Jean-Baptiste, jeune trisomique : "Ce n’est pas logique que le CSA nous empêche de parler"

SOCIÉTÉ
RENCONTRE - Le conseil d’Etat a examiné mercredi le recours formé par sept jeunes adultes atteints de trisomie. Ils réclamaient l’annulation d’une décision du CSA portant selon eux atteinte à leur liberté d’expression. Parmi eux, Jean-Baptiste, un jeune homme de 20 ans. LCI l’a rencontré.

11h30, la table est déjà dressée. Dans un petit appartement de Levallois-Perret, en banlieue parisienne, Jean-Baptiste et ses parents s’apprêtent à déjeuner. Au menu : betteraves, steak-haché et pommes de terre. Dans la salle à manger, échange de banalités : "Comment s’est passé ta matinée ?", "Tu peux me passer le sel"...  Les rires résonnent jusque dans l’entrée où, sur une bibliothèque, trônent quelques photos de classe de Jean-Baptiste. Le jeune homme a connu un parcours scolaire particulier, comme nous le raconte sa mère. "En maternelle, il était dans une école normale. Au primaire, au collège et au lycée aussi, mais dans une classe adaptée."


Un parcours particulier pour un garçon pas tout à fait comme les autres. Jean-Baptiste est atteint de trisomie 21. Qu'importe, à 20 ans, il a envie d'être considéré comme n'importe quel adulte de son âge. "Je peux faire de la musique, je peux faire du sport, je peux travailler". La mine lasse, sa mère explique que "le problème, ce n’est pas son handicap : c’est les autres." Et d'ajouter, en regardant son fils droit dans les yeux : "On voudrait simplement que nos enfants soient considérés comme monsieur et madame Tout-le-monde."

Jean-Baptise et ses parents

Depuis quelques semaines, Jean-Baptiste est salarié d'une entreprise de restauration collective. "Un jour je fais le service et la cuisine, un autre du nettoyage et du rangement. Ce n’est pas trop dur et ça me plait." Mais aujourd’hui, son programme est bouleversé. Et ça se voit à sa tenue : pantalon bleu tiré à quatre épingles, chemise blanche parfaitement repassée et chaussures noires vernies aux pieds. "Le déjeuner fini, on partira pour se faire interviewer par des journalistes."  Après avoir répondu aux sollicitations des médias, il doit en effet se rendre au Conseil d’Etat avec six autres personnes atteintes de trisomie 21. Ensemble aujourd'hui, ils vont tenter de faire annuler une décision du CSA datant de 2014 au nom de leur liberté d'expression. 

Un clip publicitaire polémique

Quels sont les faits ? En mars 2014, un spot publicitaire avait été diffusé sur plusieurs chaînes de télévision à l’occasion de la journée mondiale de la trisomie 21. On y voyait des jeunes trisomiques de différentes nationalités expliquer à la mère d’un futur bébé atteint de cette maladie qu'il pourrait être heureux et faire les mêmes choses qu’un autre enfant.


Après avoir reçu plusieurs plaintes, le CSA avait appelé les chaînes concernées à la vigilance. L’instance avait estimé que cette vidéo "ne pouvait être insérée au sein des écrans publicitaires", notamment car elle était susceptible de "générer un trouble" chez les femmes ayant pris la décision d’avorter d’un fœtus porteur de la trisomie 21. Le CSA avait ensuite plaidé pour une diffusion "mieux encadrée et contextualisée".


L'association Les Amis d’Eléonore et la Fondation Jérôme Lejeune - des collectifs dits "pro-vie" - ont également décidé de lancer en parallèle une requête devant le Conseil d'Etat. "Mais rien à voir avec la démarche de Jean-Baptiste et de ses amis, tient à préciser Corinne Bebin, mère de l'un des requérants. Notre objectif à nous est qu’on laisse parler les jeunes trisomiques." "La question de l’avortement n’est absolument pas le sujet", abonde le père de Jean-Baptiste.

Ce clip, c’est notre vieJean-Baptiste

Quand on évoque la décision du CSA, Jean-Baptiste s'agite et tape du poing sur la table. "Ce clip, c’est notre vie. Pour moi, ce n’est pas logique que le CSA nous empêche de parler à la télévision. J’ai envie de dire que nous sommes très heureux". La colère le fait perdre ses mots. "C'est 'gros stress' aujourd'hui", justifie sa mère. 


Alors, pour ne pas perdre le fil de l'histoire, le jeune homme s'est fait une petite fiche mémo qu'il consulte quand il est perdu. C'est ainsi qu'on apprend que lui et ses amis n'ont pas souhaité être représentés par un avocat lors de l'audience du Conseil d'Etat. Pourquoi ? "Je peux parler, et je ne veux pas qu’on me prive de parler. Je n'ai pas peur." "Nos enfants veulent pouvoir dire qu’ils sont heureux malgré les difficultés", explique le père de Jean-Baptiste.


Quelques heures après notre rencontre avec Jean-Baptiste, la rapporteure publique du Conseil d'État a préconisé le rejet de sa requête, avant que la décision ne soit mise en délibéré. Mais même en cas de réponse négative, Jean-Bapiste a déjà prévenu : "Je n'ai pas dit mon dernier mot".

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