Retraite par points : "travail sans fin" ou "liberté de choix" ? Les questions que pose la réforme

Social
INCERTITUDES - La nouvelle méthode de calcul des retraites présentée par l'exécutif a fixé les premières règles mais pose encore de nombreuses questions... malgré les promesses de lisibilité et de simplification. Tour d'horizon.

"Retraite par points, travail sans fin" ? La formule est de Pascal Pavageau, et elle résume une partie du débat qui s'est ouvert autour de la réforme des retraites, dont les discussions ont eu repris le 10 octobre, entre les partenaires sociaux et Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire à la réforme. Ce changement de calcul fera basculer, si tout se déroule selon les prévisions du gouvernement, le calcul des retraites à partir de 2025 et mettra fin à un régime vieux de plusieurs décennies. De 42 régimes différents et autant de modes de calcul, on passera à un simple et unique calcul, avec des exceptions marginales. "Simplification", "lisibilité"... le gouvernement et ses représentants n'ont pas manqué de souligner les avantages que comportent les réformes à venir.

Le point, un indice plus facile à baisser ?

Adieu, donc, au semestre cotisé, ou "annuité", dont l'accumulation permettait, par exemple, d'ouvrir les droits à la  retraite à hauteur de 50% du salaire moyen des 25 années les mieux payées ou des six mois les mieux payés pour les fonctionnaires. Place donc au point, système dans lequel chaque euro versé ouvrira la porte aux mêmes droits, quel que soit le statut du travailleur. Cumulés au fil de la carrière, leur nombre déterminera le montant de la pension. Un calcul qui ne prend plus en compte les meilleures années de salaire et amènerait donc, selon certains syndicalistes et opposants à la réforme, à une baisse mécanique des pensions. 


Parmi ces détracteurs : FO, la CGT, dont la représentante Catherine Perret accuse le gouvernement de "poursuivre le même but" qu'avec les précédentes retraites : "Faire baisser mathématiquement les pensions des Français". Mais ces derniers trouvent un allié de circonstance en la personne de... François Fillon. Auteur de la dernière réforme d'ampleur des retraites, l'ancien premier ministre avait fait, alors qu'il faisait campagne pour devenir le champion de la droite en 2016, ce constat face à une assemblée de dirigeants d'entreprise : "Le système de retraite par points, j'y suis favorable. Mais il ne faut pas faire croire aux Français que ça va résoudre le problème des retraites. Le système par points, ça permet une chose : baisser chaque année la valeur du point et, donc, le niveau des pensions.

Henri Sterdyniak, économiste à l'OFCE et membre du collectif des Economistes atterrés, ne dit rien d'autre à LCI : "Contrairement à aujourd'hui, où le système d'annuité veut qu'on verse comme pension 75% de son salaire à un fonctionnaire et 50% à un salarié du privé, là, le gouvernement va gagner en souplesse. On peut changer la valeur du point et alors, baisser le niveau des pensions." 


Un lien auquel on a du mal à croire, du côté de la CFDT. "Aucun régime n'a jamais protégé d'un coup de Jarnac sur le niveau des pensions, relève auprès de LCI Frédéric Sèves, le négociateur en charge des retraites. Penser qu'un régime en annuités protège davantage les travailleurs que les points, c'est n'importe quoi. La preuve, les caisses complémentaires de l'Agirc-Arrco, qui fonctionnent par points, vont revaloriser les pensions." Pour la première fois depuis 2013, une hausse du point de 0,6% est en effet prévue en novembre, a annoncé l'organisme. Le représentant du syndicat réformiste enfonce même le clou : "Il y a tellement de paramètres qui rentrent en compte dans ce calcul... le changement de technique n'explique pas tout." En effet, fin septembre, les retraités s'étaient faits entendre après que le gouvernement avait annoncé que les pensions ne seraient pas revalorisées à hauteur de l'inflation et entraîneraient alors du pouvoir d'achat.

Jean-Paul Delevoye, lui, soutient que sa réforme n'entraînera rien de ces effets, soulignant les nouveautés qui accompagnent le passage au nouveau système. Par exemple, le fait qu'il prévoie l'intégration des primes des fonctionnaires, ou que la grossesse, l'arrivée d'un enfant dans un couple, vaudront des points aux parents de la même façon (le système actuel prévoyait un traitement favorable au privé par rapport au public). Invité le 11 octobre sur France Inter, il convenait toutefois que, dans certaines situations, cela restera insuffisant pour assurer un niveau de pension convenable : "Le niveau de retraite est en relation avec le niveau du salaire. [...] Les enseignants ne sont, par exemple, peut-être pas assez rémunérés. Il leur faudra une politique salariale plus favorable." Un conseil qu'apprécieront certainement les intéressés, mais qui ne sera pas réglé avec la réforme des retraites.

Le point, retardateur de retraite ?

A défaut de faire baisser les pensions, le calcul par point pourrait-il inciter à travailler plus longtemps ? Chaque point cotisé augmentant la pension, l'hypothèse prend bien de l'épaisseur. Si la question de l'âge "minimum" - celui à partir duquel les droits des travailleurs s'ouvrent - est réglée à hauteur de 62 ans, celle de l'âge réel, elle, reste encore en suspens. Le système des annuités laissait à la loi le soin d'ouvrir ce droit et d'imposer les systèmes de décote ou de surcote. Jean-Paul Delevoye vante un système à points, qui laisse le travailleur faire "un choix personnel" entre un départ en retraite aussi tôt que possible et un départ plus tardif, pour avoir une pension plus intéressante : "Bien sûr. [...] C'est au travailleur de faire son arbitrage".

Une réponse qui ne satisfera pas les opposants à la réforme. Notamment FO, qui estime que "cette 'liberté de choix' n'en est pas une pour tous ceux qui n'ont pas eu la chance d'avoir une carrière linéaire et qui devront, s'ils le peuvent, continuer à travailler pour prétendre à une retraite un tant soit peu décente." Du côté de la CGT, l'interrogation de l'âge demeure, malgré les annonces du haut-commissaire : "Le projet ne dit rien et n'apporte aucune garantie", regrette la centrale dans un communiqué. La CFDT aussi se pose quelques questions, mais en restant prudente, indique Frédéric Sèves : "On ne veut pas de mesure d'âge. C'est punitif, c'est injuste et ça pénalise ceux qui ont commencé à travailler tôt." C'est-à-dire un non définitif à l'âge-pivot, évoqué par le Medef mais pour l'instant pas envisagé par l'exécutif. 


Le projet de loi devant arriver à l'Assemblée à l'été 2019 au plus tôt, les participants à la réforme auront tout le temps de se pencher sur le sujet.

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