Stages de fin d'année annulés : ces étudiants écoeurés d'être les "promotions coronavirus"

Stages de fin d'année annulés : ces étudiants écoeurés d'être les "promotions coronavirus"
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SUR LE CARREAU - La pandémie de Covid-19 a des conséquences économiques, dont de nombreux étudiants pâtissent. L'annulation ou le report de leur stage en entreprise chamboule leur fin d'année, l’obtention de leur diplôme et leurs plans pour l’année prochaine.

Stages écourtés, reportés ou annulés : parmi les dommages collatéraux de la pandémie, des milliers d’étudiants ne pourront pas effectuer leur période en entreprise de fin d’année, pourtant primordiale pour la suite de leurs études. Selon la décision de chaque école et université, certains stages sont remplacés par des examens théoriques à distance, sur lesquels les étudiants ont peu de précisions. D’autres restent obligatoires pour valider l’année, repoussant de plusieurs mois l’obtention des diplômes. Dans les deux cas, les témoignages de candidats démoralisés ont afflué à LCI.

"J’ai fait six ans d’études, pour finir par trouver le stage de mes rêves, dans la ville de mes rêves, j’allais être diplômée dans l’été et peut-être embauchée dans la foulée. Et la pandémie a tout bousillé", se désole notamment Louise*. Cette étudiante en école de commerce parisienne s’était battue, pour trouver ce poste d’assistante de production de défilés de mode, à New York. Son stage, débuté en janvier, elle en a "profité deux mois à peine, sur les six initialement prévus" avant d’être obligée de rentrer en France. "On a d’abord été mis en confinement, donc en télétravail", puis il a fallu se rendre à l’évidence : "tous nos événements étaient annulés ou repoussés, on n'avait plus de travail, les licenciements ont commencé, j’ai tout perdu", raconte Louise. La même déception est palpable dans le récit de Marine, étudiante en gestion de projets culturels à l'université de Toulon, qui préparait son stage depuis novembre dernier. "Je devais être chargée de communication dans un théâtre au Quebec, je n’attendais que ça ! C’était un projet de longue haleine, qui a nécessité des mois de préparation", précise-t-elle. "Lorsque j’ai appris la fermeture des frontières, j'ai eu l'impression que le sol s'effondrait sous mes pieds". D'ici la reprise des vols internationaux, son autorisation d’accès au territoire canadien sera expirée.

Le stage remplacé par un énième devoir théorique ?

Marine, confinée dans le sud de la France, a pu rebondir en trouvant un stage en télétravail, dans une entreprise de la région où elle avait déjà travaillé. "Cela m’a enlevé un poids, mais je ressens, comme beaucoup je pense, énormément d'amertume car mon projet m'a filé entre les doigts". Comme Romane, qui devait s’envoler pour Barcelone. Elle y avait décroché un stage de trois mois dans un laboratoire universitaire, après une deuxième année réussie dans son DUT chimie, à Orléans. "J’ai perdu 700 euros et l’opportunité d’avoir une expérience professionnelle, essentielle dans mon cursus", regrette-t-elle. "D'autant plus que je postule actuellement pour des écoles, pour ma poursuite d’études, et que cela jouera dans mon dossier. Je suis terriblement angoissée sur mon avenir en tant qu’étudiante", confie-t-elle. Son école lui a proposé d’effectuer un travail bibliographique pour clore son semestre et commencer à temps sa rentrée prochaine. "Mais c’est bien moins intéressant, et on en fait assez dans l’année, alors je continue de chercher un stage".

Morgane*, de son côté, n’a pas le choix. Etudiante en deuxième année de Techniques de commercialisation, son stage devait être "un atout majeur" pour l’obtention de son diplôme. Le secteur du commerce étant bouleversé par la crise sanitaire, il faudra faire sans. "Sauf que l’oral de compte-rendu du stage a le plus gros coefficient de notre moyenne, donc il nous faut absolument cette note pour valider le diplôme. Quitte à passer une épreuve qui n’a aucun rapport", explique-t-elle, peu convaincue. "Notre IUT estime qu’une expérience professionnelle de deux mois équivaut à une soutenance de 30 minutes à distance sur l’ensemble de nos matières". Morgane et ses camarades de promo s’inquiètent de ce trou dans leur CV : la plupart cherchait une alternance pour l’année prochaine. "Mais comment faire le poids face à une demande toujours plus accrue quand on n'a aucune expérience professionnelle ?", questionne l’étudiante.

Ou une année universitaire décalée sur la suivante ?

Conscientes de l’importance de cette expérience du monde du travail pour leurs élèves, plusieurs universités ont décidé d’autoriser le report des stages d’été jusqu’à fin 2020, voire jusqu’en 2021. Louise, loin de son rêve New-Yorkais, veut pourtant absolument éviter ça. Réfugiée chez ses parents en Normandie, elle lutte pour faire valider son stage, et donc son année, auprès de son école. Sinon, il lui faudra "en trouver un autre en dernière minute, alors que le secteur est au point mort". Cela signifierait mettre son diplôme en suspens, puis lorsque l’activité reprendra, entrer sur le marché du travail en même temps que les promotions suivantes, avec une concurrence accrue. Pour elle, ce serait la double peine. 

Même décision pour Victoria. Dans sa licence 3 de Marketing et Management à Amiens, seuls les stages pouvant se dérouler en télétravail ont été maintenus. "Ceux pour qui ce n’était pas possible, dont moi, se sont retrouvés sans rien", raconte-t-elle. Son université propose bien de décaler les stages à cet été. "Sauf que cela signifiait que je passerai ma soutenance en septembre, impossible pour demander des contrats d’alternance et candidater aux masters". Seule alternative pour valider "écrire un mémoire sur un thème de notre choix, sans encadrement ni méthodologie, qui ne m'apportera ni expérience, ni savoir, ni salaire", continue la jeune femme. 

Car une autre conséquence de ces reports de stage est la situation financière précaire provoquée par l'épidémie. Anne*, en licence professionnelle dans le domaine du social à Beauvais, nous indique que "la majeure partie de la promo se retrouve dans une position très compliquée" au vu des nouvelles modalités de fin d'année votées par son université : minimum de 8 semaines de stage d'ici le mois de décembre. "Cette décision met clairement en péril la plupart d'entre nous pour des raisons économiques : certains ont un emploi saisonnier prévu durant l'été, d'autres doivent absolument chercher un emploi à la rentrée", assure Anne.

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Entre la déception de ce stage raté et le stress des mois qui arrivent, ces étudiants et étudiantes relativisent malgré tout face à la gravité de la situation. Elisa, en troisième année de génie civil à Polytech Orléans, a manqué l’opportunité d’effectuer un stage ouvrier, "très recommandé en tant que futur ingénieure". Si elle comptait dessus "pour apprendre un peu plus le métier", elle ne se désespère pas : "Lors de mes futurs entretiens d'embauche, la pandémie sera forcément prise en compte donc, je suis un peu frustrée mais je me dis que je ne suis pas la seule dans cette situation".

*Les prénoms ont été modifiés à la demande des étudiantes.

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