A partir du 3 novembre à 11h44, les femmes travaillent bénévolement : comment ont-elles (encore) perdu quatre jours ?

A partir du 3 novembre à 11h44, les femmes travaillent bénévolement : comment ont-elles (encore) perdu quatre jours ?

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INEGALITES - L'écart salarial entre les femmes et les hommes se creuse encore, selon une étude de l'Eurostat et cette année, c'est comme si les femmes n'étaient plus payées à partir du 3 novembre à 11h44, estiment Les Glorieuses. Rebecca Amsellem, créatrice de la newsletter féministe, répond à nos questions.

Mesdames, à partir du vendredi 3 novembre, à 11h44, vous travaillerez bénévolement... C'est en tout cas l'estimation à laquelle est parvenue la newsletter féministe des Glorieuses, qui tient à dénoncer, cette année encore, les inégalités de salaire entre les femmes et les hommes.


Selon la dernière étude en date de l'institut européen Eurostat, les femmes gagnent, en moyenne, 15,8% de moins que leurs collègues masculins. Un écart qui se creuse par rapport aux chiffres précédents, qui faisait état d'une différence de 15,1%. 


Voilà donc pourquoi, cette année, la date fatidique tombe un 3 novembre, alors qu'elle était fixée au 7 novembre l'année dernière. Une mauvaise nouvelle donc, qui n'entame pas la détermination de Rebecca Amsellem, créatrice des Glorieuses à l'origine de l'initiative. Nous lui avons posé trois questions : 

LCI : Il s'agit de la 2e édition de cette initiative. On imagine que ce n'est pas de gaieté de cœur...

Rebecca Amsellem : Les chiffres ont évolué et pas de manière positive. L'année dernière, on s'est basé sur les chiffres de l'étude Eurostat. Elle montrait qu'il y avait un écart de rémunération de 15,1% entre le salaire horaire des femmes et celui des hommes. Depuis, en 2015, de nouveaux chiffres ont été publiés par le même organisme, avec la même méthodologie, et on se rend compte que cet écart est aujourd'hui de 15,8%. Rajoutez à ça le rapport du World Economic Forum selon lequel il faudra attendre 217 ans avant d'atteindre l'égalité dans le monde du travail... Non, ce n'est décidément pas de gaieté de coeur qu'on lance le mouvement pour la seconde fois.

LCI : Comment expliquer que l'écart se creuse encore ?

Rebecca Amsellem : Il n'y a pas eu de politique publique suffisamment efficiente pour endiguer le problème. On se rend bien compte que quand on ne fait rien... l'égalité régresse. Du coup, on est allé voir du côté des pays où il y a une égalité salariale réelle, notamment en Islande, en Norvège et en Suède. Ce qu'on voit, c'est qu'il existe un trio de politiques publiques indispensables pour arriver à l'égalité et ne pas se contenter de faire de la communication. D'abord, il faut travailler sur la transparence des salaires. Les entreprises devraient être obligées de publier leurs grilles salariales, parce que sans information, on ne sait pas où on se situe. Ensuite, il faut mettre en place un congé parental qui soit équivalent pour les deux parents. En Suède, il existe un congé (d'une durée de 480 jours, ndlr) à se répartir entre les deux parents. Au début, les femmes prenaient la plus grosse proportion, et puis peu à peu, au sein du couple, la répartition s'est égalisée. C'est une réforme qui est à la fois politique et sociétale, c'est très intéressant. Enfin, l'initiative islandaise du "certificat de l'égalité" est à regarder de près : là-bas, ce sont les entreprises qui doivent prouver qu'elles respectent l'égalité salariale, en fournissant à l'administration publique un certain nombre d'informations. En retour, elles récupèrent leur certificat, qui est obligatoire aujourd'hui. En France, le gouvernement pratique le "name and shame" pour inciter à l'égalité : c'est bien mais insuffisant.

LCI : Au-delà de la démarche symbolique, que faire pour réduire les inégalités de salaire ?

Rebecca Amsellem : Si on veut imposer l'égalité d'ici quinze ans - ce qui est possible - il faut aller beaucoup plus loin et beaucoup plus vite. Cela se joue au niveau du salarié ou de la salariée, qui doit aller faire valoir ses droits auprès des syndicats et de la direction. Mais ça se joue surtout au niveau de l'entreprise, qui est l'acteur principale de cette problématique : il doit y avoir une vraie prise de conscience en ce qui les concerne. Mais pour accompagner ce changement, il faut des politiques publiques incitatives et efficaces. Sans cela, on aura beau avoir toute la bonne volonté du monde, on n'y arrivera pas.

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