Suicides dans la police : "Endiguer ce fléau ne consiste pas seulement à repérer les agents fragilisés"

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SOCIÉTÉ - Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a annoncé lundi 9 septembre la mise en place d'un nouveau numéro vert pour lutter contre la vague de suicides qui sévit dans les rangs policiers. Insuffisant, juge auprès de LCI le syndicat Alliance.

"Être fort c'est aussi demander de l'aide" : le ministère de l’Intérieur a dévoilé ce lundi les contours d’une vaste campagne de communication. L’enjeu est crucial : freiner la vague de suicides qui, depuis plusieurs mois, sévit dans les rangs policiers. Depuis le 1er janvier, 48 agents de la police nationale et 12 gendarmes ont mis fin à leurs jours. Essentiellement des hommes, mais aussi des femmes, explique à LCI Frédéric Galéa. Selon le délégué national à la qualité de vie et de travail pour le syndicat Alliance, seul un "plan massif" permettrait d'inverser d'endiguer ce phénomène.

"Depuis 2017, les agents les plus concernés sont ceux ayant plus de 35 ans. Ce sont majoritairement des hommes (95%), même si on observe d’avantage de femmes cette année (5 depuis janvier)", constate Frédéric Galéa. Le syndicaliste constate qu'au sein des 35 ans et plus, les hommes ayant entre 35 et 44 ans représentent environ 50% des cas. Si des policiers mettent fin à leurs jours aux quatre coins de la France, Alliance a relevé qu'une vingtaine de suicides ont eu lieu en Ile-De France depuis le début de l'année. Notamment car une grande partie de l'effectif national (environ 40%) s'y trouve. Le dernier passage à l'acte illustre ces données : un policier de 31 ans, qui s'est donné la mort le 1er septembre en Seine-et-Marne. L'homme, en poste au sein du Service territorial de nuit (STN), a utilisé son arme de service.

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"Il n'y a pas de honte à connaître une fragilité"

Pour essayer de trouver une parade, le ministère de l'Intérieur a annoncé ce lundi la mise en place d'un numéro vert. Le policier désireux de recevoir une aide pourra ainsi appeler l'un des 70 psychologues mobilisés ou le contacter via une application. Il pourra ensuite être redirigé vers le réseau de psychologues de l'association Soins aux professionnels de Santé (SPS) pour un rendez-vous. "Il n'y a pas de honte à connaître une fragilité", a relevé le ministre Christophe Castaner, faisant valoir que "dans la police, être fort, c'est cacher sa faiblesse. C'est une vraie erreur".

Devant la presse, Christophe Castaner a rappelé que les deux numéros de téléphone désormais accessibles aux policiers s'intégraient à un programme plus vaste de prévention des suicides dans la police, qui entend notamment sensibiliser davantage l'encadrement à cette thématique. Mais pour Alliance, le compte n'y est pas. "Le gouvernement a une réponse chirurgicale là où il y a besoin de moyens massifs, estime Frédéric Galéa. Endiguer ce fléau ne consiste pas seulement à repérer les agents fragilisés, mais empêcher qu’ils se fragilisent. Ce sont des hommes et des femmes comme les autres, touchés par des problèmes personnels comme la maladie ou un divorce. Or, ces risques sont aggravés par une profession extrêmement violente, de plus en plus dure à cause de la délinquance, des mouvements sociaux ou le terrorisme."

"Des situations de travail déplorables"

Pour Frédéric Lagache, délégué général au sein d'Alliance, renvoyer le passage à l'acte à des causes purement personnelles est une erreur. "Quand vous n’êtes pas bien dans votre vie privée, cela se répercute sur la vie professionnelle. Et inversement. En l’occurrence, nous passons plus de temps au travail que dans notre sphère privée. Il faut que nos conditions soient donc exemplaires. Cela ne réglera pas la problématique des suicides à 100%, mais cela va y participer. Cela ne date pas de l'arrivée à l’Intérieur Christophe Castaner, on l’observe depuis des années, mais c’est à lui de gérer le problème."

L'épineuse question du suicide est en effet récurrente place Beauvau. En janvier 2015, Bernard Cazeneuve avait présenté une batterie de 23 mesures (recrutement de psychologues, redynamisation des cellules de veille, nouveaux cycles de travail…) pour lutter contre l'hécatombe. En mai 2018, réagissant encore à une vague de suicides, Gérard Collomb annonçait un nouveau programme approfondissant le plan précédent : accroître la réactivité lorsqu'est détecté un fonctionnaire sur le point de passer à l'acte, suivi et accompagnement des policiers présentant des signes de fragilité, par exemple en retour d'arrêt maladie. En 2019, Christophe Castaner appuie sur les mêmes leviers en y ajoutant les créations de ce numéro de téléphone et d'une "cellule alerte prévention suicide". 

Pour Alliance, le compte n'y est pas. "Les collègues en ont marre des intentions, louables, car ils ne voient pas les actes venir, juge Frédéric Lagache. Aujourd'hui, ils travaillent dans des situations déplorables. La problématique des suicides est en partie liée à cela." "N’oublions pas les tentatives de suicides : 48 depuis le début de l’année, renchérit Frédéric Galéa. Sauf que selon les statistiques, il y en a probablement eu d’autres. Nous ne voyons que le sommet de l’iceberg."

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