"Un profond malaise" : les gendarmes de Matignon dénoncent leurs conditions de travail dans une lettre anonyme

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COLÈRE - Dans une lettre anonyme publiée par L'Essor, le journal de la gendarmerie, les gardes républicains de Matignon dénoncent leurs conditions de travail qui provoquent un "profond malaise" dans leurs rangs. Ils évoquent des cas de burn-out, des malaises cardiaques ou vagaux...

On a peu l'habitude de les entendre. Et pour cause : ils sont soumis au devoir de réserve. Pour autant, comme dans de nombreux métiers de la fonction publique, les gendarmes de la compagnie de sécurité de l'Hôtel de Matignon tirent la sonnette d'alarme. Elle se présente sous la forme d'une lettre anonyme, publiée par le site de L'Essor, le journal de la gendarmerie nationale. 

Les militaires du 2e régiment d'infanterie de la Garde républicaine (CSHM), affectés à la protection de la résidence du Premier ministre Edouard Philippe, dénoncent leurs conditions de travail, qui se dégradent de mois en mois. Objet de leur grief notamment : les rythmes de travail qui affectent leur vie de famille et leur quotidien. 

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Dans cette lettre de 27 pages, les gendarmes estiment que "l'organisation et les méthodes de management de notre commandement depuis l'été 2017 ne permettent pas aux gardes républicains d'accomplir sereinement leurs missions en raison d'une trop grande fatigue morale et physique liée à une surcharge de travail sans cesse croissante". Ils dénoncent des méthodes de managent bureaucratique, "trop éloigné du terrain et de leurs considérations personnelles". 

La plupart des gendarmes ne verront leurs enfants qu'une heure par semaine- Les gendarmes du CSHM

Ils fustigent également des horaires extrêmement contraignants dont pâtissent leur vie de famille. "Cette absence prolongée du domicile ainsi que cette disponibilité à outrance met en péril la stabilité des familles et l'équilibre des enfants. Pour exemple, sur une semaine de 72h de service en moyenne, la plupart des gendarmes ne verront leurs enfants qu'une heure par semaine... Beaucoup de conjoint(e)s pâtissent de nos horaires décalés. Nos relations s'en trouvent très perturbées voire à la rupture dans certains cas.

Prenant appui sur un rapport du Sénat publié en juillet dernier (voir la vidéo ci-dessous) qui relevait des conditions de vie toujours plus difficile dans des casernes insalubres, le manque de matériel, de séance de sport et d'instruction, les gendarmes de Matignon déplorent un manque criant de repos et de considération. 

En vidéo

Un rapport met en lumière le malaise des forces de l'ordre

Malaises, paralysie, harcèlement...

Plusieurs cas concrets sont évoqués, comme celui de l'un de leurs collègues, victime d'une paralysie faciale due à un manque de repos et au stress, ou encore celui d'un autre, opéré du cœur, qui, à son retour, se voit "menacé" d'être dégagé s'il ne peut plus assurer la garde de nuit et le service en extérieur avec un gilet de 17 kg. Des cas de burn-out ou de malaises vagaux sont également relevés. "Nous sommes parfaitement conscients que notre démarche n'est pas conventionnelle", poursuivent les gendarmes, soulignant leur devoir de réserve, mais "nous sommes arrivés à un point de non-retour".

Interrogé par l'AFP,  la gendarmerie nationale a indiqué qu'une "mission d'évaluation" avait été diligentée par le Directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN), le général Richard Lizurey, auprès de l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), qui rendra ses conclusions le 12 octobre. Et d'ajouter que le général Lizurey, est "particulièrement attentif à la condition et au moral du personnel. Il suit avec la plus grande attention cette situation et tient à préciser que celle-ci n'affecte en rien le professionnalisme des gendarmes".

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