La fermeture de Tolbiac "par mesure de précaution" attise la colère des étudiants

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La réforme des retraites, dossier explosif pour l’exécutif

CONTESTATION - La présidence de Panthéon-Sorbonne a fait savoir lundi soir par mail que "par mesure de précaution et de sécurité", le centre de Tolbiac restera fermé jusqu'à "nouvel ordre". Une décision interprétée par les syndicats étudiants comme la preuve que la direction tente de saper la mobilisation des universités à quelques jours de la grève du 5 décembre.

Un symbole de la contestation étudiante aux portes closes. Ce mardi 2 décembre, l'Université Paris I a déclaré la fermeture du centre Pierre-Mendès-France, à Tolbiac dans le 13ème arrondissement de la capitale. Une annonce surprise et appliquée "jusqu’à nouvel ordre", qui arrive à quelques jours d'une mobilisation nationale contre la réforme des retraites et surtout à la veille d'une Assemblée générale de syndicats étudiants prévue sur ce campus.

"Empêcher" les étudiants de s'organiser

"Suite aux informations qui nous sont parvenues dans la journée, la présidence de l’Université Panthéon-Sorbonne a décidé de fermer, par mesure de précaution et de sécurité, le centre Pierre-Mendès-France (PMF) à partir de ce lundi." Voilà ce qu’ont pu découvrir dans leur boîte mail les élèves et personnels de l’établissement, lundi à 22h30. Un motif de fermeture particulièrement vague et un timing qui laisse libre court aux interprétations de chacun. 

Comme la Commune libre de Tolbiac, un groupe constitué d'étudiants qui s'était approprié un amphithéâtre en 2018. Pour elle il n'y a aucun doute : cette décision a été prise dans le but "d'empêcher les étudiants de s'organiser". Car une Assemblée générale (AG) pour "préparer le 5 décembre, les luttes à venir et discuter du rôle que la jeunesse y jouera", était prévue ce mardi, dès 17h. Elle était inscrite à l'agenda au moins depuis plus de deux semaines, comme le montre un tweet daté du 14 novembre dernier.

"Cette AG devait avoir lieu tranquillement", regrette également Jaspal de Oliveira Gill. Inscrite en Master à Paris 1 et membre du syndicat L'Alternative, elle y voit une réaction "complètement disproportionnée" de la part de la direction. "C'est juste pour empêcher qu'il se passe la moindre chose !" Et de rappeler que le blocage sera donc, de façon assez paradoxale, due à la présidence et non plus aux étudiants.

Une décision qui attise les colères

Car du côté de l'UNEF, on l’assure : les cours auraient eu lieu normalement jusqu'au 5 décembre. "Cette sanction est d'autant plus absurde qu'aucune organisation étudiante ou de gauche n'avait l'intention d'organiser un blocage avant cette grève", défend auprès de LCI ainsi Salomé Hocquard, la secrétaire général du syndicat pour la Sorbonne. Elle nous confie d'ailleurs son amertume face à une administration qui prévient les représentants au même moment que le restant du personnel et des inscrits. "On essaye de comprendre et de dialoguer avec la direction", note-t-elle, "mais on nous dit que la mesure n'a aucun lien avec l'AG et que les raisons sont plus 'globales'". Si cette justification ne lui convient pas, la secrétaire générale dénonçant une décision "scandaleuse" qui "empêche les étudiants de dialoguer", elle appelle cependant au calme, soulignant que la précarité des jeunes et les réformes de retraite n’incombent pas à la présidence mais au gouvernement, et que c'est donc bien contre ce dernier qu'il faut se mobiliser.

Ils flippent ? Ils ont raison !- Commune Libre de Tolbiac

Un appel au calme nécessaire tant cette annonce pourrait attiser les tensions et empêcher le dialogue. C'est en tout cas l'hypothèse de Jaspal de Oliveira Gill. "Ces fermetures administratives sont des tactiques, des outils utilisés pour empêcher les mobilisations. Mais en réalité j’ai peur que ça n’envenime les choses."

Une prédiction qui semble déjà se confirmer. Car dans ce haut lieu de la contestation estudiantine, où, notamment au printemps 2018,  la loi pour l’orientation et la réussite des étudiants (ORE), avait provoqué une occupation de près d’un mois, une étincelle peut rapidement mettre le feu aux poudres. Ainsi, du côté de la Communie libre de Tolbiac, on décrit cette fermeture comme une "répression administrative" ou même une "attaque politique" contre ceux désireux de se mobiliser. Pour eux qui estiment que "depuis trois semaines, le gouvernement tremble", cette annonce n'est qu'un aveu de détresse face à l’idée que ces jeunes "se réveillent et rejoignent la contestation".

 L’UNEF-Tacle, une tendance "minoritaire" du syndicat mais très active à Tolbiac, avance également cet argument, estimant que le chef d'établissement, Georges Haddad, a "raison d’avoir peur".  

En réaction, certains d'entre eux se sont rendus peu après midi au siège de la faculté pour faire entendre leur colère. Sur place, des forces de l'ordre procédaient à un contrôle de la carte étudiante de chaque individu voulant passer le cordon de sécurité mis en place devant les lieux, d'après le constat de personnes présentes sur place et le collectif Commune libre de Tolbiac.

La présidence assume

Dans un communiqué, la direction répond à ces critiques. Si elle confie que ce n'est pas de "gaieté de cœur" que cette décision a été prise, elle assume sa position, plaidant que des "informations crédibles sur une possible infiltration" des événements prévus aurait pu "aboutir à une nouvelle occupation" des lieux. "Il ne s’agit en aucun cas d’empêcher un mouvement de revendication sur lequel il appartient à chacun, en tant que citoyen, de se déterminer", ajoute le Président qui signe le texte de sa main, rappelant que les événements du printemps 2018 avaient coûté "plus de 2 millions d’euros".

Cependant, en interne, c'est sur un tout autre ton que s'exprime Georges Haddad. Dans un mail qui a fuité sur les réseaux sociaux, et dont on confirme à LCI qu'il s'agit bien d’un message du représentant de l'université envoyé "dans le cadre d’une liste de diffusion interne", ce dernier rappelle sa mission.

Bien qu'il dit s'octroyer le droit, en tant que "citoyen", d'exprimer "ses inquiétudes, sa colère et son mécontentement librement", le chef d'établissement dit avoir "l’obligation de garantir la sécurité et de préserver le bien commun". Et d'ajouter qu'il pourrait démissionner mais qu'une telle action serait "lâche" et "contraire à la vie [qu’il a] menée". 

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