Opération 7 novembre 16h34 : où sont les syndicats ?

SOCIÉTÉ

DROITS DES FEMMES – Alors que le collectif féministe Les Glorieuses a incité les organisations syndicales à rejoindre l’opération #7novembre16h34, aucun appel national à la grève n’a été lancé. Ringardisés, les syndicats ?

Et vous mesdames, qu’allez-vous faire ce lundi 7 novembre à 16h34 ? Porter du rouge, tweeter en masse, ou tout simplement quitter votre bureau et rentrer chez vous ? La question se pose peut-être en ce moment-même sur votre lieu de travail. Car le modus operandi proposé par le collectif féministe Les Glorieuses, à l’origine de cette journée de protestation contre les inégalités salariales, demeure quelque peu nébuleux. 

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    En fait, contrairement au mouvement islandais - dont s’est largement inspirée l’initiative des Glorieuses - l’action #7novembre16h34 ne répond en France à aucun appel à la grève générale. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir tendu des perches du côté des syndicats. Lors du lancement de l’événement, la fondatrice des Glorieuses, Rebecca Amsellem, expliquait à LCI : "En tant qu’association, nous ne sommes pas habilitées à lancer un appel à la grève. Nous appelons donc les syndicats qui le souhaitent à nous rejoindre. De notre côté, nous organisons le mouvement sur les réseaux sociaux". Un appel… qui n’a pas vraiment été suivi d’effets. Résultat : si vous êtes la seule salariée d’une entreprise privée à quitter votre poste aujourd’hui, à 16h34 tapantes, vous risquez de vous voir gratifiée d’une "absence injustifiée" par votre hiérarchie.

    Un soutien oui, mais pas d'appel national à la grève

    Alors, comment expliquer la timidité des syndicats sur cette journée de mobilisation ? Pour le savoir, allons voir du côté des organisations Force Ouvrière et de la CGT. Pas besoin de creuser bien loin pour se rendre compte que la grogne du #7novembre16h34, très relayée sur les réseaux sociaux, est bel et bien remontée à leurs oreilles. Ce lundi matin, Force Ouvrière a ainsi publié un communiqué relayant la revendication à l’égalité salariale. Contacté, le syndicat assure "soutenir ce collectif", mais confirme ne pas avoir organisé pour autant un appel à la grève. 

    De son côté, la CGT a elle aussi affiché son soutien. Et "se félicite", par voie de communiqué, "de la mobilisation en ligne #7novembre16h34 qui permet de remettre la question des inégalités salariales sur le devant de la scène".  Certaines sections du syndicat ont même sauté le pas et déposé des préavis de grève. C’est ce que nous apprend Romain Altmann, secrétaire général de la fédération CGT Info’com (pour les salariés des entreprises du secteur de la communication). "Nous avons déposé un préavis dans certaines entreprises de notre branche, où la majorité des salariés sont des femmes, comme Publicis (l’entreprise d’Elisabeth Badinter, ndlr) et d’autres agences indépendantes."

    Une journée de grève pour le 8 mars ?

    Mais l’initiative reste isolée. Là encore, pas d’appel unitaire de la CGT à l’occasion du 7 novembre. Et si le syndicat souhaite, dans son tract, "que cette dynamique puisse trouver sa traduction sur le terrain", il propose bien une mobilisation… mais plus tard. "La CGT adresse un courrier aux organisations syndicales et associations féministes leur proposant de se rencontrer pour travailler à la concrétisation d’une journée d’action et de grève pour les droits des femmes, à l’occasion du 8 mars par exemple."

    Mobilisation novatrice, revendication traditionnelle

    "Les syndicats restent à la remorque de ce type d’initiative, qui est excellente par ailleurs", nous explique encore Romain Altmann. "D’une part, l’action des Glorieuses est née rapidement, et les syndicats sont de grosses machines qui bougent lentement. Aussi, il faut bien dire que ce genre d’initiative originale, visant à marquer les esprits, déconcerte les syndicats traditionnels que nous sommes." Alors les syndicats traditionnels, ringardisés par les luttes naissant sur les réseaux sociaux ? 

    Pas exactement, selon la sociologue et chercheuse au CNRS Sophie Pochic. Pour elle, "le cyber-féminisme qui est en train de se développer ne s’oppose pas aux mobilisations syndicales, mais bénéficie d’une autre caisse de résonnance." Elle poursuit auprès de LCI : "Par l’opération du #7novembre16h34, ces militantes se réapproprient une des revendications premières des syndicats. Mais parce qu’elle est virtuelle, elle est massivement relayée par les médias, là où les actions des syndicats aux Prud’Hommes, par exemple, intéressent peut-être un peu moins. Il s’agit ici d’une mobilisation novatrice où la grève n’a pas forcément été pensée comme principal moyen d’action. Mais l’objectif - l’égalité des salaires - est, lui, parfaitement traditionnel."

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