24.000 nouveaux réfugiés en France, c'est beaucoup ou bien trop peu ?

24.000 nouveaux réfugiés en France, c'est beaucoup ou bien trop peu ?

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MIGRANTS - C'est le chiffre du jour : François Hollande a annoncé lundi lors de sa conférence de presse que l'Hexagone accueillerait 24.000 nouveaux réfugiés en deux ans pour faire face à la crise migratoire à laquelle est confrontée l'Europe. "La France est disposée à prendre sa part", a-t-il souligné. Mais est-elle à la hauteur des enjeux ? La classe politique comme les associations sont divisées.

"Modéré et acceptable". C'est la manière dont Alain Juppé a qualifié mardi le chiffre de 24.000 nouveaux réfugiés sur deux ans annoncé par François Hollande. Si le maire de Bordeaux a donné un satisfecit à François Hollande sur cette annonce, celle-ci a donné lieu à des réactions opposées : plus à droite, Nicolas Dupont-Aignan a par exemple fustigé un chef de l'Etat qui "persiste à prendre les Français pour des imbéciles", "une majorité" d'entre se disant "opposée à l'accueil des migrants". Du coté des communistes, Pierre Laurent a jugé ces 24.000 réfugiés "pas du tout à la hauteur et loin des capacités d'accueil de la France".

Dans la même veine sur Twitter, beaucoup n'ont pas manqué de souligner, à l'instar de la sénatrice EELV Esther Benbassa ou du sociologue Eric Fassin, combien ce chiffre était dérisoire comparé aux milliers de réfugiés arrivés ce week-end dans une Allemagne prête à accueillir 800.000 demandeurs d'asile cette année, ou rapporté à la population française et au nombre total de Syriens ayant fui leur pays pour rejoindre les pays voisins ( plus de 4 millions en majorité en Turquie et au Liban selon l'Agence des Nations unies pour les réfugiés).

Au Parti de gauche, Alexis Corbière a de son côté mis en parallèle ce chiffre avec celui des 14.859 demandes d'asile acceptées en France l'an dernier. Avec mauvaise foi, puisque les 24.000 réfugiés sur deux ans devraient être accueillis en plus des acceptations annuelles de demandes d'asile, il se demande même s'il ne s'agit pas d'un "recul".

Jointes par metronews, les associations de soutien aux réfugiés jugent elles aussi qu'on est loin du compte. "C'est honteux!", s'offusque même Stéphane Maugendre, président du Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti), qui dénonce "la frilosité des gouvernants actuels face au FN" et considère que l'annonce de François Hollande "n'est pas à la hauteur de ce que la République française a fait dans l'Histoire". "C'est tout sauf un effort important de la part de la France", nous assure également Laurent Giovanonni, responsable du département étranger du Secours Catholique. Pour lui, c'est d'abord le plan de la Commission européenne, qui prévoit de répartir un total de 120 000 personnes ayant fui les zones de guerre entre pays - et auquel François Hollande se conforme en prenant cette "part" de 24.000 réfugiés -, qui est largement insuffisant. "120.000, c'est relativement dérisoire par rapport aux centaines de milliers de personnes en quête de protection et surtout par rapport au nombre de personnes déjà réfugiées dans les pays limitrophes de la Syrie", souligne Laurent Giovanonni.

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Le président de France Terre d'Asile, Pierre Henri, est en revanche beaucoup plus mesuré, se contentant de remarquer que "la France répond présent aux propositions de la commission européenne", et que le chiffre devra "à l'évidence être réexaminé si le conflit syrien perdure". Mais, souligne-t-il, l'accueil de ces réfugiés supplémentaires représente déjà un défi pour le pays : "Il faut que nous nous mettions en ligne pour accueillir ces 24.000 personnes, et pour l'instant nous ne le sommes pas. Pour intégrer ces réfugiés, il faut une simplification des procédures administratives afin de créer des structures ad hoc sur l'ensemble du territoire, une coordination des moyens et une volonté politique". Des impératifs auxquels Bernard Cazeneuve, qui recevra samedi les maires volontaires pour accueillir des réfugiés dans leur commune, a commencé à répondre en annonçant lundi après-midi, après la conférence de presse présidentielle, la nomination d'un "coordinateur national" chargé d'organiser l'accueil des migrants par ces villes
 

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