Manifestation contre les violences conjugales : "depuis MeToo, on en parle entre nous"

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REPORTAGE - Plusieurs centaines de personnes et de nombreuses associations étaient réunies ce samedi devant le Palais de justice de Paris contre les violences faites aux femmes, à l'appel de Muriel Robin.

"Je n'ai jamais rencontré une femme à qui il n'était rien arrivé. Pas une fille qui n'a pas déjà parlé de ça à sa copine, à sa mère, à sa fille." Ce samedi, Danielle a décidé de manifester contre les violences faites aux femmes, devant le Palais de justice de Paris. Comme elle, plusieurs centaines de personnes ont répondu à l'appel de l'actrice Muriel Robin, lancé une semaine plus tôt dans les colonnes du Journal du Dimanche et sur la plateforme de pétitions Change.org.

Violences physiques et violences psychologiques

Ce n'est pas la première fois que Danielle manifeste pour la cause des femmes. "C'est obligatoire, maintenant", estime cette quinquagénaire qui évoque un "effet MeToo", mais déplore que les effets de cette vague de protestation mondiale contre les violences sexistes "soient un peu faibles en France". 


"Il faut que ça se passe partout, dans la rue, dans les commissariats. Je ne connais pas une fille qui n'a pas déjà eu peur de rentrer seule le soir, qui n'a pas déjà changé de tenue parce qu'elle avait peur de se faire agresser ou de faire l'objet de remarques. Quant au monde du travail, je n'en parle pas...", poursuit Danielle. 


À peine a-t-elle fini d'expliquer les raisons de son combat qu'une autre femme intervient, cette fois pour "attirer l'attention sur les violences morales". Annick, 73 ans, raconte vivre avec un mari qui lui fait subir insultes et pressions psychologiques au quotidien. "Il m'a déjà frappée aussi, mais ces violences morales précèdent souvent les coups, et on n'en parle pas beaucoup", estime-t-elle. 


Tout en racontant son histoire, Annick sort deux feuilles A4 de son sac, sur lesquelles figurent des photos de sa maison avec les meubles sens dessus dessous. "C'est mon mari qui a fait ça, parce que j'étais arrivé à la maison une demi-heure en retard. Il est comme ça avec moi, mais il est très gentil avec les autres. Nos amis ne me croiraient pas si je leur racontait sa vraie personnalité." Quelques minutes plus tôt, sur une tribune improvisée, une jeune femme avait saisi le mégaphone pour dénoncer ces violences psychologiques. Elle y décrivait un père qui a fait vivre "un enfer" à sa famille après un divorce.

Un budget, des formations, des sanctions

Aux côtés des anonymes comme Danielle et Annick, plusieurs célébrités et responsables politiques se sont aussi succédé à la tribune. Les députées Clémentine Autain (France insoumise), Valérie Boyer (Les Républicains), la sénatrice socialiste Laurence Rossignol ou la maire de Paris Anne Hidalgo étaient présentes. Mais c'est Muriel Robin qui a pris la parole en première, demandant "justice pour les femmes".


Au milieu de nombreuses pancartes et de photographies de victimes de violences sexistes brandies par les manifestantes, l'actrice a notamment réclamé une "augmentation du budget aux associations qui accompagnent les victimes", la "création de centres d'hébergement dans tous les départements", "la formation des hommes de loi", "l'éviction systématique du conjoint violent et le port obligatoire du bracelet électronique".

"On doit courir après les appels à projets pour se financer, ce qui engendre une concurrence entre associations"

De nombreuses associations étaient également représentées dans le rassemblement, comme le Collectif féministe contre le viol, l'Alliance des femmes pour la Démocratie, Putain de guerrières ou encore Women Safe. Cette dernière, qui accompagne médicalement et psychologiquement les femmes victimes de violences dans un centre situé dans l'hôpital de Saint-Germain-en-Laye, a également pour mot d'ordre l'augmentation du budget dédié aux victimes de violences sexistes. 


"Aujourd'hui, nous recevons un peu de fonds publics, mais nous devons surtout compter sur les fonds privés", explique la vice-présidente de Women Safe, Axelle Cormier. Celle-ci évoque un quasi-doublement de l'activité depuis la naissance du mouvement MeToo, il y a un an. "On doit courir après les appels à projets pour se financer, ce qui engendre une concurrence entre associations", déplore Axelle Cormier.

Le 5 octobre 2017, le New York Times publiait les premiers articles dans lesquelles des actrices accusaient le producteur Harvey Weinstein de viol. Un an plus tard, le mouvement MeToo parvient à mobiliser, même si ces effets en France sont contrastés, de l'avis de nombreuses militantes. En attendant une prochaine mobilisation, la pétition lancée par Muriel Robin, "Sauvons celles qui sont encore vivantes", approche des 500.000 signatures.

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