"Nous allons faire l'école à la maison" : dans l'Aude, le désarroi des parents des enfants exposés à l'arsenic

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POLLUTION – Plusieurs enfants scolarisés dans des écoles de la vallée de l'Orbiel ont été exposés ces derniers mois à de l'arsenic provenant d'une ancienne mine. A quelques jours de la rentrée, la famille Morel souhaite que leur fille, contaminée, soit accueillie dans un autre établissement. En vain, les autorités ayant refusé de délivrer une dérogation.

"C'est aberrant qu'elle ne puisse pas faire l'école comme tout le monde, dans un endroit sécurisé pour sa santé." A quelques jours de la rentrée, Cindy  Morel oscille entre l'amertume et la colère. Cette mère de famille installée à Mas-Cabardès (Aude) avec ses trois enfants a décidé de ne pas mettre sa petite dernière de 3 ans en classe comme elle l'avait fait l'an passé à Lastours, située à une poignée de kilomètres de son domicile. En cause ? Une pollution à l'arsenic à laquelle sa fillette a été exposée, au même titre que plusieurs de ses camarades.

"On nous demande de mettre notre petite fille dans le même établissement. C'est aberrant, il n'en est pas question, assure à LCI Cindy Morel. Le maire de Lastours nous assure avoir fait des travaux dans l'école. Mais le monticule d'arsenic qu'il y a au-dessus est toujours présent, à 2 km, à l'air libre. Rien n'a été fait."

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De l'arsenic relevé sur 38 enfants

Pour éviter de reprendre le chemin d'une école qui a été polluée après les inondations d'octobre 2018 en raison des sols où sont enfouis des millions de tonnes de déchets d'une ancienne mine, la famille Morel a sollicité une dérogation. Problème : celle-ci a été refusée. "Nous avions trouvé une école à 18 km de chez nous, nous avions même prévu de faire les trajets nous-mêmes afin de ne pas solliciter les transports publiques. Deux autres familles sont aussi dans ce cas. Mais la communauté de commune a refusé", explique cette mère dont les deux garçons, âgés de 7 et 9 ans, ont eux aussi été exposés. 

Si ces deux derniers vont rejoindre lundi des écoles saines, la petite Léa, elle, s'attend à une rentrée un peu particulière. "Nous avons pris la décision de faire l'école à la maison. C'est dommage, mais nous ne sommes pas les seuls parents à le faire". En effet, la famille Morel n'est pas la seule concernée : sur 103 enfants de 11 ans ou moins testés, 38 ont un taux d'arsenic dans l'urine par gramme de créatinine supérieur à 10 microgrammes/gramme, qui est la valeur de référence, avait indiqué l'agence régionale de santé (ARS Occitanie). Dix d'entre eux ont même un taux supérieur à 15 µg/g.

Une situation "préoccupante" estime Emmanuel Macron

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Depuis, l'inquiétude a gagné l'ensemble de la vallée de l'Orbiel. Plusieurs parents réclament désormais qu'un dépistage soit aussi mis en place pour les adultes. Saisi du sujet par deux sénateurs, Emmanuel Macron a évoqué lundi une situation "préoccupante", assurant "que tout sera fait pour protéger les populations". Mais pour la famille Morel, la rentrée s'annonce malgré tout compliquée : "On est baladé entre l'inspection académique, la préfecture et la communauté de commune. Rien n'est fait !".

A l'heure où l'arsenic contamine la rentrée dans l'Aude, à Paris, c'est le plomb qui s'invite dans les discussions des familles habitant à proximité de Notre-Dame. L'incendie du 15 avril a en effet fait fondre plusieurs centaines de tonnes de ce métal, et des concentrations élevées avaient été relevées dans certains établissements scolaires aux alentours de la cathédrale. L'association environnementale Robin des Bois, qui avait porté plainte contre X en juillet, juge que "les informations très récemment diffusées par la mairie de Paris ne sont pas fiables" et a demandé mercredi par communiqué le report de la rentrée des classes. L'association argue en outre que sur les 55.000 enfants et adolescents scolarisés dans les Ier, IVe, Ve et VIe arrondissements, moins de 200 ont bénéficié d'une plombémie (analyse du taux de plomb dans le sang). 

Pour autant, la rentrée aura bel et bien lieu. C'est en tout cas ce qu'a assuré le premier adjoint, Emmanuel Grégoire : "Nous avons toujours dit que nous ne prendrions aucun risque et donc si je peux vous dire aujourd'hui que toutes les écoles ouvriront c'est parce qu'il n'y a aucun risque", a-t-il martelé, affirmant que "tous les taux qui sont engagés sont en dessous des seuils sanitaires".

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