Un rapport du HCE pointe l'étendue du sexisme en France pour la première fois

Social

DISCRIMINATIONS - Pour la première fois en France, un rapport dresse le bilan du sexisme. Des injures aux agressions physiques, le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes décrit, avec précision, ces violences genrées.

C'est un poison bien enraciné dans la société française. Remarques, injustices, humiliations...  les manifestations du sexisme en France ont concerné 40 % des femmes "dernièrement". Des violences qui ne sont "ni le fruit du hasard, ni un héritage préhistorique", analyse le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE).

Dans ce rapport, publié ce jeudi, le HCE dresse un constat sévère du sexisme en France. Quotidienne, pesante, cette violence est aussi presque exclusivement commise par des hommes contre des femmes. "Toutes infractions pénales confondues : 89 % des victimes sont des femmes, et 91 % des mis en cause sont des hommes". 

Parent pauvre des luttes contre les discriminations, le sexisme n'avait pourtant jamais été évalué avant cette année. Ni son étendue, ni ses conséquences. Une hérésie, souligne le HCE, "alors même qu'un état des lieux du racisme, de l'antisémitisme et de la xénophobie est réalisé chaque année depuis 28 ans". C'est pourquoi, l'an passé, le texte du 27 janvier 2017 de la loi relative à l'égalité et à la citoyenneté, a inscrit cette évaluation annuelle dans les compétences du HCE. 

Quel bilan ?

Pour ce tout premier rapport, le HCE s'est concentré sur deux réalités du quotidien : les injures et l'humour. En 2017, 1,2 million de femmes ont été traitées de "salope" (27%), de "pute" (21%) ou encore de "connasse" (16%), rapporte le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE). Dans les transports en commun ou dans la rue, les insultes fusent. Pour autant, les plaintes restent rares, même quand ces violences verbales sont accompagnées de menaces ou d'agressions physiques. A peine 1 femme sur 35 porte plainte et 17 % des plaintes aboutissent à une condamnation. A ces agressions, s'ajoutent d'autres types de violences, comme la représentation stéréotypée et discriminante du corps des femmes ou de sa fonction dans la société. 

Globalement, le rapport souligne à quel point les femmes ne sont pas libres de leurs mouvements (occupation de l'espace public et de la parole), de leurs dires (rabaissements, accès à l'emploi) et parfois même de leur corps (IVG, viols, féminicides, prostitution forcée). "S’il recouvre des pratiques et des actes individuels, le sexisme imprègne également les normes sociales en vigueur, qu’il s’agisse de la langue, de l’histoire contée dans les livres et les musées, du droit, et notamment de la Constitution, ou encore des décisions et des dépenses publiques".

Lire aussi

Quelles conséquences ?

Résultat, les femmes "doivent faire face à la dévalorisation, l'auto-censure, la baisse de l’estime de soi, la concurrence entre elles, la modification de leurs comportements et l’adoption de stratégies d’évitement". Ces actes peuvent avoir de graves conséquences comme une dégradation de l'état de santé (conduites à risque dissociantes, troubles du sommeil, blessures, etc.)".

Le HCE prend l'exemple des blagues sexistes qui "bénéficient d’une grande tolérance sociale". Une façon, souligne le rapport, de consolider un "entre-soi masculin", d'entretenir un climat d’hostilité envers les femmes et ainsi à légitimer les inégalités. Car les personnages féminins de ces blagues potaches sont souvent présentées comme agressives, en compétition les unes avec les autres, incompétentes, stupides ou naïves. Pourtant, peu de personnes interrogées semblent trouver ces propos hilarants. Seuls 31% des hommes trouvent les blagues sexistes drôles et 15% des femmes.

Quelles recommandations ?

Mal représentées, sous-estimées, stéréotypées, les femmes subissent quotidiennement ces discriminations. Aussi, pour faire baisser ce type d'agressions, le Haut conseil à l’égalité alerte sur l’urgence de renforcer la connaissance de ce qu’est le sexisme et appelle de ses vœux la mise en place d'un premier plan national de lutte dès 2019 et jusqu'en 2022. 

Ce vaste projet de réflexion permettrait de mieux mesurer le sexisme en France (campagnes d'affichages, enquête d'opinion, récolte de témoignages), d'accompagner davantage les victimes et de condamner mieux les auteurs de ces crimes ou délits. A terme, ce haut conseil souhaite rétablir le lien de confiance entre les victimes et les forces de sécurité et de justice. Et intégrer la lutte contre le sexisme dans les politiques de lutte contre les discours de haine en ligne.

Lire aussi

Et les hommes dans tout ça ?

Selon le Haut Conseil à l'Egalité, le "sexisme est une idéologie qui repose sur le postulat de l'infériorité des femmes par rapport aux hommes, d'un part, et d'autre part, est un ensemble de manifestations [...] qui ont pour objet de délégitimer, stigmatiser, humilier ou violenter les femmes." Les hommes ne sont pas concernés par cette définition car s’il peut arriver que des hommes fassent, dans certaines situations, l’objet de rejet, voire de discrimination en raison de leur sexe, ces situations ne sont pas fondées sur l’idéologie de l’infériorité notoire et généralisée des hommes par rapport aux femmes.

Lire et commenter