Pourquoi des pompiers en colère "tiennent le siège" place de la République

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MOUVEMENT SOCIAL - Une quinzaine de pompiers professionnels et volontaires ont installé un campement place de la République à Paris. Ils entendent y rester cinq jours et cinq nuits pour porter leurs revendications. Les principales ? Des moyens humains et une revalorisation de la prime de feu.

L'ambiance est glaciale mais l’atmosphère bon enfant. Depuis lundi 2 décembre au soir, une quinzaine de pompiers professionnels ont installé un campement, place de la République, à Paris. A l'initiative du syndicat Sud-SDIS, ils entendent dénoncer un manque de moyens humains et demander une revalorisation de leur prime de feu. 

Sur la place, ils ont installés de quoi "tenir un siège", souffle un pompier du Rhône, en souriant. Trois barnums aux couleurs du drapeau français ont été montés dès lundi. Non loin, des tentes servent de chambres et quelques chaises ont également été dépliées, autour d'un petit brasero. C'est que le temps est hivernal ce mardi matin à Paris. 

20% d'interventions en plus depuis dix ans

Autour du feu, les pompiers discutent avec quelques Gilets jaunes, remercient les parisiens venus leur apporter des viennoiseries sur le chemin du travail, et entament des discussions. "C'est une manifestation déclarée", assure Rémy Chabbouh, secrétaire national de Sud. Ils viennent de différents départements : du Gers, du Gard, de Gironde et du Rhône aussi. Ils racontent un quotidien où ils sont "sur-sollicités". "Nous sommes employés pour faire tout et n'importe quoi, mais surtout ce que personne ne veut faire. Les carences ambulancières, les ascenseurs, les chats coincés dans les arbres... Cela s'est multiplié durant les cinq à dix dernières années", explique Samuel Besson, secrétaire départemental du Sud SDIS dans le Gard.

"Ces interventions, nous les faisons parce que si nous ne les faisons pas, qui les fera ? Mais pendant que nous intervenons sur un transport ambulancier non urgent, on ne fait pas autre chose, on ne fait pas notre vraie mission", détaille un autre pompier, venu du Rhône. Et d'expliquer très concrètement : "Pendant que nous sommes en intervention, s'il y a un accident, par exemple, nous allons arriver avec un délai plus important sur place."

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La hausse de ces interventions et le manque de personnels "à mettre dans les camions" ont également des conséquences sur le quotidien d'un pompier professionnel. "Nous n'avons plus le temps à consacrer à la formation, ni au maintien de nos acquis, ni à notre condition physique. L'effectif de garde journalier n'a pas bougé depuis dix ans et nous faisons 20% d'interventions en plus. Il faut que nous soyons en nombre suffisant pour travailler en sécurité", analyse Samuel Besson. 

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La colère sociale que traverse le pays depuis quelques mois, ils la sentaient monter depuis quelques temps. "On voit bien que les gens vivent dans la misère et qu'ils sont en colère", glisse un soldat du feu. Au contact de toutes les couches sociales de la société, les pompiers sont, comme les personnels des services d'urgence, en première ligne de la détresse sociale. 

Une détresse qui "naît de la colère", selon eux et se traduit parfois par des incivilités. Mais loin de blâmer les usagers, ils estiment que des personnels en plus permettraient d'intervenir plus rapidement et d'être moins confrontés à certaines violences. 

Quant au mouvement propre aux pompiers, il a démarré le 26 août dernier et se poursuit. La manifestation du 15 octobre n'a pas eu pour effet de calmer la colère. Alors le campement destiné à échanger avec la population devrait durer jusqu'à la fin de la semaine. Quelques jours de mobilisation posés sur leurs congés, pour certains. D'autres devront retourner dans leurs casernes reprendre le travail. 

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