"C’est notre réponse à ces actes-là" : les parents de Mathias et Marie, tués au Bataclan, ont décidé "d’aider la jeunesse, solidaire et positive"

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Les attentats du 13 novembre, trois ans après

TEMOIGNAGE - Les parents et les amis de Mathias et Marie, deux jeunes disparus au Bataclan, ont lancé l'association Marie et Mathias, qui vise à soutenir les initiatives des jeunes. Samedi 12 novembre, une grande soirée concert est organisé à Metz. Les bénéfices serviront à financer une bourse culturelle.

Avancer pour ne pas tomber. Se tourner vers les autres pour ne pas s’effondrer. Rendre heureux pour avancer. Il y a ceux, face au malheur, qui se referment, se barricadent. Et ceux qui s’ouvrent, se donnent encore plus. Les parents de Mathias et Marie, jeune couple disparu au Bataclan le 13 novembre 2015, sont de ceux-là.


Ils ont perdu un pan de leur vie, le 13 novembre dernier. Ils ont été choqués, ravagés, sûrement. Ont vécu la colère, l’impuissance, sans doute. Le vide, le désespoir, le difficile deuil, peut-être. Mais, quelques mois après, ils ont choisi de créer une association, "Marie et Mathias", qui veut "fêter la vie", fédérer, aider les jeunes, autour des valeurs de positivité et de solidarité. Les valeurs que portaient Marie et Mathias. "Dans notre association, nous  avons  fait une profession de foi : promouvoir, aider et soutenir la jeunesse sous toutes ses formes par des actions pluriculturelles diverses et variées", raconte Maurice Lausch, le papa de Marie, à LCI. 


Ils n’étaient "pas forcément prêts à le faire", reconnaît Maurice. Mais c’est un séjour à la commission européenne, en mars dernier à Bruxelles, qui les a décidés. "Nous étions invités à exposer ce que représentaient nos enfants, et avons échangé avec plusieurs personnalités européennes. Toutes nous ont encouragé à poursuivre notre démarche, en fédérant le formidable réseau qu’avaient construit Marie et Mathias."  

Ils faisaient partie de cette jeunesse brillante, active, ils voulaient aider les autresMaurice Lausch, père de Marie

 "Réseau." Le mot revient sans cesse dans la bouche de Maurice. Mathias et Marie étaient au cœur d’un réseau d’amis, de familles, de proches. "Nos enfants étaient extrêmement fédérateurs et portaient le groupe", raconte Maurice. "Ils voyageaient beaucoup, avaient une vocation européenne. C’étaient deux enfants extraordinaires, ouverts sur les autres." Les photos de Marie et Mathias ont fait le tour du monde, après les attentats. Selfie d’un jeune couple effectivement rayonnant. Elle, blonde, les yeux qui rient, un visage d’enfant, un immense sourire, sortait d’une école de commerce. Lui, beau gosse brun aux yeux bleus, champion de BMX. Elle avait 23 ans, lui allait les avoir bientôt. Tous deux enfants uniques, ils adoraient la musique, sortir.  Ils étaient heureux et le partageaient, ils étaient beaux, ils étaient jeunes, étincelants. "Ils faisaient partie de cette jeunesse brillante, extrêmement active, qui va à 100 à l’heure, ils voulaient aider les autres", rapporte Maurice. "C’est tout ça qu’on veut mettre en valeur aujourd’hui."


C’est comme ça que l’association Marie et Mathias est née, en mai dernier, avec les quatre parents, six jeunes amis, et des sympathisants : ils sont aujourd’hui déjà plus de 350 adhérents. "Les six premiers mois, on était dans une démarche mémorielle", raconte Maurice Lausch. Sur la proposition de plusieurs villes, ils ont inauguré des lieux rebaptisés "Marie et Mathias", comme le parc de Saint-Julien-lès-Metz, ou le skate-park de Toul. "Puis nous avons voulu nous tourner vers nos fondamentaux, avec des projets plus 'dynamiques'", raconte Maurice. En mai dernier, l’association a ainsi organisé un vide-dressing, et une jam-BMX. Plus de 1500 personnes étaient réunies, et avec eux, une immense vague de solidarité. Un moment qui les a aidé à lancer la suite : un grand concert, samedi soir prochain, le 12 novembre. Pour marquer "la date", rendre hommage, se retrouver. 


Pourquoi un concert ? Parce que Marie et Mathias aimaient la musique, écumaient toutes les salles parisiennes. Samedi, sur la scène de Metz, quatre groupes, dont certains d’envergure nationale vont venir jouer. Ils viennent sans cachet, pour six heures de concert, dans une salle de 1000 places. Les recettes permettront de constituer une bourse, pour aider un jeune artiste. Plus tard dans l’année, d’autres manifestations seront organisées, pour créer des bourses culturelles, sportives, étudiantes, et aider concrètement les jeunes dans leurs projets, leurs voyages à l’étranger, leurs rêves… Bref, aider les jeunes. faire vivre la jeunesse.

On avance pour ne pas tomberMaurice Lausch, père de Marie

"La boucle est bouclée", souffle Maurice. Mais eux, les parents, comment portent-ils tout ça ? Comment ont-ils la force d’en donner aux autres ? Le papa se fait humble. "Ce ne sont pas les parents qui portent l’association, ce sont les jeunes. Ce sont eux qui nous soutiennent, ils sont extraordinaires. Nous, on suit", dit-il. Car derrière ce tragique moment, les amis, les familles se sont soudés, rapprochés, ont échangé, partagé, découvert des facettes des deux disparus. "C’est un peu nos enfants maintenant, et ils nous le rendent bien. Le terme solidarité n’est pas galvaudé."


Car s’ils veulent donner aux jeunes, s’ils offrent autant, il reste aux parents ce gouffre au fond du cœur. "Aujourd’hui, on est dans la démarche de ne pas y penser", raconte Maurice, les mots sobres. "Dans notre malheur, malheur avec un grand M, on est quatre, quatre parents. Mais on n’a pas de projection, on vit au jour le jour. On avance pour ne pas tomber, on profite de toute cette positivité autour de nous. Ca nous aide, ça nous porte." Mais rien n’est simple. Et tout est même "extrêmement compliqué". La plaie est toujours ouverte, béante, profonde. Mais les mots sont trop futiles pour le dire.


Samedi, à Metz, dans cette salle, ce sera la fête, pour Mathias et Marie. Chacun est invité à participer. A poser un voile de solidarité, d’amour, de chaleur, sur cette date, sur cette douleur. "Samedi, c’est la face éclairée, on fait fonctionner notre réseau et les valeurs significatives que portent les jeunes", raconte Maurice. "La face plus sombre, c’est dimanche. On ne fera rien. Enfin, on se retrouvera en famille, avec des proches." Samedi soir, il verra sans doute les yeux des participants briller. C’et ça qu’il veut. "Quand je vois les jeunes gens, les amis de Mathias et Marie, je vois les yeux de ma fille… Il n’y a rien de plus beau", dit Maurice. "S’ils sont contents, je suis heureux. Ca me permettra  d’appréhender le lendemain. C’est notre réponse à ces actes-là. Solidarité et positivité."


> Le site web de l'association Marie et Mathias

>  Concert samedi 12 novembre à partir de 18 h à la salle TCRM-BLIDA, 7, avenue de Blida à Metz, avec notamment le Chapelier fou, Cascadeur, Bambou, Hoboken Division. Tous les détails sur la page Facebook de Marie et Mathias.

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