Retraites : les blocages et les grèves peuvent-ils renverser l’opinion ?

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Les grèves contre la réforme des retraites d'Emmanuel Macron

INTERVIEW - Malgré un tassement dans l'opinion, une majorité de Français soutient toujours la mobilisation contre la réforme des retraites. Pour le politologue Stéphane Rozès, président de Cap (Conseils, analyses et perspectives), deux facteurs détermineront l'avenir de cette réforme : la mobilisation syndicale et son soutien dans l'opinion.

Après huit jours de mobilisation, les Français persistent. Malgré un léger tassement après les annonces d'Edouard Philippe mercredi, ils restent majoritairement favorables au mouvement de contestation de la réforme des retraites, selon les derniers sondages réalisés. Si, dans le détail, une majorité de mesures annoncées par le gouvernement sont bien accueillies, l'instauration de l'âge pivot à 64 ans apparaît comme un élément repoussoir de cette réforme. 

Alors que le mouvement semble devoir se poursuivre jusqu'aux vacances de Noël, voire au-delà, le regard des Français sur la grève pourrait être déterminant. C'est en tout cas le point de vue de Stéphane Rozès, président de Cap (Conseils, analyses et stratégies), qui a fait ses armes lors de la grande mobilisation de 1995. Le politologue nous livre son point de vue sur la situation actuelle.  

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LCI : Les blocages et les grèves peuvent-ils renverser l’opinion en faveur ou en défaveur d’une réforme ?

Stéphane Rozès : Sur ce sujet, le point de référence reste le mouvement de 1995. Le pays avait été bloqué pendant deux mois et l’économie tournait au ralenti. A l’époque, l’opinion avait fait “grève par procuration”, selon l’expression que nous avions utilisée. Deux tiers des Français avaient ainsi soutenu le mouvement jusqu’au bout. Au-delà des revendications portées alors par les syndicats, il y avait une adresse sur le sens des politiques menées alors par Jacques Chirac, qui avait été élu sur le thème de la “fracture sociale”, mais était revenu aux politiques de désinflation compétitive de ses prédécesseurs. 

LCI : Emmanuel Macron, lui, avait annoncé la réforme des retraites durant sa campagne...

Stéphane Rozès : Le marqueur de la période actuelle est le mouvement des Gilets jaunes. L’élection d’Emmanuel Macron a correspondu à un moment bonapartiste. Au début du quinquennat, les Français consentaient aux réformes afin de remettre le pays en marche et rétablir la souveraineté nationale sur le plan européen. Le refus par Angela Merkel du plan de relance européen porté par Emmanuel Macron a modifié cette perception. Nous sommes aujourd’hui dans un contexte où le pays ne sait toujours pas si les efforts consentis renforcent notre modèle ou participent au contraire à son délitement. 

La fissure du front syndical serait un bon indicateur- Stéphane Rozès

LCI : Comment interpréter l’évolution actuelle de l’opinion sur la réforme des retraites ?

Stéphane Rozès : Les premiers sondages ont montré que les Français soutenaient majoritairement le mouvement, même si l'on a observé un léger tassement après les annonces d'Edouard Philippe. Ce n’était pas le cas lors des réformes du travail et de la SNCF. La réforme des retraites est particulièrement complexe. Dans ce genre de cas, l’opinion a tendance à déléguer aux partenaires sociaux le soin de rééquilibrer les propositions. Quand la CFDT entre dans l’opposition à la réforme, elle laisse penser à l’opinion que cette réforme est injuste. 

LCI : La CFDT s’oppose en particulier à l’âge pivot à 64 ans. Retirer cette mesure spécifique pourrait-il renverser l’opinion en faveur de la réforme ?

Stéphane Rozès : C’est une question complexe. En 1995, j’avais observé, comme sondeur, que les Français soutenaient les mesures du gouvernement quand elles étaient présentées une à une. Inversement, ils rejetaient les réformes dans leur globalité. J’en avais déduit ce principe de la “grève par procuration”. Les Français ne manifestaient pas tant une adhésion aux revendications matérielles des organisations syndicales que sur le sens général de la réforme. Cela dit, si le gouvernement recule sur la question de l’âge d’équilibre de départ à la retraite, la CFDT pourra se retirer du mouvement et il y aura alors une forte probabilité pour que l’opinion soutienne la réforme. La fissure du front syndical serait un bon indicateur pour l’opinion. 

LCI : L’état de l’opinion est-il déterminant pour l’avenir de cette réforme ?

Stéphane Rozès : Il y a deux variables. La première, c’est la combativité syndicale et la capacité à bloquer le pays avec un impact économique négatif. La seconde, c’est de savoir s’il y a grève par procuration ou pas. La réforme peut échouer si un blocage du pays se poursuit dans la longueur, avec un effet économique négatif et avec le soutien de l’opinion. A l’inverse, le pouvoir mise sur un essoufflement du mouvement et sur la fin de la grève par procuration. Je pense qu’il sera plus facile pour lui d’obtenir un essoufflement du mouvement syndical qu'un affaiblissement du soutien de l’opinion.

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