Vincent Lambert : l'archevêque de Reims dénonce l'arrêt des soins

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L'affaire Vincent Lambert : un interminable déchirement

EUTHANASIE - Trois jours après l'annonce de l'arrêt des traitements la semaine du 20 mai concernant le tétraplégique, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, a critiqué la décision des médecins validée par le Conseil d'Etat.

"L’arrêt des traitements et la sédation profonde et continue" vont être "initiés". C'est par ces mots que le médecin de Vincent Lambert a annoncé vendredi à la famille de ce dernier l'interruption des soins à partir du 20 mai. Une décision qui n'est pas du goût de l'archevêque de Reims.

Ce lundi, Mgr Éric de Moulins-Beaufort a réagi à la décision du corps médical concernant ce tétraplégique en état végétatif devenu le symbole du débat sur la fin de vie en France. "Les spécialistes semblaient s’accorder cependant sur le fait que M. Vincent Lambert, si dépendant soit-il depuis son accident, n’est pas en fin de vie. Tout en saluant l’engagement des équipes du CHU de Reims, on peut s’étonner que Vincent Lambert n’ait pas été transféré dans une unité spécialisée dans l’accompagnement des patients en état végétatif ou pauci-relationnel", assure dans un communiqué l'archevêque ainsi que Mgr Bruno Feillet, évêque auxiliaire.

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"Nous prions pour que notre société française ne s’engage pas sur la voie de l’euthanasie"

Et le prélat de poursuivre : "Il appartient à la condition de l’homme et à sa grandeur d’avoir à mourir un jour. (…) Mais c’est l’honneur d’une société humaine que de ne pas laisser un de ses membres mourir de faim ou de soif et même de tout faire pour maintenir jusqu’au bout la prise en charge adaptée. Se permettre d’y renoncer parce qu’une telle prise en charge a un coût et parce qu’on jugerait inutile de laisser vivre la personne humaine concernée serait ruiner l’effort de notre civilisation." Celui qui sera président des évêques de France dès juillet prochain conclut par un message politique : "Nous prions encore et nous invitons à prier pour que notre société française ne s’engage pas sur la voie de l’euthanasie."

Cette prise de position de l'église est tout sauf un hasard. Elle s'est en effet impliquée dans le débat qui s'est installé au sein de la famille de Vincent Lambert, cet ancien infirmier psychiatrique qui se trouve depuis plus de dix ans en état végétatif au CHU de Reims à la suite d'un accident de la route survenu en septembre 2008, quand il avait 32 ans. D'un côté, les parents, un demi-frère et une sœur s'opposent à l'arrêt des soins ; de l'autre, son épouse Rachel, son neveu François et cinq frères et sœurs du patient dénoncent un acharnement thérapeutique.

Le 24 avril, le Conseil d'Etat - la plus haute juridiction administrative - a jugé conforme à la loi la décision collégiale d'arrêt des soins, prise le 9 avril 2018 par le CHU de Reims pour faire cesser un "acharnement thérapeutique" mais contestée par une partie de la famille. En 2014, elle s'était déjà prononcée pour la fin du traitement. Suite à cette décision, les parents de Vincent Lambert, catholiques farouchement opposés à l'euthanasie passive, ont déposé un recours devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) et le Comité international de protection des droits des personnes handicapées de l'ONU (CIDPH).  La CEDH a rejeté cette requête, mais le CIDPH a demandé à la France de suspendre toute décision d'arrêt des soins, dans l'attente d'une instruction sur le fond. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a indiqué que la France répondrait à la demande du comité, mais qu'elle n'était pas tenue, légalement, de la respecter.

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