Suicide dans les rangs des forces de l'ordre : des chiffres alarmants

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SOCIAL - Plusieurs syndicats de police tirent à nouveau la sonnette d'alarme et appellent les autorités à réagir après deux nouveaux suicides dans les rangs des policiers, la semaine dernière. Ce vendredi, le ministre de l'Intérieur a annonce la mise en place d'une "cellule de vigilance".

Une nouvelle fois, la sonnette d'alarme est tirée. Des syndicats de police ont appelé ce mardi 9 avril, à une "union sacrée" autour de "la spirale dramatique" qui secoue les rangs des forces de l'ordre. Depuis le début de l'année, un décompte macabre fait état de 24 suicides enregistrés dans les rangs de la police nationale, et deux au sein de la gendarmerie. En 2018, 35 policiers et 33 gendarmes s'étaient donné la mort. 


Face à ces chiffres alarmants, Unité-SGP-FO appelle à une réunion commune "qui devra aboutir sur des projets concrets". "Seule l'unité obligera l'administration à enfin réagir, à se mettre en face de ses responsabilités et à rechercher les véritables causes de ces drames", assure Unité-SGP-FO dans un communiqué. 

Si les syndicats sont préoccupés, c'est que ce chiffre de 24 suicides avait été atteint en 2018 seulement au mois d'août, selon l'Unsa Police. Alternative Police-CFDT souligne que c’est un policier qui "se suicide tous les quatre jours" depuis le début de l'année. Les deux syndicats incriminent la passivité de l'administration et "le management vertical" au sein de l'institution. Un fléau dont la hiérarchie ne semble pas réellement prendre la mesure, assurent les syndicats. Ou du moins pas à travers le bon prisme. 


Unité-SGP-FO juge pour sa part "intolérable" de réduire les passages à l'acte des policiers à "des problèmes personnels". Pour le syndicat, l'administration doit prendre "ses responsabilités et rechercher les véritables causes de ces drame" qui sont, selon lui, révélateurs de dysfonctionnements importants, le suremploi entraînant une fatigue et un état moral dégradé. 

Castaner annonce "une cellule de vigilance"

Estimant que les suicides dans les rangs des forces de l'ordre n'étaient pas "une fatalité", le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a annoncé "la mise en place d'une cellule de vigilance" dans les quinze jours. En visite dans un hôpital des gardiens de la paix, il a déclaré qu'il s'impliquerait personnellement pour faire face à ces problématiques. "Il faut mettre les bouchées doubles. La responsabilité est trop forte. Ce sujet me tient à cœur, il est au cœur de trop de gendarmes, de policiers, de familles (...) Je compte sur une mise en place irréprochable de ce plan, j'y veillerai personnellement", a-t-il affirmé, considérant que "la police et la gendarmerie ne sont pas malades du suicide". 


Cette cellule devrait comporter une écoute téléphonique 24h/24 pour signaler les risques. Elle permettra ensuite, selon le ministre, de sensibiliser chacun par des "séances de formation", "simplifier les systèmes actuels, les rendre plus accessibles à tous" et entre autres, "améliorer le suivi psychologique, médical et social dans la durée, en particulier pour les agents les plus exposés". 

On demande qu'on s'attaque aux conditions de travailDenis Jacob, syndicat Alternative-Police Nationale

"Toutes les démarches et les annonces sont bonnes à prendre, au moins on sait que l'administration est au fait des suicides. On demande qu'on s'attaque aux conditions de travail (...) On fait le lien avec ce qui se passe depuis quatre ans en France. On a une accumulation : le G7, les attentats, les manifestations contre la loi El Khomri... il y a une fatigue physique, il y a un épuisement moral, des collègues craquent et passent à l'acte", a réagi Denis Jacob, du syndicat Alternative-Police Nationale auprès de LCI. 

Si les contours de cette cellule restent pour l'instant relativement flous, d'autres locataire de Beauvau avaient déjà pris des mesures pour tenter d'endiguer le phénomène. En 2015, Bernard Cazeneuve avait ainsi présenté un plan de 23 mesures (recrutement de psychologues, redynamisation des cellules de veille, nouveaux cycles de travail...) destinées à prévenir le suicide. Fin 2017, un nouveau pic de suicides au sein des forces de l'ordre avait conduit Gérard Collomb à réunir les syndicats policiers, sans que les discussions n'aboutissent à de nouvelles mesures tangibles.  

"Des facteurs aggravants"

En 2018, un rapport sénatorial avait déjà mis en lumière "un taux de suicide plus élevé que la moyenne nationale" chez les policiers. En effet, le taux de suicide est 36% supérieur à celui de la population. Elle est même supérieure à celui des agriculteurs, dont la surmortalité se situe pourtant 20 à 30% au-dessus de la moyenne. 

Le rapport s'appuyait notamment sur une étude éclairante du Dr Gaëlle Encrenaz, auteure d'une étude sur le sujet, qui montrait que la totalité des fonctionnaires de police s'étant donnés la mort présentait les signes d'une détresse psychologique. "À l'exception d'un cas, les symptômes observés permettaient d'établir un diagnostic de trouble psychiatrique, notamment de dépression", explique le rapport. "Les difficultés propres aux forces de sécurité intérieure, comme la proximité avec la mort, les rythmes de travail décalés, ou encore le poids de la hiérarchie constituent indéniablement des facteurs aggravants qui contribuent à expliquer cette prévalence du suicide en leur sein."


Et de pointer du doigt l'administration : "Les risques psycho-sociaux au sein des forces de sécurité n’ont été traités comme des priorités que de manière tardive et les mesures prises n’ont pas été suivies avec une continuité suffisante." Les parlementaires notaient que les mesures mises en place ne pourraient fonctionner seulement si la hiérarchie se montrait davantage "à l'écoute des subordonnés" afin de mieux détecter les "syndromes d'épuisement professionnel". 

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