Violences policières en manifestation : le "copwatch" expliqué par ses adeptes

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COPWATCH - Sur les réseaux sociaux, des vidéos amateures ne cessent d'alerter l'opinion publique sur les dérives des forces de l'ordre. Si bien que la place Beauvau a été obligée d'agir, annonçant ce lundi vouloir revoir sa copie sur le maintien de l'ordre. Comment en est-on arrivé la pratique consistant à filmer les policiers est devenue si répandue ?

Les images ne laissent personne de marbre. Entre le croche-pattes d’un policier sur une manifestante et celle de l’interpellation de Cédric Chouviat, les violences policières sont désormais filmées. Et elles sont mêmes au cœur du film "Les Misérables", nominé pour les Oscars cette année. Une œuvre dans laquelle son réalisateur, Ladj Ly, revient sur son expérience du "copwatch", du nom de cette pratique qui consiste à filmer les interventions des forces de l’ordre. Initialement cantonnée aux banlieues, celle-ci tend à se répandre. Et à faire la Une de l’actualité. 

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Une technique importée des Etats-Unis

Au début, ce n’était qu’un blog. Lancé à la fin de l’année 2011, Copwatch – littéralement "surveillance de flics" – se présente comme un site ayant comme objectif de surveiller les actions, et les dérives présumées, de la police. Profitant de l’arrivée sur le marché des téléphones équipés d'une caméra, moins coûteux qu’un vrai enregistreur et plus discret, le collectif proposait des "patrouilles-vidéos", comme c’était le cas aux Etats-Unis depuis plusieurs décennies. Seul hic, l’Intérieur ne voyait pas d’un bon œil cette plateforme, où était publiée non seulement l’identité, mais aussi parfois le nom et l’adresse des fonctionnaires. En janvier 2014, le site a donc été bloqué sur décision de justice. Aujourd'hui encore, cette pratique continue d'être regardée avec défiance par les policiers, dont Linda Kebbab, porte-parole de SGP Police, qui déplorait dans un tweet "les collègues menacés avec leurs familles à cause de ces vidéos".

Quand ces images circulent massivement, les médias s’emparent de la question- Simon, vidéaste pour Cerveaux non disponibles

Mais les smartphones ne disparaissent pas. Les dérives policières non plus. Au contraire. Elles se multiplient, même, en pleine rue, dès 2016, avec les manifestations contre la loi Travail. C’est à ce moment que des médias alternatifs s’en emparent. Comme Paris-Luttes.info, qui publie même, en juin de cette année-là, un texte proposant des conseils pratiques sur "l’usage des caméras en manifestation". Y est notamment expliqué, comme une évidence, qu’une "bataille des images" existe. Une idée qui a fait sa route. Dorénavant, l'ambition de créer un "contre-récit" face à ce qui est considéré comme une "technique de répression", utilisée pour "saper" la mobilisation, est clairement affichée.

C’est ce que nous explique Simon*. Vidéaste pour la page Facebook Cerveaux non disponibles, il estime que ses images des interventions policières permettent de "documenter" une "stratégie", qu’il résume ainsi : "Casser du manifestant pour casser une manifestation." Et d’alerter l’opinion afin qu’elle soit "massivement consciente de ces abus". Ainsi, "face à une déferlante d’images qui parlent d’elles-mêmes", le jeune homme juge qu’il "alerte" tous les Français. Pas uniquement les militants. "Quand ces images circulent massivement, à un moment donné, les médias principaux se sentent obligés de s’emparer de la question", avance-t-il. Provoquant dès lors, "par ricochet", la réaction du gouvernement. Une appréciation qui tombe à pic. Lundi 13 janvier, pour la première fois, Christophe Castaner, qui a longtemps rechigné à condamner ces abus, a rappelé lors de ses vœux à la police nationale son devoir "d’exemplarité" et a appelé  à "l’éthique".

En vidéo

Les violences policières ont-elles augmenté depuis un an ?

Au-delà de la bataille de l’image engagée par ces militants, c'est la massification du phénomène jusqu'au citoyen lambda qui pose question. Simon tente une justification. Pour lui, deux fronts existent : au combat "politique" s’ajoute celui du "judiciaire". Partie des banlieues, cette pratique s’est en effet répandue afin d'apporter des images probantes aux témoignages verbaux et oculaires. 

Le "copwatch", un argument de poids pour "demander justice"

Une prise de position que partage Simon. S’il admet volontiers qu’il est "parfois mal à l’aise" avec la pratique, celle-ci étant un peu trop "voyeuriste" à son goût, les vidéos des interpellations ont surtout un "avantage énorme". Celui de "se défendre en justice".  Bien que "souvent insuffisant", ce contenu est devenu "le seul moyen d’avoir une preuve". "Sans l’image, il est tout simplement impossible de prouver qu’un policier a blessé un manifestant, et encore moins savoir lequel."

Une pratique devenue une sorte de "réflexe d’auto-défense", comme nous l’explique David. Mobilisé depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, il est celui qui a filmé les agissements des forces de l’ordre à Rouen, où un manifestant a été blessé lors d’une charge policière considérée comme "disproportionnée". Regrettant d’avoir  "laissé les banlieues" face à cette problématique en "fermant les yeux", il a décidé, comme bon nombre de manifestants - des Gilets jaunes aux militants syndicaux -  de documenter ces agissements. Pour lui, c’est la seule façon d'espérer obtenir justice. Et de prendre en exemple le cas des deux seuls policiers condamnés dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes. Filmés, les agissements de l'un, auteur d'un jet de pavé, et de l'autre, qui avait giflé un participant à la manifestation du 1er-Mai, avaient provoqué la stupeur.

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Un sentiment qui se propage d'ailleurs aujourd'hui. C’est ainsi qu’un simple citoyen, peu habitué à ces pratiques vidéastes, a pu filmer l’interpellation de Cédric Chouviat, un livreur mort des suites de son arrestation. Une séquence sans laquelle - la femme du livreur en est certaine -  la famille n’aurait jamais pu porter plainte. Interrogée par France info, celle-ci a une pensée pour tous ceux qui n’ont pas eu cette "chance dans leur malheur". Et de se demander : "Qu'est-ce qu'il en est pour eux ?"

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