Saint-Malo : deux salariés de Cora licenciés pour avoir refusé de travailler le dimanche

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LICENCIEMENT - L'enseigne de grande distribution Cora a licencié pour "faute grave" deux salariés de son magasin de Saint-Malo, en Bretagne, après leur refus de travailler le dimanche matin. Soutenus par la CFTC, ils attaqueront leur ex-employeur devant le conseil des prud'hommes pour licenciement sans cause réelle ni sérieuse.

"Tu viens ou on te vire" : voilà le mot d'ordre du groupe Cora concernant le travail dominical, selon Cyrille Lechevestrier, délégué syndical CFTC et employé du supermarché Cora de Rennes. "Il n'y a pas de concertation, pas de volontariat, dans tous les Cora c'est le même discours, tu acceptes de travailler le dimanche, ou c'est la porte". Et pour Christelle, salariée du magasin de Saint-Malo, cela a été la porte. Elle et un autre employé du même établissement ont été licenciés le 26 avril, avec comme motif de "faute grave" l'insubordination, pour refus de travailler le dimanche. L'affaire, d'abord révélée par Europe 1, met en cause l'enseigne de grande distribution, déjà connue pour des faits similaires en 2015.

Un licenciement sans avertissement préalable

Christelle était une employée polyvalente du Cora de Saint-Malo depuis dix-huit ans. Lorsqu'on lui annonce que "le dimanche, c'est obligatoire, c'est comme ça", elle répond systématiquement qu'elle ne s'y pliera pas. Même quand on lui rétorque que le directeur "dit que c'est la loi Macron et que vu la conjoncture actuelle, c'est son gagne-pain, dit-elle à Europe 1. C'est ça ou on prenait la porte directement."


Dans son courrier de licenciement signé par le directeur du magasin, Christelle a pu lire : "Les explications recueillies auprès de vous lors de notre entretien ont été claires et vous avez mentionné le refus total de venir travailler le dimanche matin. Au vu de ces éléments, je me vois contraint de vous notifier votre licenciement immédiat pour faute grave". Christelle se dit "dégoûtée et en colère" depuis l'annonce. "Faute grave ? Refuser de venir travailler le dimanche, ce n'est pas une faute grave", estime-t-elle. "Je ne pensais pas qu'on m'aurait virée comme ça au bout de dix-huit ans de boîte. (...) Se faire jeter comme une malpropre… Ça me sidère, ça me met hors de moi", a-t-elle confié à Europe 1


Cyrille Lechevestrier confirme ses propos : "Nous étions déjà en contact car elle refusait depuis un moment de travailler les dimanches. Mais ça s'est passé du jour au lendemain, elle n'a pas eu d'avertissement, rien." Le délégué syndical nous confirme également qu'un autre employé du magasin de Saint-Malo a été licencié pour les mêmes raisons, après huit ans chez Cora.

Ni volontariat, ni avenant à leur contrat de travail

"Moi cela me choque un peu, on ne se soucie pas des gens qui doivent venir sans transports en commun, ou qui doivent faire garder leurs enfants", commente Cyrille Lechevestrier. Ce nouvel aménagement d'horaires oblige notamment certains employés à travailler onze ou douze jours d'affilés, étant déjà prévus au planning du lundi au samedi.


Ayant été licenciés pour faute grave, les deux salariés ne bénéficient d'aucun préavis ni indemnité de licenciement. Ils veulent attaquer leur employeur devant le conseil des prud'hommes pour "licenciement sans cause réelle ni sérieuse", et pourront compter sur l'aide juridique de la CFTC.


En effet, selon François Macquaire, défenseur du syndicat, "le salarié a tout à fait le droit de refuser de travailler un jour de repos". D'autant plus qu'aucune mention de travail dominical ne figure sur leur contrat de travail, et il n'y a eu aucun avenant aux contrats de travail des 230 salariés du magasin. La direction du Cora a pourtant décidé d'ouvrir tous les dimanches matins depuis le mois de mars 2018, imposant aux employés de venir travailler six dimanches par an, en se référant à la loi Macron. Aucun volontariat n'a été pratiqué. Une décision qui a fortement déplu à la quasi-totalité des employés, comme le rapportait Ouest France l'année dernière.

Une affaire similaire à Saint-Quentin

La direction du Cora de Saint-Malo n'a pas donné suite à nos sollicitations, mais le groupe a déjà dû se présenter devant la justice pour une affaire similaire. Comme le rapporte le Courrier Picard, sept employés du Cora de Saint-Quentin ont été licenciés en octobre 2015, trois mois après avoir refusé de signer un avenant à leur contrat de travail pour travailler le dimanche. L'affaire a été plaidée fin novembre devant le conseil des prud'hommes, qui devrait rendre sa décision cette année. Le groupe avait alors défendu avoir renvoyé ces personnes pour un motif économique. Mais le fait que les sept licenciés soient les seuls n'ayant pas signé l'avenant sur les 189 employés du magasin de Saint-Quentin rend la coïncidence peu probable. 

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