"Quinze jours après mon accouchement j’assurais la traite, matin et soir, six heures par jour" : une agricultrice raconte son congé maternité

"Quinze jours après mon accouchement j’assurais la traite, matin et soir, six heures par jour" : une agricultrice raconte son congé maternité

TÉMOIGNAGE - Dès 2019, les travailleuses indépendantes, cheffes d'entreprises et agricultrices bénéficieront d'un congé maternité aussi long que celui des salariées. Comment s'organisent-elles actuellement ? Que pensent-elles des annonces du gouvernement ? LCI a interrogé Lolita Houdemond, exploitante dans la Sarthe, maman d'une petite fille de cinq ans et enceinte de sept mois et demi.

"Que le gouvernement veuille allonger le congé maternité c’est bien. Mais s’il n’y a pas de main d’œuvre pour nous remplacer, c’est une annonce qui fait pschitt." Lolita Houdemond, à la tête d’une exploitation de vaches laitières dans la Sarthe avec son mari, accueille avec prudence l’annonce du gouvernement d’allonger le congé maternité des indépendantes, cheffes d’entreprises et agricultrices. 

Le 20 septembre dernier, honorant une promesse de campagne d’Emmanuel Macron, l’exécutif a en effet annoncé que ces travailleuses pourraient bénéficier en 2019 d’un congé maternité aussi long que celui des salariées. A l’avenir, les 20.000 femmes concernées chaque année devront prendre au minimum huit semaines de congé maternité contre un peu plus de six à l’heure actuelle ; et au maximum 16 semaines, au lieu de presque 11 aujourd’hui.

Lire aussi

Actuellement, les exploitantes agricoles bénéficient d’une allocation de remplacement pour leur permettre d’embaucher un salarié pendant leur congé maternité. Seules 60% des agricultrices y ont recours, parmi lesquelles Lolita Houdemond, enceinte de 7 mois et demi. "Oui, j’ai droit à l'allocation qui nous permet d’avoir un remplaçant sur l’exploitation. Mais ce salarié ne peut venir travailler que 35 à 40 heures sur notre exploitation. Or, le travail d’une agricultrice, c’est au minimum 40 à 50 heures par semaine. Si nous travaillons huit heures par jour sept jours sur sept, cela fait 56 heures par semaine. J’ai donc dû trouver un autre salarié à mi-temps, en plus du salarié permanent du service de remplacement, pour pouvoir subvenir aux besoins de mon congé maternité" a expliqué à LCI celle qui est déjà maman d’une petite fille de 5 ans.

Un remplaçant qui coûte 300 à 400 euros par mois à l'agricultrice

"Il faut bien comprendre également que le service de remplacement ce n’est pas gratuit. Nous devons payer la CSG et la CRDS. Là, mensuellement, ça va me coûter au minimum 300 à 400 euros de charges. C’est un petit budget" continue la jeune femme de 35 ans. Le gouvernement a annoncé que dorénavant, pour favoriser le recours au remplacement, les exploitantes n’auront plus à payer la CSG-CRDS qui actuellement reste à leur charge. 

Mais Lolita Houdemond insiste : "La vraie problématique est celle de la main d’œuvre. Si elle n’est pas formée au métier et si elle n’est pas assez importante, on peut tourner ça dans tous les sens, les femmes ne pourront pas pleinement prendre leurs congés. Peut-être que nous ne communiquons pas assez sur notre métier pour le faire connaître ; peut-être que nous ne le rendons pas assez attractif. Car si je prends l’exemple de la traite, c’est deux fois par jour, du lundi matin au dimanche soir, du 1er janvier au 31 décembre. C’est reboutant." Surtout que l’exploitante, à la tête de 65 vaches, estime qu’il est primordial d’avoir un salarié compétent en qui avoir profondément confiance. "On leur confie notre entreprise. Si votre remplaçant n’est pas compétent et sérieux, les conséquences financières peuvent vite apparaître." 

Pour les agricultrices qui ne parviendraient pas à se faire remplacer, le gouvernement prévoit de leur ouvrir droit à une indemnité journalière forfaitaire du même montant que celui dont bénéficient les travailleuses indépendantes, afin qu’elles ne se retrouvent pas sans aucune indemnisation. Mais Lolita Houdemond est sceptique. "Ils peuvent nous indemniser plus, mais si on n’a personne pour nous remplacer, le budget il va nous servir à quoi ?" interroge-t-elle. Le plus important sur une exploitation agricole, c’est de continuer à la faire tourner.

A la traite deux semaines après avoir accouché

Malgré tout, Lolita Houdemond appréhende plus sereinement sa seconde grossesse. Pour la première, en 2012, elle avait dû reprendre le travail deux semaines après avoir donné naissance à sa fille. "A l’époque, je n’avais pas eu le droit à l’allocation de remplacement car ça ne faisait pas un an que j’étais sous le régime de la MSA. Donc quand j’ai accouché, il a fallu que j’aille faire mon boulot. J’ai découvert cela quand nous avons fait des démarches pour le congé maternité. Il fallait bien faire avec…."

"J’ai accouché le 20 octobre 2012 et le 3 novembre 2012 j’étais dans la salle de traite", raconte-t-elle. "Comment s’organise-t-on ? Vous donnez le biberon à votre enfant puis vous le laissez à la maison ou vous allez faire votre traite ; ou bien vous lui donnez le biberon puis vous l’emmenez avec vous dans la salle de traite. Au bout de quinze jours, j’assurais pleinement la traite des vaches, matin et soir, ce qui représentait au minimum six heures de boulot."  

L’absence d’aide et de congé maternité après sa première grossesse a eu des conséquences sur la vie de Lolita Houdemond et de son mari. "Ce n’est pas compliqué : nos deux enfants vont avoir six ans de différence. Au vu de notre expérience en 2012, pour moi il était hors de question d’avoir deux enfants en l’espace de deux ou trois ans. Si j’avais été salariée, il en aurait été autrement" analyse amèrement l’exploitante.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Vaccination : "les rendez-vous non pris" seront ouverts à tous à partir du 12 mai, annonce Macron

Avignon : un policier tué par balles dans le centre-ville, le tireur en fuite

Météo estivale pour quasiment tout le monde ce week-end, des pointes à 32°C attendues !

Les brocantes et vide-greniers sont-ils maintenus ? Le 20H vous répond

Disney : le baiser de Blanche-Neige fait polémique

Lire et commenter

LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies. > En savoir plus.