"Viol" présumé entre élèves de maternelle : "Il  y a un tabou et un manque de repères pour les professionnels"

"Viol" présumé entre élèves de maternelle : "Il y a un tabou et un manque de repères pour les professionnels"

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VIOLENCES SEXUELLES – Une main courante a été déposée dans le XIIIème arrondissement parisien pour une affaire de "viol en réunion" dans la cour d’une classe de moyenne section de maternelle. Si l’affaire est complexe - sur le plan juridique comme psychologique - elle n'est pas forcément un cas isolé.

Comment réagir après la découverte de ce qui s'apparente à un viol en réunion lorsque les enfants impliqués n'ont que quatre ou cinq ans. Vendredi 12 octobre, une réunion s'est tenue sous l'égide de la maire du XIIIe arrondissement pour tenter de rassurer, si tant est ce que cela soit possible,  après la révélation de faits qui se seraient déroulés dans la cour d'une école de l'arrondissement. 

Les événements ont eu lieu mi-septembre et impliquent des enfants de moyenne section maternelle. Selon les informations du Parisien, une fillette de 4 ans aurait été isolée par trois autres élèves, sous une structure de jeu d’une cour de récréation, dans le XIIIème arrondissement parisien. Elle aurait alors été déshabillée par le groupe de garçons et aurait subi une "pénétration digitale".  

Des événements qui se produisent "plus fréquemment"

Les faits pour lesquels la brigade des mineurs est désormais saisie, selon Le Parisien, ont fait l'objet d'une main courante des parents de la petite fille. Selon Marie Derain, secrétaire générale au Conseil National des Droits de l’Enfant (CNDE), ces événements se produisent "plus fréquemment" qu’avant. Elle rappelle toutefois pour LCI que les cas signalés sont globalement moins violents que le cas du XIIIe. "On ne parle pas de raz-de-marée mais d’un mouvement que nous avons repéré."


Mouvement repéré également par Stop aux violences sexuelles. Une porte-parole de cette association, qui reçoit notamment les appels de victimes d’agressions,  note "une augmentation, dans les trois dernières années, de la proportion d’agressions sexuelles d’un élève sur un autre dans les témoignages que nous recueillons." Interrogée par LCI, elle donne plusieurs causes à ces actions. "L’enfant peut vouloir tester ce que lui a été fait, exprimer sa colère et sa haine ou reproduire, par un effet de mimétisme assez classique à cet âge, des images pornographiques et violentes auxquelles il aurait pu être confronté volontairement ou non."

Porter plainte "pour comprendre"

Lors que de tels faits sont mis au jour, faut-il ou non porter plainte ? Faut il risquer, avec des enfants si petits, une pénible judiciarisation ou au contraire laisser l'omerta recouvrir un traumatisme ?  Pour Laurent Boyet, capitaine de police et auteur du livre  "Tous les frères font comme ça", les parents ne doivent avoir aucun doute et porter l'affaire à la connaissance des autorités et pas seulement la direction de l'école. Non pas pour engager des poursuites directement sur les enfants, mais afin de lever le doute sur les possibles causes de telles violences. "Nous avons besoin de comprendre ce qui a pu se passer dans l’entourage, à  l’école, ou dans l’environnement proche et ayant pu entraîner des garçons si jeunes à pratiquer ce type de violences. Il faut chercher la source", raconte cet homme, lui même victime de violences sexuelles dans son plus jeune âge.  "En tant que policier, victime, et en tant qu’homme, je me pose de vraies questions sur notre société et sur la façon dont on protège nos enfants."

Il faut expliquer et comprendre la frontière entre jeux sexuels et agressions sexuellesMarie Derain, secrétaire générale au Conseil National des Droits de l’Enfant

Interpeller sur ces questions. Là est le premier pas vers la prise de conscience. Marie Derain, explique ainsi à LCI qu’il ne faut pas "banaliser ni dramatiser ces choses-là, mais les prendre au sérieux". La  secrétaire générale du Conseil National à la Protection de l’Enfance signale  en effet que : "Si on banalise à ce très jeune âge, on risque de le banaliser pour toutes les agressions." Pour cette spécialiste du droit de l’enfant, la prise de conscience est réellement le premier pas à tout travail pédagogique. "Il faut expliquer et comprendre la frontière entre jeux sexuels, qui n’ont rien d’extraordinaires, et agressions. Et, une fois que la conscience sur ces risques est éveillée, y apporter les bonnes réponses."


Mais quelles réponses exactement ? "Comme dans le reste de la société française, il y a un tabou autour des questions de la sexualité et un manque de repères pour les professionnels." Tabou d’autant plus fort lorsqu’on parle de personnes en bas âge. Marie Derain justifie le malaise autour de ces thèmes en expliquant : "Les équipes pédagogiques, et les adultes plus généralement, ont l’impression que pour en parler il faut être un expert en éducation sexuelle et affective." Alors si les équipes ne sont pas armées pour aborder le sujet, il faut leur expliquer : "Nous ne sommes pas là pour traiter de la pénétration mais pour commencer à parler du corps, du respect de l’autre, de l’intimité, d’apprendre à mettre les mots quand on ressent un malaise." 

La secrétaire du CNDE fait également une remarque fondamentale : "On ne peut pas compter uniquement sur l’énorme machine qu’est l’éducation nationale car cette problématique englobe tous les domaines." En effet, il faut une prise de conscience quasi personnelle de toute la population. La même que celle née au lendemain du mouvement #MeToo. "Il faut que la société, dans sa globalité, ouvre les yeux. Ca concerne tout le monde. Et comme dans le reste des secteurs, il ne faut pas rester sans réponse appropriée." 

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