Colère des Gilets jaunes envers les médias : les journalistes doivent-ils réagir ?

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La colère des Gilets jaunes

LE JOUR D'APRÈS - Samedi 29 décembre, les gilets jaunes ont mené "l'acte VII" de leur mouvement jusqu'aux portes de plusieurs médias français, dont BFM TV et France Télévisions. Dans la rue, après deux mois de crise sociale, les journalistes sont encore pris pour cible par certains manifestants. Comment la profession doit-elle se positionner face à cette situation ? Les réponses de Vincent Lanier, premier secrétaire général du Syndicat National des Journalistes (SNJ).

Samedi, pour leur "Acte VII" les Gilets jaunes se sont regroupés devant des chaînes de télévision pour manifester leur mécontentement contre les médias. Comment analysez-vous cette défiance ?

Ce n’est même plus de la défiance, c’est de la violence. Lorsque les Gilets jaunes disent : "Reprenons le contrôle des médias", cela veut dire que "puisque les médias ne disent pas ce que l’on veut entendre, il faut en reprendre le contrôle et leur faire dire ce que l’on veut entendre". Ce qui est très loin de la démocratie et de la liberté de la presse. La situation est d’autant plus insoluble que le mouvement est très diversifié. Aucun média ne pourra trouver grâce aux yeux de l’ensemble des manifestants, car tous les Gilets jaunes n’ont pas la même vision de leur propre mouvement.

La profession doit-elle réagir ? Et si oui, comment ?

Il faut éviter les réactions à chaud, ni boycotter, ni batailler au cas par cas. Il faut apporter une réponse collective, qui viendra dans quelques semaines, quand on aura pris du recul et mené des débats en interne pour avoir des analyses pertinentes. Car évidemment, il faut se remettre en question. L’autocritique est faite depuis longtemps, mais ça ne suit pas toujours dans les faits. On est par exemple assez favorable à un "Conseil de presse", pour assurer un meilleur suivi de nos règles de déontologie. Cela fera partie des discussion à avoir, mais pour l'instant, ce serait tendre le bâton pour se faire battre.

Dans l’immédiat, il nous faut recenser tous les cas de violences qui méritent des suites judiciaires et centraliser les plaintes. Il y a des faits graves qui ont été commis et qu’il ne faut pas laisser passer. On espère simplement que cela ne va pas se terminer sur un drame.

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Alors que le mouvement des Gilets jaunes se poursuit, quel regard portez-vous sur le traitement médiatique de la crise ?

Il y a un côté très paradoxal dans les reproches faits à notre profession. Les Gilets jaunes réclament des modes de diffusion plus "bruts", plus "neutres", plus "directs", à l’image des lives sur les réseaux sociaux, mais c’est exactement ce genre de traitement de l’information qui fait commettre des erreurs aux journalistes et qui affaiblit les médias. A l’image de l’incendie aux portes du journal Le Parisien, mal interprété car traité dans l'immédiateté. Les Gilets jaunes critiquent très fortement les chaînes d’information en continu, mais ils refusent qu’il y ait une prise de recul dans le traitement de l’actualité. Or il faut continuer à apporter une plus-value dans notre traitement.

Les politiques doivent-ils plus fermement condamner les violences contre les journalistes ?

Le problème n’est pas tant la réponse ou l’absence de réponse des politiques, mais dans les doubles discours. On a vu des tweets pour condamner les violences contre les journalistes, mais, dans le même temps, certains politiques tiennent régulièrement des propos très contestables contre nous. La violence qui s’exprime dans la rue contre les équipes de reportages ne vient pas de nulle part. Elle vient, entre autres, de paroles de politiques de tous bords qui sont allées beaucoup trop loin.

Ce qui est frappant, c'est que dans cette crise, les journalistes sont pris en étau entre deux manifestations de violence. D’un côté la violence de l’Etat, avec des journalistes et photographes pris pour cible par certains policiers ou d'autres - comme ceux de  La Charente-Libre - mis en cause par le ministère public dans leur couverture des événements. Et d’un autre côté, la violence de certains Gilets jaunes, pour qui les médias sont les boucs émissaires de tous les maux de la société. Il faut qu’il y ait un sursaut, une prise de conscience de notre fonction, tant chez les politiques que chez les citoyens.

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