavasseur passe mal. L’occasion de faire le point sur les différents arguments avancés. 

Lire aussi

Des noms au passé politique

"Je vous invite à regarder les noms et regarder leur passé". Dans son direct du 23 janvier, Maxime Nicolle invite les membres de son groupe "Fly rider infos blocage" à se renseigner sur les opinions politiques de la dizaine de personnes inscrites sur la liste "Ralliement d'initiative citoyenne". 24 heures après, c’est chose faite. Sur les groupes Facebook se partage une infographie qui reprend les engagements ou sympathies politiques passés des figures de cette liste. Il est rappelé qu'Ingrid Levavasseur a avoir voté Emmanuel Macron et aurait pu être chroniqueuse pour BFM, le média honni du mouvement. Que Hayk Shahinyan, le "directeur de campagne", a été membre des Jeunesses socialistes. Marc Doyer, l'ancien candidat à l'investiture En marche pose, gilet jaune et tee-shirt "Emmanuel Macron Président" sur les épaules. Brigitte Lapeyronie, elle, est épinglée pour son appartenance à l’UDI jusqu’en 2013. De quoi discréditer cette initiative auprès des Gilets jaunes des groupes Facebook qui veulent à tout prix rester non-partisans. 

De son côté, Benjamin Cauchy, porte-parole auto-proclamé et désormais à la tête des "Gilets jaunes libres", se place aussi sur le terrain de la critique politique, pointant du doigt la faible cohérence des origines partisanes des candidats. Dans un face à face inédit sur le plateau de LCI, il a ainsi interpellé Ingrid Levavasseur ce vendredi : "Vous êtes tête de liste aux européennes et vous n’avez pas de conviction politique ?".  Lorsque la jeune femme lui répond par le positif, il lui lance un "ok" lourd de sens. 

Ralliement d’Initiative Citoyenne, ou RIC

Un autre élément de cette liste agace tout particulièrement, c’est la récupération de l’acronyme RIC, qui reprend à son compte la principale revendication des manifestants : le Référendum d’initiative citoyenne. Dans le communiqué, les porte-voix de la "France en colère" y voient la "preuve supplémentaire qu'il s’agit d’une récupération abjecte". "C’est ce qui s’appelle surfer sur la vague." De son côté, Maxime Nicolle soulève aussi la réappropriation du sigle. Dans son direct visionné plus de 224.000 fois, le Breton applaudit, littéralement, l’idée, avant de lâcher : "Bravo, vous n’avez rien compris". 

"Les Européennes, c’est rester dans le système"

Pour la majorité des Gilets jaunes, ce scrutin n’a aucun intérêt car il n’est pas national. François Boulo, représentant à Rouen et ancien avocat dont les prises de parole sont massivement partagées sur les groupes Facebook, explique sur sa page : "Le parlement n’a aucun pouvoir pour améliorer la vie des gens. Or les Gilets jaunes entendent obtenir des avancées concrètes et immédiates." Sur les ronds-points, même constat. Interrogés par LCI, des manifestants normands expliquent qu’ils ne considèrent pas avoir "besoin d'être représentés aux Européennes."

C’est aussi le principe d’élection en lui-même qui est remis en cause. Dans un "live", ce vendredi aux aurores, Éric Drouet rappelle que le mouvement s’est construit en rupture avec la politique. "Nous ne sommes pas totalement apolitiques, antisociaux, ou anti tout. Mais le mouvement représente une partie de la population qui aimerait bien que l’horizon politique change avec plus de démocratie sociale." Une idée déjà amenée par Maxime Nicolle la veille : "Je suis contre ces Européennes parce que je pense que jouer dans un système alors que ce n’est pas nous qui faisons les règles revient à pisser dans un violon."

Pas assez d’horizontalité

Sans porte-paroles ni représentants, les Gilets jaunes ont, et ce depuis le début du mouvement, été en quête d'horizontalité et de transparence. C'est pourquoi sur les groupes, les internautes sont très souvent consultés par les figures les plus symboliques. Comme le note le communiqué d’Éric Drouet, "ce mouvement n’appartient à personne et chaque décision doit être approuvée par une majorité absolue, pas relative." Joignant le geste à la parole, il avait lancé un sondage demandant s'ils voulaient d'une liste aux Européennes. Question à laquelle une écrasante majorité (98%) a répondu par la négative. Une concertation qui n’a pas eu lieu du côté d'Ingrid Levavasseur, ce dont l'aide-soignante s'est expliquée sur LCI : "Je me suis lancée, car au sein même des Gilets jaunes, j'ai été un petit peu malmenée et on a voulu se servir de moi." Pour ceux qui demandent plus d'horizontalité, "candidater sur cette liste au nom des Gilets jaunes et ce sans concertation est donc une trahison".

Même opinion du côté des plus "modérés". Sur la page "Gilets jaunes le mouvement", créée par Hayk Shahinyan avant qu’il ne le quitte pour rejoindre celui du 17 Novembre, ses compagnons de lutte critiquent son choix de devenir "directeur de campagne". Sur Facebook, on réagit à la décision de l’ancien membre avec la même critique : "HORIZONTALITÉ où es-tu?". Et d’ajouter un hashtag qui tend à faire l'unanimité : #listeGJsansmoi. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter