"Si je n'y allais pas maintenant, je n’aurais plus eu le courage de le faire" : Valérie, violée par son mari et accueillie dans un centre spécialisé à Bruxelles

"Si je n'y allais pas maintenant, je n’aurais plus eu le courage de le faire" : Valérie, violée par son mari et accueillie dans un centre spécialisé à Bruxelles

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TÉMOIGNAGE - Soins médicaux, aide psychologique, dépôt de plainte : le centre de prise en charge des victimes de violences sexuelles de Bruxelles regroupe en un seul et même endroit tout ce dont ont besoin les hommes, femmes et enfants abusés sexuellement. LCI a rencontré une victime qui nous explique comment cette structure a joué un rôle fondamental dans sa démarche.

"Il venait de me pénétrer alors que j’étais à moitié endormie. Il dormait profondément, j’étais en pleurs à côté de lui. Alors je suis sortie du lit, j’ai pris la voiture, et j’ai roulé jusqu’ici." Cette nuit d’avril 2018, aux environs de 4 heures du matin, Valérie a débarqué au Centre de prise en charge des victimes de violences sexuelles (CPVS) de Bruxelles, bouleversée, pleine de bleus, après une énième dispute avec son mari. Celle de trop.

Les conflits entre Valérie et celui qui partage sa vie depuis vingt ans sont récurrents. "C’est toujours le même schéma : on se dispute, on en vient parfois aux mains, et puis le soir il décide d’avoir des rapports sexuels" explique la mère de trois enfants. "Il va insister, je vais le repousser, il va recommencer. Jusqu’à obtenir ce qu’il veut. Mais ce jour-là, c’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase" nous explique Valérie dans une pièce de repos sombre et impersonnelle du CPVS. 

"Maintenant ou jamais"

"J’ai d’abord téléphoné. On m’a dit que je pouvais aussi venir plus tard, vers 7 heures du matin. Mais pour moi, c’était maintenant ou jamais. Je leur ai répondu que si je ne passais pas maintenant je n’aurais plus le courage de le faire." La possibilité de venir en pleine nuit, alors que les lieux sont calmes et le fait que le risque de croiser quelqu’un est moins important qu’en journée a convaincu Valérie.


"Une fois sur place, l’infirmière a fait des photos, m’a fait un frottis. J’ai été très bien accueillie par une personne compétente et à l’écoute. Je n’ai pas porté plainte pour viol lors de cette visite. Je me suis laissé encore le temps de la réflexion" reconnaît Valérie, qui a déjà porté plainte pour coups et blessures et harcèlement contre son conjoint. "Il me reste six mois avant que mes échantillons soient détruits par le CPVS." 

"Avoir quelqu'un au bout du fil 24/24h est très rassurant"

Une fois de retour chez elle, Valérie n’a pas coupé les liens avec le centre. Elle y est revenue pour parler à une psychologue, et a souvent appelé pour faire part de ses doutes et poser les questions qui la tourmentaient. "Quatre ou cinq jours plus tard, j’ai téléphoné pour savoir si mes échantillons de frottis étaient toujours là, s’il n’y avait pas de risques qu’ils se perdent au cas où je souhaiterais porter plainte. Pouvoir parler à quelqu’un 24/24h est très rassurant. Notamment la nuit, lorsque les cauchemars reviennent."


"Sans le CPVS, je n’aurais pas fait cette démarche" assure Valérie. "J’aurais fait comme d’habitude, je serais allée chez mon médecin généraliste qui aurait consigné les faits et m’aurait fait un certificat médical" Comme elle, le centre a accueilli quelques 500 personnes en un an. Les victimes viennent y trouver des soins médicaux, une aide psychologique, et ont la possibilité de faire des prélèvements médico-légaux et de porter plainte.

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