Supprimer ou assouplir l'âge pivot à 64 ans : les options d'Edouard Philippe pour renouer le dialogue avec les syndicats

Supprimer ou assouplir l'âge pivot à 64 ans : les options d'Edouard Philippe pour renouer le dialogue avec les syndicats

RETRAITES - Edouard Philippe doit rencontrer les organisations syndicales à Matignon mercredi après-midi. Un nouveau cycle de négociation dans lequel la question cruciale de l'âge pivot sera à nouveau abordée. Le gouvernement serait prêt à des concessions, mais lesquelles ?

C'est le point qui cristallise l'opposition à la réforme des retraites et qui hypothèque tout accord entre le gouvernement et la CFDT. L'instauration d'un âge pivot, ou "âge d'équilibre" de départ à la retraite à 64 ans dès 2022 est aussi la mesure qui crispe le plus l'opinion. L'exécutif en a fait une condition du retour à l'équilibre des comptes d'ici une décennie. 

Elle sera précisément au menu des discussions qui doivent reprendre, mercredi après-midi à l'hôtel Matignon, entre Edouard Philippe et les représentants des principaux syndicats. Si la CGT et FO demandent l'abandon pur et simple de l'ensemble de la réforme des retraites, les syndicats dits "réformistes", dont la CFDT et l'Unsa, pourraient encore trouver dans ces discussions des réponses à leurs revendications. 

La semaine dernière, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, avait fait de l'âge pivot à 64 ans "une ligne rouge" franchie par le gouvernement, au point de précipiter son syndicat pourtant favorable à un système de retraite universel dans la mobilisation sociale qui touche le pays. Depuis les annonces d'Edouard Philippe, le 5 décembre, les membres du gouvernement et de la majorité n'ont pourtant cessé de répéter que l'âge pivot pouvait faire l'objet de discussions. 

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Que demande la CFDT ?

Dans ses revendications initiales, le syndicat de Laurent Berger avait évacué l'hypothèse d'un âge pivot à 64 ans, plaidant pour une meilleure prise en compte des carrières pénibles afin de permettre à certains salariés de "partir plus tôt à la retraite", et pour le maintien "du droit à partir à la retraite à 62 ans". De fait, l'exécutif a maintenu l'âge légal de départ à 62 ans, mais a rajouté le principe d'un bonus-malus autour de l'âge d'équilibre à 64 ans, ce que rejette le syndicat. 

Pour convaincre le gouvernement d'abandonner cette option, Laurent Berger a fait deux propositions, lundi dans une interview à La Croix. Le première consisterait à se donner du temps en laissant les partenaires sociaux négocier seuls cette question du retour à l'équilibre budgétaire. "L'équilibre financier n'est pas un gros mot pour la CFDT", a-t-il plaidé. "Nous faisons la contre-proposition au gouvernement : confiez à la future gouvernance paritaire du système la responsabilité d'en faire d'ici à un an des propositions de retour à l'équilibre à court, moyen et long terme. Sans, bien sûr, imposer le résultat de la négociation avant qu'elle n'ait lieu."

La seconde proposition consisterait, plutôt qu'à rallonger la durée de cotisation, à augmenter les taux de cotisations. "Il y a d'autres solutions à court terme", a fait valoir le patron de la CFDT. "Une hausse des cotisations, par exemple. Pourquoi est-ce tabou d'en parler, alors qu'il apparaît tellement évident de demander à ceux qui ont rempli leur contrat de travailler plus longtemps ?" "Pourquoi ne pas ajuster temporairement le système grâce aux réserves des anciens régimes ?" a-t-il également suggéré.

Quelles pistes au gouvernement ?

L'idée d'augmenter les cotisations retraites ne semble pas être une option pour l'exécutif, qui a fait de la hausse du pouvoir d'achat l'un des axes centraux de ce quinquennat. En revanche, il a multiplié les signaux favorables à un assouplissement de l'âge pivot. Emmanuel Macron est "disposé à améliorer" le projet de réforme des retraites et envisage notamment "une amélioration possible autour de l'âge pivot", a ainsi fait savoir, mercredi matin, l'Elysée. Selon cette source, le président de la République "n'abandonnera pas le projet, ne le dénaturera pas", mais il est disposé "à l'améliorer par le truchement des discussions avec les syndicats". 

A l'Assemblée nationale, des députés de la majorité LaREM sont convaincus que les négociations avec la CFDT vont se jouer "sur deux points, la pénibilité et l'âge pivot". Des marges de manœuvre existent sur le malus et la décote, explique-t-on à LCI. Il pourrait y avoir "un âge pivot flexible, en fonction des métiers". En résumé : les salariés ayant travaillé dans les conditions les plus dures pourraient partir plus tôt, ou bien avec un malus moindre. Autre piste : la notion d'âge d'équilibre, qui pourrait tout simplement ne pas figurer dans la loi-cadre, à charge pour les partenaires sociaux de se mettre d'accord sur les solutions pour équilibrer les comptes.  

Sur LCI, la secrétaire d'Etat Amélie de Montchalin a confirmé mardi que le Premier ministre était prêt à aborder le sujet avec les organisations syndicales, avec une proposition médiane proche de la CFDT. Il sera question, selon elle, "d'offrir la possibilité que nous ne décidions pas cela demain mais que pendant un an, nous discutions des conditions à réunir pour être à l'équilibre en 2027". Son collègue Gabriel Attal a également apporté quelques précisions mercredi matin sur LCI. "Si la CFDT ou d'autres organisations syndicales proposent une meilleure solution que l'âge pivot, évidemment qu'elle sera regardée", a-t-il estimé. Le secrétaire d'Etat a suggéré à son tour que l'âge pivot puisse être "adapté à ceux qui ont fait leur carrière dans des conditions de pénibilité, par exemple avec un malus différent de celui des autres". 

L'issue des réunions avec le Premier ministre dira si l'une de ces options a été retenue. Avec, à la clé, l'espoir pour l'exécutif de mettre un terme à un mouvement social appelé à se poursuivre durant les congés de Noël, voire au-delà. 

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