Il y a 40 ans était abolie la peine de mort : les extraits les plus marquants du plaidoyer de Robert Badinter

Robert Badinter défend devant l'Assemblée nationale son projet de loi pour l'abolition de la peine de mort, le 17 septembre 1981.

HISTOIRE - Il y a 40 ans, Robert Badinter tenait un vibrant plaidoyer au palais Bourbon en faveur de l'abolition de la peine de mort, actée le 9 octobre 1981. Retour sur les citations symboliques de ce discours.

"Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue." Voilà 40 ans, ce vendredi, qu'a résonné le vibrant plaidoyer de Robert Badinter à l'Assemblée nationale. Voilà 40 ans que la peine de mort a été abolie en France.

Promesse de campagne de François Mitterrand, cette abolition a été faite à la vitesse de l'éclair malgré la réticence des Français, majoritairement pour le maintien de cette sentence. Dès son arrivée au pouvoir en mai 1981, le président charge son ministre de la Justice, l'avocat Robert Badinter, d'œuvrer à un projet de loi.

Le 17 septembre 1981 au Palais Bourbon, Robert Badinter s'adresse aux députés pour faire valoir ce progrès. Un discours historique et assez convaincant pour que l'hémicycle vote le lendemain l'abolition par 363 voix contre 117. Le 30 septembre, les sénateurs l'adoptent en termes identiques avec 160 voix contre 126 sur 287 votants. La "loi n°81-908 portant abolition de la peine de mort" est promulguée le 9 octobre 1981. Voici quelques extraits de ce plaidoyer.

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L'abolition de la peine de mort, "un débat de conscience"

"Le débat qui est ouvert aujourd'hui devant vous est d'abord un débat de conscience et le choix auquel chacun d'entre vous procédera l'engagera personnellement", commence-t-il. "La France est grande, non seulement par sa puissance, mais au-delà de sa puissance, par l'éclat des idées, des causes, de la générosité qui l'ont emporté aux moments privilégiés de son histoire", fait-il ensuite valoir avant de rappeler qu'elle a été la première en Europe à abolir la torture et parmi les premiers pays du monde à abolir l'esclavage. "Il se trouve que la France aura été, en dépit de tant d'efforts courageux, l'un des derniers pays, presque le dernier - et je baisse la voix pour le dire - en Europe occidentale, dont elle a été si souvent le foyer et le pôle, à abolir la peine de mort."

Ceux qui croient à la valeur dissuasive de la peine de mort méconnaissent la vérité humaine.- Robert Badinter devant l'hémicycle en 1981

"Alors pourquoi le silence a-t-il persisté et pourquoi n'avons-nous pas aboli ?" questionne le ministre de la Justice. "Il n'a jamais, jamais été établi une corrélation quelconque entre la présence ou l'absence de la peine de mort dans une législation pénale et la courbe de la criminalité sanglante (...) En fait, ceux qui croient à la valeur dissuasive de la peine de mort méconnaissent la vérité humaine. La passion criminelle n'est pas plus arrêtée par la peur de la mort que d'autres passions ne le sont qui, celles-là, sont nobles", poursuit Robert Badinter qui estime qu'il s'agit avant tout d'un choix politique et moral. "La vraie signification politique de la peine de mort, c'est bien qu'elle procède de l'idée que l'État a le droit de disposer du citoyen jusqu'à lui retirer la vie. C'est par là que la peine de mort s'inscrit dans les systèmes totalitaires", adresse Robert Badinter aux députés.

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Le 20 Heures de Darius Rochebin : le grand entretien avec Robert Badinter

Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées.- Robert Badinter devant l'hémicycle en 1981

"Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n'y aura plus, pour notre honte commune, d'exécutions furtives, à l'aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées", déclare-t-il.

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"À cet instant plus qu'à aucun autre, j'ai le sentiment d'assumer mon ministère, au sens ancien, au sens noble, le plus noble qui soit, c'est-à-dire au sens de 'service'. Demain, vous voterez l'abolition de la peine de mort. Législateurs français, de tout mon cœur, je vous en remercie." 

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