"Si tu veux pas le faire, je vais le dire à tout le monde" : chez les ados, le consentement aux abonnés absents

"Si tu veux pas le faire, je vais le dire à tout le monde" : chez les ados, le consentement aux abonnés absents

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CONSENTEMENT - Selon les chiffres de Santé Publique France révélés ce mardi, 8% des jeunes femmes âgées de 15 à 17 ans ont déjà été confrontées à des rapports sexuels forcés, ou tentatives de rapports forcés. Comment les personnes directement en contact avec les élèves sur ces sujets, médecins, infirmiers et infirmières en milieu scolaire, appréhendent-elles la situation ?

Une nouvelle campagne pour sensibiliser au consentement. L'agence Santé Publique France dévoile ce mardi 23 octobre le lancement de la campagne "Ok, pas Ok", via la plateforme onsexprime.fr, visant à parler de respect et de consentement mutuel dans les rapports sexuels des jeunes. 


A l'origine de cette initiative, des chiffres alarmants publiés par le Baromètre santé 2016, selon lequel plus d'une femme sur dix (10.7%)  auraient cédé aux attentes de leur partenaire lors de leur premier rapport sexuel, contre 6,9% des hommes. Parmi les jeunes femmes sondées, 1,7% indiquent même avoir été forcées, donc violées. Par ailleurs, chez les 15-17 ans, 8% des jeunes femmes ont déjà été confrontées à des rapports forcés ou tentatives de rapports forcés. 

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LA CULTURE DU VIOL, C'EST QUOI ?

Menaces et chantage

L'âge médian de l'entrée dans la sexualité se situant aux alentours de 17 ans pour les garçons et les filles, le sujet est naturellement présent au sein des établissements scolaires. Aux premières loges de ces questionnements figurent alors les personnels de santé dans les lycées, que nous avons voulu sonder. Car l'absence ou la négligence du consentement sont une réalité dans leur travail. "Ces chiffres, je ne peux pas vous les confirmer, mais c'est effectivement quelque chose qui me parle et qui parle à la plupart des infirmiers et infirmières de l'Education nationale" explique à LCI Annie Routier, secrétaire nationale du SNIES, syndicat national des infirmiers et infirmières éducateurs de santé. 


Elle poursuit : "Lors des consultations individuelles, il est par exemple déjà arrivé que des jeunes femmes rapportent des faits de chantage, des menaces comme, 'si tu ne veux pas le faire, je vais le dire à tout le monde'." Et dont le pendant, dans une sorte de continuum de la violence, "est ensuite le cyberharcèlement ou la diffusion de propos ou de photos sur les réseaux sociaux..."

Signalement, plainte et conseil de discipline

Des formes de violences sexistes, passibles de poursuites, qui font l'objet d'une procédure bien définie. "On est dans le cadre de la protection de l'enfance en danger et généralement cela aboutit à un signalement auprès du Procureur de la République. Les assistants sociaux de l'établissement sont prévenus, ainsi que les parents si les violences ont lieu hors du cadre familial et à qui on conseille de porter plainte. Enfin, une procédure en interne à l'établissement peut aboutir à un conseil de discipline."


Mais ces cas graves ne sont pas les uniques motifs de consultation des jeunes femmes, à l'infirmerie du lycée, après un rapport sexuel. Xavier Guillobez, médecin scolaire en Côte-d'Or et secrétaire adjoint de la Snamspen (syndicat autonome des médecins de l'Education nationale), précise d'ailleurs à LCI que les jeunes femmes ne consultent généralement pas pour parler  de consentement. "Elles viennent plutôt pour des questions de contraception, de pilule d'urgence ou de test de grossesse" dit-il. De son côté, Annie Routier confirme : "De manière générale, elles viennent souvent avec la peur qui suit un rapport non protégé". L'infirmière poursuit : "Notre discussion va être l'occasion d'évoquer les problématiques du consentement, de lui rappeler qu'elle est entière maîtresse de ses décisions". Le médecin ajoute : "Il est clair que le personnel est formé pour faire dans ces cas-là des points complets sur les MST mais aussi le consentement et le droit de dire non."

"Oui, mais elle m'a chauffée..."

Et puis, il y a les garçons. Car en matière d'éducation sexuelle, c'est aussi (et surtout) auprès d'eux qu'il faut travailler. "Ce qu'on essaie de leur apprendre, c'est d'être bien sûr et certain du consentement de leur partenaire. Mais il faut leur ouvrir les yeux, quitte à passer par un rappel à la loi : en gros, leur expliquer ce qu'ils encourent si la relation sexuelle n'est pas consentie. Régulièrement, on a des remarques du type : 'Oui, mais elle m'a chauffé...' ce genre de choses." 


Des mises au point qui sont souvent réalisées lors des cours d'éducation sexuelle, à raison de trois séances annuelles, en partenariat avec des professeurs comme des associations extérieures. "Lors de ces modules, on parle de consentement bien sûr mais aussi de relationnel, d'affectif. En fait, on essaie de remettre de la réalité dans tout ça" précise encore Annie Routier. 


Mais encore faut-il que ces séances aient lieu. Et sur ce point, la tenue des cours d'éducation sexuelle semble varier selon la localité. Si notre infirmière de l'académie de Versailles soutient que les modules se tiennent sans problème, le son de cloche est différent du côté du médecin en Côte-d'Or : "Il y a de grosses carences à ce niveau-là" assure Xavier Guillobez. "Les trois séances par an sont un strict minimum prévu par la loi, mais selon les collèges et les lycées, si une seule a lieu dans l'année, c'est déjà pas mal..." D'ailleurs, le sujet est pris en compte par les autorités : Marlène Schiappa et Jean-Michel Blanquer ont dernièrement réclamé un audit pour évaluer la récurrence de ces séances d'éducation à la sexualité, au monde affectif, mais surtout au consentement. 

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