70 ans après Hiroshima : "La diminution de l'arsenal nucléaire est illusoire"

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ENTRETIEN - A l'occasion du 70e anniversaire du bombardement d'Hiroshima, Bruno Tertrais, maître de recherches à la Fondation pour la recherche stratégique, décrypte les enjeux de la dissuasion nucléaire aujourd'hui.

Il y a 70 ans jour pour jour, un B29 de l'armée américaine larguait au-dessus de la ville d'Hiroshima la première bombe atomique de l'Histoire, entraînant la mort de plus de 100.000 personnes - immédiatement et des suites de retombées radioactives. Soixante-dix ans après, à quoi sert encore la dissuasion nucléaire ? Metronews a interrogé Bruno Tertrais, maître de recherches à la Fondation pour la recherche stratégique et auteur entre autres de plusieurs ouvrages sur la menace nucléaire.

La dissuasion nucléaire a-t-elle encore une utilité aujourd'hui ?
C'est une question qui suscite beaucoup de débats. Si l'on regarde les faits, ont constate que depuis 70 ans, il n'y a pas eu de conflit entre les grandes puissances mondiales. A mes yeux, il est difficile de l'expliquer sans prendre en compte l'existence de cette dissuasion nucléaire. Cela a été vrai pendant la Guerre froide, ça l'est encore aujourd'hui. Ce n'est pas parce que la nature des conflits a changé que la dissuasion nucléaire n'est plus utile aujourd'hui

Une diminution des arsenaux est-elle envisageable ?
C'est une question qui peut se poser pour certains arsenaux surdimensionnés, aux Etats-Unis ou en Russie par exemple. Mais l'élimination des armes nucléaires est illusoire à échéance prévisible. Même si les pays occidentaux acceptaient de faire le geste, cela ne diminuerait pas pour autant l'attractivité de l'arme nucléaire pour certains pays d'Asie. A l'heure actuelle, il n'y a en effet pas de technologie plus efficace pour prévenir une guerre majeure. Au reste, en France, le coût pour la défense de la force de dissuasion est plutôt modeste - un peu plus de 10% du budget de l'armée - et apporte d'autres bénéfices, notamment en terme d'innovation technologique.

Faut-il craindre une prolifération des armes nucléaires ?
A mon sens, la menace est aujourd'hui bien moindre qu'il y a une dizaine d'années. Les efforts de lutte contre la prolifération ont été efficaces et aujourd'hui, outre les huit ou neuf pays déjà dotés et mis à part l'Iran, il n'y a pas à ma connaissance de pays ayant à la fois l'intention et la capacité de se doter d'une arme nucléaire. C'est donc une menace contenue.

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